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Derrière l’affichage environnemental, une « vision » à préciser

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Dans une note publiée en octobre, l’Iddri s’inquiète d’un manque de « vision » précise de la transition agricole, qui pourrait rendre difficile la mise en œuvre de l’affichage environnemental. Pour ces experts, comme pour le conseil scientifique de l’expérimentation, ce nouveau dispositif devra en tout cas encourager des changements tant sur les modes de production que sur les régimes alimentaires.

« L’affichage environnemental n’est pas un outil neutre, et il aura des effets politiques importants », insiste Laure Brimont, coordinatrice de l’initiative Modes de vie en transition au sein de l’Iddri, à l’occasion de la présentation d’une note de son cercle de réflexion le 16 novembre. Dans cette étude parue en octobre, l’Iddri souligne notamment que l’affichage environnemental est pour l’heure « compliqué par l’absence d’une vision de référence » de la transition agricole et alimentaire. Alors que ce projet « cristallise les tensions entre porteurs de visions différentes », la trajectoire agricole dessinée par la Stratégie nationale bas carbone est ainsi absente du débat, regrette l’Iddri. Une stratégie qui ne concerne d’ailleurs que la production, sans proposer aucun régime alimentaire de référence.

Pourtant, un horizon commun pourrait faciliter le travail des décideurs dans les prochains mois. Le rapport du comité de pilotage de l’expérimentation attendu d’ici la fin de l’année devrait notamment proposer plusieurs pistes parmi lesquelles le gouvernement devra trancher. « Quelles que soient les options retenues, il y aura encore des travaux et expérimentations à mener dans l’année à venir qui dépendront de choix politiques », prévient Flore Nougarède, cheffe de projet au sein de l’Ademe qui conduit l’expérimentation.

L’économie derrière les notes

Mais derrière ces choix se cachent des conséquences sérieuses pour les filières. Comme l’illustre l’Iddri dans son étude, l’analyse de cycle de vie dans sa forme actuelle ainsi que le scénario Eat-Lancet encouragent par exemple à substituer la viande bovine par la volaille. Et à l’inverse, le scénario Tyfa développé par l’Iddri réduit en priorité des monogastriques, afin de libérer des terres pour cultiver des protéagineux.

« Dans les deux cas, il y a des incitations à réduire les produits animaux, mais la nature de ces produits doit être mieux examinée », complète Mathieu Saujot, également coordinateur au sein de l’Iddri. De même sur les labels. Alors que certaines expérimentations, comme l’écoscore, mettent bio et conventionnel sur un pied d’égalité, le Planet score développé par l’Itab pénalise les produits non-certifiés.

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L’avance agricole

Le Conseil scientifique nommé pour l’expérimentation sur l’affichage environnemental ne s’est pas franchement prononcé sur ces aspects dans la note publiée en octobre. Il recommande en revanche aux décideurs de jouer « sur les deux leviers d’action » : à la fois l’évolution des modes de production, et celle de la consommation. En insistant en particulier sur le second volet sur « la balance entre consommations de produits animaux et produits végétaux ».

En matière de critères retenus, le conseil recommande avant tout de se baser sur la démarche « Product Environmental Footprint » (PEF), « qui a le mérite d’être le dispositif sur lequel les acteurs travaillent au niveau européen ». Au cadre du PEF pourraient s’ajouter selon les experts de ce conseil indépendant plusieurs briques au fort consensus scientifique, dont « le stockage du carbone dans les sols, la biodiversité à la parcelle et des éléments de toxicité ». Autant d’éléments précis, mais qui omettent de tracer une route claire pour l’agriculture.

Alors que la loi climat accorde cinq ans à partir de sa promulgation pour aboutir sur un dispositif d’affichage, le secteur agroalimentaire « est plutôt en avance », note Flore Nougarède au sein de l’Ademe. Mais un effort de clarté sur la direction demeure important, puisque, rappelle-t-elle, « actuellement en Europe il n’y a pas d’expérimentation similaire, et nous sommes très regardés par nos voisins ».

« Nous sommes très regardés par nos voisins »