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Colloque national biomasse Delphine Batho affiche son soutien aux bioénergies

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La ministre de l’Écologie Delphine Batho, venue clore le 3e colloque annuel sur la biomasse du Syndicat des énergies renouvelables (Ser) le 26 juin, a affiché son soutien aux bioénergies, rappelant que leur potentiel important est encore sous-exploité. Delphine Batho a déjà des idées en tête. Mais, hormis pour la loi de finances, l’heure des décisions législatives est encore loin. Le Ser a profité de son événement annuel pour exposer les freins au développement de ces bioénergies.

«Les bioénergies, dans le développement des énergies renouvelables, sont pour moi fondamentales », a assuré Delphine Batho le 26 juin en clôture du colloque national biomasse, à Paris. « Elles représentent un potentiel important et encore sous-exploité », a plaidé la ministre de l’Écologie.
Un message positif adressé à des professionnels contents mais inquiets. En effet, les filières bois-énergie, biogaz ou encore biocarburant sont fortement montées en puissance. Elles représentent aujourd’hui une production de 12,7 millions de tonnes équivalent pétrole, soit 65% de la production nationale d’énergies renouvelables. Mais les représentants du Syndicat des énergies renouvelables (SER) ont pointé, à l’occasion de ce colloque, les différents freins ou nuages qui apparaissent à l’horizon.

Pour un pilotage national de la ressource biomasse

De son côté, Delphine Batho croit en plusieurs leviers pour booster les filières : pour le bois-énergie, elle se dit favorable au développement de l’aval de la filière forêt-bois, « un enjeu stratégique», ainsi qu’à « l’idée de Stéphane Le Foll de créer un fonds stratégique pour la filière bois ». Delphine Batho penche aussi pour l’idée, avancée par François-Michel Lambert (dans le rapport sur la biomasse dont il est le co-rapporteur avec Sophie Rohfritsch, voir ci-après) d’un schéma national pour la biomasse, avec « un pilotage national de la ressource pour éviter les conflits d’usage ». La ministre mettait en avant l’économie circulaire, sujet qui sera à l’honneur lors de la prochaine conférence environnementale, et celle de « circuits courts énergétiques ». L’idée d’éviter de très grands projets qui « posent souvent des problèmes d’approvisionnement » et de tension sur la ressource, fait son chemin. Ainsi, pour la co-génération à partir de bois en particulier (chaleur et électricité conjointes), la ministre confirmait l’arrêt des procédures d’appel d’offres CRE au profit de projets à échelle territoriale, soutenus par les tarifs d’achat de l’énergie produite.

Ferrailler pour augmenter le fonds chaleur

Quant à la production de chaleur renouvelable, Delphine Batho compte défendre la hausse de l’enveloppe dédiée au Fonds chaleur, « un modèle économique particulièrement productif ». Ce fonds a servi jusqu’à présent à financer des projets de chaudières biomasse dans le secteur collectif industriel et tertiaire. Le maintien du fonds, dont la programmation prenait fin cette année (220 millions d’euros lui ont été alloués en 2013), a été validé. Mais il reste à ferrailler pour qu’il soit augmenté car aujourd’hui, « il ne couvre que 60% des besoins exprimés », a reconnu la ministre.
Si le Fonds chaleur satisfait les professionnels, certains d’entre eux souhaitent qu’il passe de la fonction d’encouragement à l’utilisation de la biomasse à celle d’accompagnement de la mobilisation de la ressource. « La demande de biomasse est en train d’exploser. Nous pensons que le Fonds chaleur peut accompagner le débusquage du bois », a souligné Laurent Denormandie, président de la Fédération nationale du bois (FNB). Un défi de la filière du bois est en effet de collecter les importants volumes de bois qui se trouvent dans les forêts et qui sont coûteux à mobiliser. Un levier pour sortir demain davantage de bois des forêts est tout simplement le prix à la production, en clair, qu’il soit suffisamment incitatif, a fait observer Marc-Antoine de Sèze, président du Programme de reconnaissance des certifications forestières (PEFC).

Plusieurs façons de voir les biocarburants de 2e génération

Enfin, si Delphine Batho soutient le plafonnement de l’incorporation de biocarburants dans les transports, « la question, oui, c’est de mettre le paquet sur la 2e génération » et « d’accélérer la transition de la 1ère à la 2e génération », a-t-elle soutenu.
Du côté des opérateurs, les biocarburants de 2e génération sont vus comme des perspectives lointaines et loin d’être assurées sur le plan économique. « Les biocarburants avancés sont nettement plus chers que les biocarburants produits actuellement », a indiqué Marc Gillmann, responsable du marketing chez Total, lors d’une table ronde qui s’est tenue le 26 juin. Un projet de biocarburants à base de cellulose « coûte deux à quatre fois plus cher » qu’un projet à base de grains ou de betterave.
Pour parvenir à la transition de la 1ère à la 2e génération, les biocarburants de la deuxième doivent être mis au point sur le plan technique, mais aussi sur le plan de l’approvisionnement en matières premières. « Si l’objectif est d’augmenter l’indépendance française par rapport au pétrole, il faudra beaucoup de poudre de bois », a fait remarquer François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône, co-rapporteur de la mission « biomasse » à l’Assemblée nationale. Tout cela en respectant la hiérarchie des usages du bois : le bois est en priorité destiné à la production de meubles, puis à l’industrie et enfin à des fins énergétiques, avec, au bout de cette « cascade d’utilisations », un emploi des cendres comme fertilisants, a-t-il ajouté.
Les professionnels des biocarburants voient la transition entre la première génération et la seconde comme un continuum, et font valoir que la première génération, qui consomme des matières premières comestibles, en restitue environ la moitié au secteur alimentaire via les co-produits pour l’alimentation du bétail : « Un hectare de betteraves génère autant de pulpe de betteraves que d’éthanol », a précisé Éric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Et, pour la filière du biodiesel, « la production d’une tonne d’ester génère la production d’1,4 tonne de tourteau de colza », a indiqué Kristell Guizouarn, directeur du développement durable chez Sofiprotéol, le groupe industriel et financier de la filière oléoprotéagineuse française.
Dans ce débat autour de la transition entre les deux générations de biocarburants, Caroline Marchais, déléguée générale du club biogaz, a estimé que « les biocarburants de 2e génération existent déjà, avec le biométhane ! Ils sont produits localement et avec des déchets et des cultures intermédiaires qui ne sont pas destinées à l’alimentation ».

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