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Début des tests pour les parasitoïdes de Frais’Nat

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Les parasitoïdes de Frais’Nat seront testés sur des fraisiers en serre Crédits : © Andrew Wilson/Pixabay

Le projet Aphidius 2.0 lancé par la société Frais’Nat est entré dans sa phase de tests. Pendant quatre mois, ses parasitoïdes seront lâchés sur des fraisiers en serre afin de tester l’efficacité de la lutte biologique contre les pucerons.

Le projet Aphidius 2.0 (1) intervient alors que l’insecticide couramment utilisé pour lutter contre les pucerons du fraisier, le spirotetramat commercialisé par Bayer sous la marque Movento, est en passe d’être interdit dans l’Union européenne dès 2025. Il devient alors crucial pour les producteurs de trouver des alternatives, y compris avec des agents biologiques. C’est la mission de Frais’Nat, coentreprise fondée en mars 2021 par l’Association d’Organisations de producteurs nationale fraises framboises de France (AOPn) et la Coopérative maraîchère de l’Ouest (Savéol) afin de lutter contre les pucerons, principaux ravageurs des fraisiers, grâce aux parasitoïdes. Ces insectes agissent en pondant leurs larves dans les pucerons qui meurent au fur et à mesure du développement de celles-ci. 

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Les producteurs de l’AOPn sont partis d’un constat simple : « Les parasitoïdes déjà disponibles dans le commerce n’étaient pas efficaces sur les pucerons du fraisier », explique Romain Ulmer, ingénieur R&D en charge du projet Aphidius 2.0 chez Frais’Nat. « Nous avons fait l’hypothèse qu’elles étaient élevées de manière non-optimale avec trop peu de diversité génétique et une préférence pour d’autres pucerons que ceux des fraisiers. » Pour son projet, Frais’Nat a choisi d’élever des micro-guêpes du genre Aphidius. Avec des conditions d’élevage adaptées, ces guêpes devraient être « plus efficaces sur les pucerons des fraisiers », espère Romain Ulmer. La sélection de souches adaptées et performantes n’est qu’un aspect du projet, qui va aussi étudier différentes méthodes de lâchers en serre et mener une étude des coûts de cette technique. 

Deux types de lâchers à étudier

Les premiers lâchers ont déjà eu lieu en Bretagne, avec d’autres prévus sur les prochaines semaines dans le Lot-et-Garonne. Au total, six producteurs de fraises participent aux essais dans ces deux régions. « Nous allons étudier deux types de lâchers », détaille l’ingénieur de Frais’Nat. « Les lâchers classiques, au cours desquels on relâche une population adulte directement dans la serre à traiter, et des lâchers alternatifs avec des populations de parasitoïdes qui pourraient s’installer et se maintenir d’elles-mêmes dans la serre à traiter, ce qui nécessite d’en lâcher moins. » 

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Les serres traitées bénéficieront d’un suivi hebdomadaire pendant les quatre prochains mois afin de compter les pucerons ainsi que les « momies », nom donné aux pucerons parasités par les guêpes. « Au début, il faudra une adaptation de la part des producteurs », souligne Romain Ulmer. « La manière d'agir est différente en lutte biologique qu'avec les insecticides. Ce n'est pas moins efficace, mais il y a plus de variables à prendre en compte et ça demande une organisation adaptée. » 

L’équipe de Frais’Nat prévoit de tirer un premier bilan de l’expérience à la fin de la saison de production avec les retours des producteurs participant aux essais. S’ils se révèlent concluants, les quelques 500 adhérents de l’AOPn seront en bonne voie pour se procurer les souches de parasitoïdes développées par Frais’Nat d’ici quelques années. « Notre objectif est d’avoir une solution viable aux niveaux économique et logistique », conclut Romain Ulmer, « avec une commercialisation possible à partir de 2026 ».  

(1) Le projet Aphidius 2.0 a été lancé en 2022 et est prévu pour durer jusqu’en 2026. Il est financé par l’ANR via le plan Ecophyto en collaboration avec INRAE de Rennes (UMR IGEPP), Savéol et la Scaafel.