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Commission européenne Députés européens et agriculteurs rassurés par Dacian Ciolos

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Régulation, aides directes et contractualisation font partie du vocabulaire du futur commissaire à l’agriculture, Dacian Ciolos. L’ancien ministre de l’agriculture roumain a exposé, durant plus de trois heures, le 15 janvier, devant la commission de l’agriculture du Parlement européen, ses premières « orientations » pour la réforme de la Pac après 2013. Un changement de cap radical, en rupture avec son prédécesseur à ce poste, la très libérale Mariann Fischer Boel. Il a été salué à l’unanimité par les élus européens et les milieux agricoles.

«La bonne personne pour le bon poste », selon le parti de centre droit du Parlement européen (Parti populaire européen). Un commissaire « pleinement conscient des défis » agricoles, pour le centre gauche (Socialistes & Démocrates). Un soutien embarrassé des élus écologistes. Et une référence au président américain Barack Obama, avec un « yes, he can ! », lancé par les organisations agricoles européennes (Copa et Cogeca). Les premières orientations définies devant la commission de l’agriculture de l’Assemblée européenne par Dacian Ciolos, le 15 janvier, ont largement « rassuré », comme l’a exprimé l’Italien Paolo de Castro. La commission de l’agriculture a donc soutenu à l’unanimité la nomination du commissaire désigné.

Une réforme nécessaire
Les organisations agricoles, qui, avant l’audition, avaient alerté le futur commissaire à l’agriculture, sur leurs « sujets prioritaires » ont été, sur presque l’ensemble des points, confortées dans leurs positions. « Il faut renforcer la crédibilité de la Pac », a lancé Dacian Ciolos, lors d’un plaidoyer pour une politique qui offre « plus de prévisibilité aux agriculteurs, des aliments sûrs et sains aux consommateurs et une garantie aux contribuables que leur argent est bien utilisé ». Le commissaire, qui devrait prendre ses fonctions le 10 février, s’est affiché en « réformateur ». La Pac « a besoin d’une réforme (…), le secteur agricole a beaucoup changé », a-t-il insisté en référence, notamment, aux défis climatiques et environnementaux. Ces propos font directement écho à ceux des organisations agricoles qui appellent de leurs vœux des « mécanismes de marchés à même d’assurer plus de stabilité pour les producteurs et pour les consommateurs » et plaident pour la recherche de solutions permettant de lutter contre le changement climatique
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Un budget agricole nécessairement conséquent
Par ailleurs, le Roumain s’est positionné en faveur d’un budget conséquent. « Le budget de la Pac doit rester important (…) ; je suis prêt à discuter de la répartition des fonds, mais le coût de la non-subvention de l’agriculture serait trop important ». M. Ciolos s’est donc engagé à défendre une enveloppe « digne de ce nom » auprès de ses futurs collègues. Il a d’ailleurs insisté sur le fait que cela ne dépendait pas que de lui. Le principe du cofinancement sur les deniers nationaux du premier pilier de la Pac (aides directes) n’a cependant été écarté que mollement.

Des mécanismes de marché « modernes »
Le commissaire roumain s’est aussi fait le chantre de mécanismes de gestion modernes qui permettent de « corriger les défaillances du marché ». Ceux-ci doivent être « rapides » et « flexibles ». « Nous ne pouvons pas nous permettre des crises qui touchent de façon irrémédiable des pans entiers de notre agriculture », a-t-il lancé. En tout état de cause, selon M. Ciolos, « la reprise des anciens outils de marché n’est pas une solution pour l’avenir ». Il ne s’agit pas de « rebâtir une forteresse », a-t-il indiqué, en référence aux prix garantis et aux quotas. S’il a refusé de rentrer dans le détail de ses idées, le futur commissaire a toutefois cité la possibilité de généraliser des outils déjà testés dans certains secteurs tels que les fonds de garantie agricoles, les assurances récoltes ou encore des mécanismes utilisés par exemple dans le domaine des fruits et légumes.
A propos de la crise du lait, le futur commissaire a écarté toute réouverture du dossier des quotas, dont la fin est programmée pour 2015. Cette décision « a déjà été prise, les discussions ont déjà eu lieu », a-t-il affirmé. Tout au plus, est-il nécessaire de « faire en sorte que l’élimination des quotas, qui ouvre des possibilités nouvelles pour certains éleveurs, n’affecte pas certaines régions spécifiques, qui ont des problèmes spécifiques ».
De façon générale, M. Ciolos s’est montré ouvert à de nouvelles formes de régulation, mais hostile au retour d’interventions administratives ou « d’îlots de réglementation étroite » sur le marché commun.

Des aides directes plus justes
De plus, les aides directes au revenu des agriculteurs sont, elles aussi, un outil de régulation, a fait valoir en substance le commissaire, et elles ont « prouvé leur efficacité ». Elles permettent, a-t-il rappelé, de maintenir une certaine stabilité des revenus agricoles. En revanche, à l’avenir, elles devront être attribuées sur une « nouvelle base plus réaliste » de façon à être « équitables entre agriculteurs, entre régions et entre les Etats membres ». M. Ciolos s’est donc montré farouchement opposé au maintien de toute référence historique dans le calcul des aides, comme c’est le cas aujourd’hui dans les anciens pays membres de la Communauté. « Je dois trouver de nouveaux critères » pour la répartition des aides, a-t-il expliqué.

Quelques entorses à la politique de la concurrence
Le commissaire a avancé, par ailleurs, l’idée de développer davantage la contractualisation entre les différents acteurs de la chaîne agroalimentaire pour structurer les marchés, de favoriser le développement des filières et des interprofessions. Quitte, parfois, à accorder « quelques dérogations aux règles de la concurrence ». Une remarque particulièrement bien accueillie par les milieux agricoles européens.
Abordant la question de l’OMC, M. Ciolos a estimé que l’Europe a déjà « fait des concessions importantes. Nous avons atteint la limite possible en matière d’accès aux marchés ». Cependant, le futur commissaire s’est dit favorable à un accord « qui bénéficierait à tout le monde ». « Je n’ai pas l’intention de choisir la libéralisation pour la libéralisation, mais il s’agit de mettre en valeur le potentiel de compétitivité de l’agriculture », a-t-il fait remarquer. D’ailleurs, moins tranché que Mme Fischer Boel sur ce point, Dacian Ciolos a jugé que les restitutions à l’exportation n’étaient « pas une solution essentielle pour l’avenir », mais qu’elles pouvaient être maintenues « dans certains secteurs ».

Favorable à la liberté d’utilisation des OGM
A propos des OGM, Dacian Ciolos s’est dit, « à titre personnel », favorable au principe que chaque Etat membre décide de la mise en culture des OGM « à partir du moment où l’avis scientifique montre qu’il n’y a pas de danger pour l’environnement ». Il a souligné la nécessité pour les élevages de la Communauté de pouvoir disposer d’aliments pour animaux importés, étant donné que les conditions agro-climatiques ne permettront pas à l’UE d’être autosuffisante en de protéines végétales.

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