Conséquence d’une baisse de la consommation, les fruits et légumes bio ont vu les prix baisser et le déclassement augmenter significativement. Une nouvelle donne face à laquelle les coopératives veulent réviser l’offre, tout en encourageant la consommation non seulement de bio, mais de fruits et légumes en général.
D’après Christophe Belloc, président du groupe coopératif Blue Whale – numéro un français sur le marché des pommes – certaines enseignes de distribution ont « récemment » supprimé l’îlot réservé au bio car leur chiffre d’affaires sur ces étals était « insuffisant ou en forte baisse ». « Des distributeurs français m’ont dit : “On a réussi à maintenir le chiffre d’affaires de notre rayon fruits et légumes, sauf sur le bio où il a perdu plus de 10 %”, et c’était déjà le cas l’année précédente, donc ils ont arrêté cet îlot d’offres », explique-t-il. En distribution spécialisée, le président de Biocoop Pierrick De Ronne, confirme même de manière générale un « recul des ventes particulièrement important » en fruits et légumes dans ses rayons.
Parmi les principaux facteurs : la montée en puissance de l'offre (doublement des surfaces de légumes depuis 2017), mais aussi la baisse du pouvoir d’achat et la préférence des consommateurs pour d’autres offres et allégations (mode de culture traditionnel, HVE, verger écoresponsable, sans résidu de pesticides, choix de variété…). Pourtant, l’écart entre le prix moyen payé à l’achat d’un panier de fruits et légumes bio et non bio (hors pomme de terre et 4e gamme) « s’est réduit ces cinq dernières années » et « se situe autour de +25 % sur la période de septembre 2021 à août 2022 », rapporte l’interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) en s’appuyant sur des données du panel consommateurs Kantar Worldpanel. Parmi les produits concernés : le kiwi, la pastèque, la tomate et la citrouille/potiron.
Comme dans d’autres filières, le prix payé au producteur en bio est même parfois passé sous le prix du conventionnel. En pomme, rapporte le président de Blue Whale, « on a eu, la saison dernière, des variétés bio pour lesquelles le revenu du producteur ramené à la tonne produite était inférieur aux variétés traditionnelles. Ça dépendait du pourcentage de fruits qui n’avaient pas trouvé preneur sur le marché du frais et du bio ». De même chez Biobreizh, « les acheteurs nous expliquent qu’il n’y a plus de demande, et les prix ont dévissé dans la plupart des cas », rapporte Catherine Pierzo, directrice de la coopérative. Le prix de la tomate ronde, illustre-t-elle, a baissé de 20 % sur un an, et la conjoncture dans son ensemble a fait baisser le chiffre d’affaires de 4 %.
Arrêt des adhésions
Résultat et même si le phénomène « n’est pas nouveau », le déclassement du bio vers le conventionnel se serait accru en 2021-2022, selon Christophe Belloc. En 2020, « 7,8 % » des fruits et légumes frais bio avaient ainsi été « redirigés » vers le conventionnel (chiffres Interfel). Mais récemment, « sur certaines variétés, le déclassement est allé jusqu’à 40 % [des volumes] », affirme Christophe Belloc. Déception inédite également chez Biobreizh, qui s’est vue forcée de détruire pour la première fois 66 t de tomates en 2022, sur une production annuelle de 955 t. « Déclasser ferait de nous une coopérative mixte, alors que nous voulons rester entièrement en bio », assume la directrice de la coopérative.
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Autre première décevante dans son histoire, Biobreizh a donc également fermé les portes à de nouveaux agriculteurs. « C’est dans nos statuts : nous devons protéger nos adhérents actuels, et leurs revenus », rappelle Catherine Pierzo. Car la chute des prix comme des commandes, insiste-t-elle, « pourrait mettre en danger certains agriculteurs ». En particulier les plus jeunes, et ceux qui ont réalisé récemment des investissements. Les premiers signes d’espoir semblent cependant se profiler, et Biobreizh a senti « une reprise en fin d’été », jugeant aussi le mois de septembre « satisfaisant ».
Aux yeux de Blue Whale, le marché de la bio serait aujourd’hui « en train de se recalibrer ». « Nous élaguons notre gamme pour la rendre plus adéquate avec le marché, et nous avons réinvesti dans notre capacité commerciale pour l’animation de notre offre bio », souligne Christophe Belloc. En pomme, le développement passera donc selon lui par la présence de « marques » mieux identifiées par les consommateurs pour leurs qualités gustatives, visuelles et fonctionnelles (pomme à déguster ou à cuisiner), telles la Pixie Bio et la Candine bio.
Mais les coopératives mesurent aussi leurs propres limites. Et la sortie effective de cette conjoncture passera selon Catherine Pierzo par « une aide des élus, notamment pour développer la restauration scolaire avec du local". Un soutien qui, pour elle, ne devra pas concerner que le bio, mais également les producteurs conventionnels. « Tout le secteur des fruits et légumes prend un coup actuellement », rappelle-t-elle.