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Commerce international  Déceptions après l’accord UE/USA sur la commercialisation des vins

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L’accord sur le vin conclu la semaine dernière entre l’Union européenne et les Etats-Unis est une victoire pour les producteurs américains, qui pourront continuer à utiliser les dénominations de « champagne » ou « porto », mais évitera aussi aux Européens de contraignantes analyses de leurs vins exportés aux Etats-Unis. Retour sur les termes de cet accord et sur les réactions diverses qu’il a provoquées, notamment en Bordelais où l’on déplore que seuls les nouveaux emplois de marques synonymes de nos appellations soient interdits aux Américains. Côté organisations viticoles et dans les coopératives, on juge même l’accord « inacceptable en l’état ».

Selon les termes de l’accord, paraphé le 14 septembre à Washington, « les Etats-Unis et l’Union européenne reconnaissent explicitement leurs dénominations de vin respectives comme des « dénominations d’origine », a expliqué la Commission de Bruxelles au sortir de la signature.

Le gouvernement américain proposera au Congrès de limiter l’utilisation aux Etats-Unis de 17 appellations comme le bourgogne, le chablis, le champagne, le chianti, le madère, le porto, le sauternes ou encore le sherry aux producteurs qui les utilisent déjà.

L’accord satisfait les Etats-Unis, dans la perspective des difficiles négociations sur la réduction des subventions aux produits agricoles dans le cadre de l’OMC à Hong Kong en fin d’année. « Cet accord est positif à la fois pour les producteurs américains et européens car il contribue à établir des conditions prévisibles pour le commerce bilatéral du vin », a estimé le représentant américain pour le Commerce Rob Portman.

La commissaire européenne à l’Agriculture, Mariann Fischer Boel, a affirmé de son côté que « l’arrangement auquel nous sommes parvenus lèvera l’incertitude juridique qui a pesé sur le commerce du vin pendant plusieurs années et profitera aux producteurs de part et d’autre de l’Atlantique».

En 2004 les Etats-Unis ont exporté pour 487 millions de dollars de vins dans l’Union européenne et ont importé des vins de l’UE pour plus de 2,3 milliards de dollars, selon les chiffres de l’administration américaine. Le ministère français de l’Agriculture juge, pour sa part, le texte « équililibré entre les intérêts des deux parties » alors que les Américains nous achètent pour 1,6 milliard d’euros de vins et spiritueux quand que les exportations américaines vers la France ne dépassent pas 45 M EUR. Le ministère souligne aussi que l’accord prévoit une deuxième phase de négociations qui interviendra 90 jours après son entrée en vigueur : « La France veillera, écrit un communiqué du ministère, à ce que les négociations se poursuivent afin d’obtenir une protection complète des indications géographiques européennes sur le territoire américain».

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Mais les professionnels européens acceptent mal les concessions qu’ils ont dû faire, à savoir que les Américains ont obtenu de voir reconnaître pour leurs propres vins certaines pratiques œnologiques comme l’utilisation de copeaux de bois et le «mouillage» à l’eau. « On s’est fait rouler dans la farine en cédant aux pressions des Américains qui faisaient planer des menaces de rétorsion économique », a déclaré à l’AFP Xavier Carreau, p.-d.g. de la société Bayle-Carreau et ancien président du Comité interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB).

Soulagement chez les exportateurs

Les exportateurs français se montrent pourtant soulagés. La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) souligne en effet, dans un communiqué, que l’accord permet « de sécuriser nos exportations sur les USA, premier marché pour nos exportations en valeur » (soit 21% de l’ensemble des exportations françaises de vins, champagnes et spiritueux).

En effet, faute d’accord avec l’UE, les Américains menaçaient les Européens de les obliger à faire analyser les produits de chaque expédition et de devoir annexer un certificat pour chaque envoi, prouvant que les vins étaient conformes aux pratiques œnologiques américaines. Les premiers menacés étaient les producteurs de Beaujolais nouveau, en novembre prochain.

Pour les vins tranquilles français exportés, le marché américain est le cinquième en volume et le deuxième en valeur (derrière la Grande-Bretagne) avec 813 millions d’euros en 2004, en baisse de 13,8% sur 2003. Pour le premier semestre de 2005, la baisse des exportations de vins français aux Etats-Unis s’est ralentie avec une diminution de 1,9% en volume et de 3,7% en valeur sur la période correspondante de 2004, selon la FEVS.