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Dermatose : la mise en marché des bovins toujours perturbée

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Toutes les zones réglementées au titre de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ont été levées. Mais des difficultés subsistent pour la mise en marché des bovins issus des zones vaccinales. La colère monte chez les négociants en bestiaux et les marchés de bétail, qui demandent des assouplissements aux pouvoirs publics.

Enfin la sortie de crise ? Sur le plan sanitaire, la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) semble passée : le dernier cas remonte au 31 décembre et toutes les zones réglementées ont été levées. Mais, côté économique, l’affaire est loin d’être réglée : d’importantes difficultés subsistent pour la mise en marché des bovins issus des zones vaccinales, provoquant la colère des commerçants. Dans une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture datée du 19 février, la FFCB (négociants en bestiaux) annonce que ses adhérents ont engagé des « actions collectives », avec l’aval de leur fédération, dès le vendredi 20 afin d’obtenir une « réglementation pragmatique » sur la DNC.

Les négociants dénoncent des règles qui « désorganisent, renchérissent les coûts, créent de la perte de valeur pour les acteurs et alimentent l’incompréhension générale ». Selon eux, Annie Genevard a adressé le 10 février « une fin de non-recevoir » à leurs cinq demandes. « Nous avons été reçus. Nous avons été écoutés… mais nous n’avons pas été entendus », déplorent les élus de la FFCB. Après « des mois » de dialogue avec les pouvoirs publics, « notre patience est à bout », lancent-ils. La fédération demande notamment de pouvoir mélanger les bovins vaccinés et non vaccinés (en centres de rassemblement, dans des transports groupés). Ils veulent pour cela pouvoir conserver, en vue de les exporter, des animaux de zones indemnes 48 h dans des centres de rassemblement en zone vaccinale, sans obligation de vaccination.

Aide refusée par la ministre

La FFCB pointe aussi « la lourdeur administrative » du laissez-passer sanitaire, nécessaire pour faire sortir des animaux des zones vaccinales. Autre grief : la différence de réglementation entre les zones vaccinales ZV 1 (sans foyer) et ZV 2 (anciennes zones réglementées autour d’un foyer). En particulier, les commerçants déplorent l’obligation de visite sanitaire dans les ZV 1, alors que « ce ne sont pas des zones à risque ». Ces zones, situées à l’ouest de l’Occitanie « devraient, de notre point de vue, être gérées comme des zones indemnes », affirment-ils. Selon les commerçants en bestiaux, c’est l’application locale des règles, voire les différences d’interprétation entre préfectures, qui posent problème. « Nous ne demandons ni passe-droits, ni relâchement sanitaire », lancent-ils, rappelant avoir « toujours soutenu sans réserve la politique sanitaire déployée ».

Par ailleurs, la FFCB indique aussi avoir demandé à la ministre « un accompagnement ciblé et mesuré » pour « certains opérateurs, particulièrement touchés par les restrictions ». Une requête refusée, selon la fédération, « au profit de dispositifs de droits communs inadaptés ». Pourtant, estiment les négociants, « l’enveloppe sollicitée représente une part marginale des soutiens déjà engagés pour les éleveurs ». Un récent rapport du Sénat note que les indemnisations sanitaires (cheptels abattus sur ordre de l’administration) représentent 15 M€, qui s’ajoutent au fonds de 22 M€ pour les pertes économiques des élevages (animaux bloqués).

Lourds impacts sur les marchés aux bestiaux

Autres acteurs lourdement touchés, mais non aidés : les marchés aux bestiaux. Cinq d’entre eux souffrent lourdement des conséquences de la lutte contre la DNC, selon un décompte de la Fédération des marchés de bétail vif (FMBV) transmis le 13 février à Agra Presse. Plusieurs emplois sont menacés, ainsi que la pérennité du foirail de la Chambière, à Bourg-en-Bresse (Ain). Ce marché a essuyé une chute de sa fréquentation de 85 % sur la période octobre-janvier, ainsi qu’« une perte de résultat estimée à plus de 250 000 € » en 2025, selon une question écrite du député Xavier Breton (LR). Des difficultés qui ont entraîné « le recours au dispositif d’activité partielle et la résiliation des six contrats d’intérim », puis le « départ volontaire ou négocié de cinq des salariés permanents » (40 % de l’effectif).

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Inclus dans une zone réglementée le 14 octobre 2025, le foirail de la Chambière a été fermé pendant 45 jours. Son activité était déjà affectée avant même la mise en place de cette zone, certains éleveurs ne pouvant amener leurs animaux en raison des interdictions de mouvements. Le foirail a continué à souffrir après la levée de la zone réglementée, devenue une zone vaccinale le 2 décembre : après cette date, il n’était pas possible d’avoir des animaux de zone indemne et de zone vaccinée dans le centre de rassemblement. Pour fluidifier les échanges, la FMBV demande, comme la FFCB, de pouvoir conserver des animaux pendant 48 h sans obligation de vaccination.

Risque limité

Par ailleurs, les contraintes sanitaires pour exporter les animaux vaccinés ont fait chuter leurs prix, scindant le marché en deux. « Les cours restent globalement inférieurs de 30 à 60 ct€/kg comparés à des animaux équivalents mais de zone indemne », selon la FMBV. De quoi réduire encore l’attractivité des marchés aux bestiaux où transitent des animaux vaccinés.

Et demain ? La maladie n’est plus présente en France, après l’abattage de 3 500 bovins dans les 117 élevages foyers, ainsi que la vaccination de deux millions d’animaux. Une nouvelle campagne de vaccination doit être mise en place cette année dans les zones touchées en 2025. Grâce à cette mesure, « le risque d’apparition de nouveaux foyers dans les régions vaccinées semble limité », estime Philippe Caufour, chercheur au Cirad, dans un entretien à Agra Presse. Une nouvelle introduction de la maladie ou une réémergence au printemps ne peut toutefois pas être exclue. « Sommes-nous prêts à revivre la même désorganisation ? À reproduire les mêmes blocages ? », interroge la FFCB. Une question qui se passe de réponse.

YG

« Notre patience est à bout », préviennent les négociants

250 000 € de pertes pour le marché aux bestiaux de Bourg-en-Bresse