Abonné

Etude Défaillances d’entreprises : l’industrie agroalimentaire a continué de souffrir en 2017

- - 6 min

Le nombre de défaillances d’entreprises tous secteurs confondus a reculé de 8,3 % sur un an à fin janvier 2018. Dans le secteur agroalimentaire, cette baisse n’est que de 0,9 % selon l’étude de la Coface, en raison notamment des mauvaises récoltes de céréales en 2016, qui ont entraîné une vague de défaillances parmi les céréaliers, boulangers et pâtissiers. Le nombre de défaillances dans les IAA est en hausse de 2 %.

Suivant une tendance observée depuis début 2016, le nombre de défaillances d’entreprises tous secteurs confondus en France a continuer à reculer sur un an, à - 8,3 % à fin janvier pour atteindre 53 414 cas, "soit le plus faible niveau depuis octobre 2008", selon la dernière étude publiée par la Coface. De bons chiffres qui sont à rapprocher d’un contexte de croissance globalement plus porteur (+2 % en 2017), et qui "a bénéficié à tous les types d’entreprises, toutes les régions et la majorité des secteurs d’activité", poursuit le leader de l’assurance-crédit. À noter que si le montant des défaillances en termes de chiffre d’affaires a davantage reculé (-14,7 %) que leur nombre, le secteur agroalimentaire (+51 %) est une exception qui confirme la règle. "Depuis un an, trois des cinq plus grandes défaillances ont concerné ce secteur : la société William Saurin réalisait 303,6 millions d’euros de chiffre d’affaires et les sociétés Jean Caby et Madrange respectivement 274 et 211 millions d’euros", souligne ainsi la Coface.

Les IAA toujours à la peine

Par secteurs, si l’automobile a enregistré une baisse de 5,4 % des défaillances sur un an, dans l’agroalimentaire, le recul n’est que de 0,9 % à 4 356, contre, rappelons-le, -8,3 % en moyenne tout secteur confondu, avec des tendances assez hétérogènes selon les segments d’activité. Ainsi, les défaillances "ont reculé dans l’agriculture (631 défaillances, -8,2 %), principalement grâce à la culture de légumes (61 défaillances, -30,7 %) qui a permis de compenser la hausse des défaillances dans la culture de céréales (171 défaillances, +4,3 %). En parallèle, 544 entreprises ont fait faillite dans l’élevage de bétail, soit une baisse de 6 %, qui ne permet toutefois pas de retrouver le niveau de défaillance de 2015 ayant précédé le pic de 2016", indique l’étude.

Et dans l’industrie agroalimentaire, les difficultés subsistent avec 2 434 défaillances, soit une hausse de 2 %, suivant "une – légère – tendance croissante depuis plusieurs années", notent les experts. Ce segment, qui représente 56 % des défaillances du secteur, a encore une fois été principalement tiré par les boulangers et pâtissiers qui ont enregistré 1 047 défaillances, en progression de 1,7 %. Rappelons que ces derniers ont particulièrement souffert du rebond des cours des céréales en 2017 (+4,6 % pour le blé tendre), après les mauvaises récoltes de 2016.

Attention aux "zombies"

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

céréales
Suivi
Suivre
assurance
Suivi
Suivre

Si l’embellie du nombre de défaillances d’entreprises est plutôt appréciable, elle doit cependant être nuancée. En effet, si l’on ajoute au taux de défaillance celui des entreprises peu rentables et insolvables qui représentent 4,6 % du nombre total, d’après les estimations de Coface, la part des entreprises en difficulté atteint 5,7 % du total (à fin 2016). Depuis la sortie de la crise, le taux d’entreprises « zombies » comme les appelle la Coface, maintenues artificiellement en vie par des financements à bas coûts dans un contexte de politique monétaire expansionniste, "ne diminue pas en France, alors que l’Espagne, très affectée par la crise, a entamé une baisse dès 2013", notent les experts de l’assurance-crédit. Ces derniers ont donc toutes les raisons de tirer la sonnette d’alarme sur ce problème. « Depuis la sortie de la crise, il y a moins de défaillances en France mais autant d’entreprises “zombies”, ce qui est cohérent avec la croissance relativement faible enregistrée jusqu’en 2016. Cette multiplication des “zombies” qui risquent de faire faillite à tout moment est préjudiciable pour l’économie car cela entrave le processus de destruction créatrice et tire à la baisse la productivité d’un pays », conclut Bruno de Moura Fernandes, économiste à la Coface.

Essouflement en 2018

Pour 2018, la Coface reste positive, même si les experts prévoient un essouflement du mouvement baissier des défaillances. Ils notent ainsi que "la tendance à court terme reste très positive, puisque 4 457 défaillances ont été enregistrées sur le seul mois de janvier 2018, soit 15,7 % de moins qu’au même mois l’an dernier, qui avait déjà été un très bon mois par rapport aux années précédentes". De fait, pour l’année en cours, l’assureur-crédit table sur un recul de 3,6 % des défaillances (contre -7,3 % sur l’ensemble de 2017). « Ce rythme moins soutenu s’explique en partie par le probable ralentissement de l’activité française dès le second semestre, en raison des contraintes d’offre en termes d’équipements et de recrutement, ainsi que des premiers signes d’essoufflement déjà visibles du côté de la construction », commente Bruno de Moura Fernandes.

L’effet trompeur des créations d’entreprises

En ligne avec une conjoncture économique plus porteuse, les créations d’entreprises tous secteurs ont augmenté de 7,2 % sur un an en janvier 2018, à 356 000 unités hors autoentrepreneurs. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis la crise avec 340 686 créations enregistrées en août 2008. Toutefois, cette dynamique devrait se refléter négativement dans l’évolution des défaillances à moyen terme, estime la Coface. "Selon notre étude des données basée sur l’analyse de la courbe de Kaplan-Meier, représentant la probabilité instantanée de survie des entreprises, si une entreprise a 94 % de chance de survivre au cours des deux premières années, cette probabilité tombe à 80 % après trois ans, 65 % après quatre ans et à peine plus d’une chance sur deux après cinq ans.