L’assureur-crédit Euler Hermes s’inquiète des effets à moyen terme de la réforme de la loi Galland. Les plus petites entreprises de distribution (1) (indépendants de moins de 10 M EUR de chiffre d’affaires) qui n’ont déjà pas de solides structures financières, ne résisteront pas facilement à l’érosion des marges que va entraîner d’ici 2007 l’application - pourtant progressive - de la réforme.
Les défaillances de supermarchés et de supérettes devraient augmenter de 28 % en 2006 en France, en raison de la réforme de la Loi Galland, qui va se traduire par une forte baisse des marges des distributeurs, selon un pronostic du groupe d’assurance crédit Euler Hermes.
« Nous attendons une accélération des défaillances des supérettes et supermarchés. Une centaine en 2006 et vraisemblablement du même ordre en 2007, voire plus », a indiqué Philippe Brossard, directeur de la recherche chez Euler Hermes, en présentant une étude prospective sur les marges de la distribution.
« Il y a eu énormément de créations d’entreprises dans ce segment au cours des deux dernières années. Ces entreprises seront fragilisées par la Loi Galland réformée », a ajouté Anne Klemme-Jourdan, analyste spécialisée dans la distribution.
« Les petites affaires vont avoir un niveau de rentabilité faible, une structure financière fragile, peu de crédit pour faire face aux aléas. La baisse de marge constitue un risque pour la pérennité des affaires les plus fragiles », a ajouté M. Brossard.
Les défaillances de supérettes et supermarchés ne sont pas un fait nouveau. En 2005, Euler Hermès en avait dénombré 78 (49 supermarchés et 29 supérettes), soit en hausse de 16,4 % par rapport à 2004. Mais la raison n’était pas liée à la loi réformée, appliquée depuis le 1er janvier 2006. En 2005, elles sont surtout le fait de changements d’enseignes qui s’étaient mal passés ou de baisses de chiffre d’affaires.
En 2006 et 2007, les défaillances d’entreprises vont surtout toucher les magasins avec un chiffre d’affaires de moins de 10 millions d’euros Ces petites structures, exploitées par des indépendants représentent les deux tiers de l’échantillon analysé (4040 bilans totalisant 120 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 74% du CA réalisé par les grandes surfaces alimentaires, selon l’Insee) , selon Euler Hermes.
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Les marges arrière avaient surtout dopé les grands
La loi Galland réformée vise à plafonner les « marges arrière », qui ont atteint en moyenne 35 % des tarifs officiels des industriels l’an dernier. Ces « marges arrière » sont considérées comme la raison principale de l’envolée des prix des produits de grande consommation entre 2001 et 2004. Dans cette période, l’indice des PGC dans la grande distribution a augmenté sensiblement plus vite que dans les autres formes de vente. L’inflation des « marges arrière » a aussi contribué à doper les marges de tous les distributeurs, en particulier des grands groupes (jusqu’à 6 % en France pour Carrefour en 2003 et 6,1 % pour Casino en 2004). Celles des supermarchés et supérettes de moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires sont restées confinées à 2 % en 2003 et 2004, selon Euler Hermes.
Dans le même temps, la pression du hard discount, les accords Sarkozy et la vivacité de la concurrence dans un contexte de faible demande en produits alimentaires ont encore fait perdre du terrain aux hypermarchés qui, depuis la mi-2004 ont réussi, par une politique tarifaire redevenue agressive, à relever un peu la tête, mais au détriment de leur rentabilité.
Effet domino sur les marges
De toute façon, la pression pour toutes les formes de commerce ne va qu’aller en s’amplifiant avec la nouvelle loi qui, en limitant les « marges arrière », vise à permettre une baisse des prix pour le consommateur que le ministre du Commerce espère voir atteindre -5 % grâce à cette réforme.
Pour sa part, Euler Hermès attend une baisse des prix des grandes marques de 2% en 2005 et de même en 2006. «Ceci se traduira par une baisse de 0,6 point de marge d’exploitation entre 2005 et 2007 en France pour les grands groupes de distribution (Carrefour, Casino)», a indiqué Annie Girac, conseiller sectoriel de Euler Hermes.
Or, le groupe Carrefour devrait déjà voir sa marge d’exploitation en France baisser à 4,5 % en 2005 contre 5,5 % en 2004 et Casino à 5 % en 2005 contre 6,1 % en 2004.
« La rentabilité moyenne du secteur en France pourrait chuter an dessous de 2% à l’horizon 2007 », a précisé Mme Girac. Les groupes faiblement internationalisés seront plus touchés, faute de pouvoir récupérer des marges avec leurs filiales étrangères. C’est tout un modèle économique qu’il leur faut réinventer…