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Derrière l’agriculture régénératrice, l’horizon de l’ABC

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Les fondateurs de l’école Hectar, tout comme l’association Pour une agriculture du vivant, voient dans l’agriculture bio de conservation (ABC) un horizon idéal de l’agriculture régénératrice, sans espérer la voir s’imposer chez l’ensemble des producteurs. Une conception qui irrite les puristes français de l’agriculture de conservation des sols.

Au sein de l’agriculture régénératrice, « l’agriculture biologique de conservation demeure un horizon idéal, mais ce que nous voulons avant tout, c’est emmener tous les agriculteurs dans une démarche de progrès, vers une réduction maximale des intrants chimiques et de la mécanisation », résume Anne Trombini, directrice de l’association Pour une agriculture du vivant (PADV). Près de la moitié des 600 agriculteurs adhérents de l’association, illustre-t-elle, seraient d’ailleurs des agriculteurs biologiques et 18 % labellisés HVE.

« L’ABC reste encore une démarche exploratoire avec des essais encourageants par les réseaux d’agriculteurs qui portent des innovations passionnantes », confirme Audrey Bourolleau, co-fondatrice de l’école Hectar, qui mettra l’agriculture de régénération au cœur de ses nouvelles formations. Un campus qui comptera même, précise-t-elle, une ferme pilote en ABC qui reposera sur l’élevage herbager pâturant.

Lire aussi : ABC, ces agriculteurs en quête d’une bio sans labour

« Plus on se rapproche d’un système naturel, plus on est dans le concept de régénération. Mais il est encore difficile de se passer de certains intrants chimiques, dont les herbicides », nuance Fabien Girard, directeur de Earthworm France. Si régénération ne rime pas nécessairement pour lui avec bio, il partage en revanche avec Robert Rodale et PADV l’espoir de mieux valoriser le travail mené par les producteurs sur la fertilité et les couverts. « Les sols doivent devenir une préoccupation tout au long de la chaîne de valeur, et jusqu’au consommateur, quelle que soit la filière. Et ce travail doit être rémunéré pour les services rendus à la société. »

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Définir par les moyens ou les résultats

Le plaidoyer de certains porte-parole de l’agriculture de régénération en faveur de l’ABC laisse pour l’heure le président de l’Apad perplexe. « L’idée que l’on puisse réunir agriculture bio et ACS est un non-sens pour moi. L’agriculture bio a une conception décroissante qui suppose une réduction de la production, alors que l’agriculture de conservation permettra justement d’améliorer la productivité », s’agace François Mandin.

Espérant apaiser les débats dans le secteur, Anne Trombini propose de son côté de définir l’agriculture de régénération par ses résultats en matière d’émission d’amélioration des sols, de stockage de carbone ou de préservation de la biodiversité. Et de laisser les agriculteurs libres de faire leurs choix techniques. « Si on est dogmatique, l’ABC pure n’existe actuellement qu’en maraîchage. Mais si on est un peu pragmatique, et qu’on accepte un travail superficiel du sol occasionnel, quelques pionniers en grandes cultures peuvent déjà y prétendre », précise-t-elle.

« L’agriculture bio a une conception décroissante »