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Interview Michel Mordasini (ONU) « Demain, nous travaillerons en cofinancement avec le Fonds vert »

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Michel Mordasini est vice-président du Fonds onusien d'investissement international pour le développement agricole (Fida). A quelques mois de la COP21 (Paris climat 2015) et en marge de la Conférence scientifique internationale qui se tenait à Paris du 7 au 10 juillet, il rappelle qu'il faut défendre la place de l'agriculture dans les futures négociations climatiques.

Quelle priorité se fixe le Fida : l'atténuation des émissions agricoles de gaz à effet de serre ou l'adaptation de l'agriculture au changement climatique ?

Au Fida, nous sommes avant tout sur l'adaptation. Nous voulons accroître la résilience des petits producteurs dans les zones rurales les plus pauvres et les plus reculées pour affronter le défi du changement climatique : modification des températures, du régime des pluies… Mais l'adaptation de l'agriculture au changement climatique contribue aussi à l'atténuation des émissions. Les petits producteurs font partie du système de production et sont émetteurs de gaz à effet de serre, c'est évident. Dans le cadre de nos investissements pour l'adaptation de la gestion des pâturages, de la gestion du bétail au changement climatique, notre approche est de dire « nous faisons de l'adaptation, mais il y a des bénéfices en termes d'atténuation car la terre est exploitée d'une manière plus durable ».

Cette conférence (scientifique mondiale du 7 au 10 juillet à Paris) est l'occasion pour les chercheurs de souligner le manque de lien entre la recherche et les agriculteurs des zones rurales les plus reculées…

Dans trop de pays, la connexion entre les centres de recherche et les services de vulgarisation – chargés de faire le lien avec les producteurs – ne fonctionne pas. Dans beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne, les systèmes de vulgarisation sont pénalisés par l'état des finances publiques. Par exemple, nous créons des structures collectives de marketing pour que la production des petits producteurs puisse être commercialisée. Dès lors, nous attirons et nous créons un environnement qui stimule les services de vulgarisation, l'accès aux meilleures technologies, qui amène les banques ou les services financiers aussi à s'intéresser à ces zones.

Le manque de financement public pose la question du financement privé. Est-il réglementé ?

Nous sommes une agence spécialisée des Nations unies mandatée pour financer les projets d'agriculture familiale dans les pays en développement. Nous investissons chaque année 1 milliard de dollars. Notre modèle d'action est de toujours mobiliser des ressources locales et de travailler en partenariat avec d'autres acteurs financiers multilatéraux ou bilatéraux. Ainsi, notre dollar se transforme en un deuxième dollar. Nous travaillons en cofinancement avec la Banque islamique de développement, la Banque africaine de développement, le Fonds environnemental mondial et demain avec le Fond vert.

« L'adaptation de l'agriculture au changement climatique contribue aussi à l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre »

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Qu'attendez-vous de la COP21 ?

La COP21 est une étape supplémentaire dans une année qui va être très dense. Nous allons commencer la semaine prochaine Addis Abeba (1). Puis à New York (2), la communauté internationale va se prononcer sur les nouveaux objectifs pour le développement durable qui va fixer l'Agenda de développement pour les 20 ou 30 prochaines années. Et enfin, nous aurons la COP21. Au Fida, nous nous sommes investis depuis de nombreux mois pour nous assurer que les questions de l'agriculture durable, la sécurité alimentaire et de la nutrition ne disparaissent pas dans une conversation qui peut se cibler rapidement sur le seul dossier de l'énergie ou des questions sociales, qui sont par ailleurs aussi très importantes.

Le credo des pays développés est de dire que le changement climatique est une opportunité. Comment comptent-ils dire aux pays en développement « nous on a utilisé des engrais, on a automatisé… vous, ce sera une autre voie, un autre chemin » ?

C'est un thème qui n'a pas encore eu de réponses, c'est très politique, très idéologique. Notre vision est de regarder les besoins des populations. Bien entendu, ceci va dépendre à long terme des négociations multilatérales. Il y a du progrès, mais il y a encore beaucoup à faire. On touche à des choses essentielles pour le devenir de la population mondiale, mais aussi surtout des plus pauvres.

(1) Du 13 au 16 juillet, Addis Abeba accueillera la Conférence sur le financement du développement

(2) 70e Session de l'Assemblée générale de l'Organisation des nations unies