Le secteur du poulet export français, dans ses difficultés récurrentes, ne fait que refléter les métamorphoses du marché international et européen. La concentration y semble devoir s'imposer, dont les entreprises françaises les moins compétitives vont faire les frais
QUELQUE 2,350 millions tonnes équivalent-carcasse (tec) en 1998. 1,850 million tec de volaille-chair produites en 2012. La France reste le premier producteur d'Europe (15 % des parts de marché en 2012) devant le Royaume Uni (1,6 million tec) et l'Allemagne (1,5 million tec). Entre ces deux dates, seulement quatorze ans se sont écoulés. Mais quatorze années de mutations profondes du marché, de redistribution totale des cartes. Il y a eu simultanément deux phases. Une séquence internationale au cours de laquelle le Brésil s'est imposé comme le premier exportateur mondial de viande de volaille (32 % des échanges internationaux), devant les Etats-Unis (30 %). La part de marché des Européens est passée de 20 % en 1992 à 10 % vingt ans plus tard (source : ministère). Cette chute correspond à la baisse des soutiens à l'exportation négociée lors des accords du Gatt de Marrakech de 1994. Puis il y a eu une séquence purement européenne. Les pays clients de la France, alors premier pays producteur de volaille, et de loin, se sont mis à produire. Leur croissance a été rapide et constante. Pologne, Espagne, Royaume-Uni, Allemagne surtout… tous ont mis en production des millions de m2 de poulaillers pendant que la France perdait près de 20 % de sa production. Le poulet export français est resté un élément de la compétitivité de la filière poulet français. Il représentait encore en 2012 près de 250 000 tec exportées sur Pays Tiers, soit autour du quart de la production du poulet français. Firmes génétiques, couvoirs, fabricants d'aliments, transporteurs… répartissaient leurs coûts sur les deux filières. Aujourd'hui, la filière française attend l'issue du dossier Tilly-Sabco. il se dit prêt à soutenir toute initiative à la poursuite de l'activité de l'abattoir de Guerlesquin. Il n'écarte pas une prise de participation au besoin, sans plus de précision. Il craint, toutefois, que les éventuels repreneurs « soient plus réservés aujourd'hui ». Il fait référence au pool de volaillers français que Sofiprotéol avait constitué, il y a deux ans, pour proposer au tribunal de commerce de Quimper, alors en charge du dépôt de bilan de Doux, la reprise des actifs « export » du groupe châteaulinois et la construction d'un attelage Doux-Tilly-Sabco. Le tribunal de commerce en avait décidé autrement.
Pour Georges Galardon, président de Triskalia, groupe coopératif breton très engagé dans la fourniture de vif à Tilly-Sabco, il est de l'intérêt du territoire « de trouver une solution ». La filiale « aliment » de Triskalia, Nutréa, pilote, en effet, un groupement de producteurs de volailles dont une centaine livrent à Tilly-Sabco des poulets dédiés à l'export (souche spécifique avec une durée d'élevage plus courte). Logiquement,
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De quoi sera fait l'avenir de Tilly-Sabco ? Peut-on imaginer un pool unique français du poulet export, c'est-à-dire avec Doux en fer de lance ? Interrogé par le Monde, mardi, Arnaud Marion, président du directoire de Doux dit regarder ailleurs. « Nous voulons rester en dehors de ce dossier. Nous devons faire preuve d'humilité car nous sommes en plan de continuation. (…) De plus, nous avons des capacités de production disponibles. Nous produisons environ 15 000 t de poulets par mois et notre capacité de production est de 17 500 voire 18 000 t. Enfin, il est difficile de reprendre une entreprise déficitaire comme Tilly-Sabco. » Arnaud Marion précise par ailleurs être en négociations avec Nutréa, filiale « aliment » de Triskalia, premier fournisseur en vif de Tilly-Sabco. « Nous pourrions avoir besoin de 30 éleveurs supplémentaires », dit encore Arnaud Marion au Monde.
Pour Gilles Huttepain, président de la Fédération des industries avicoles, c'est entendu, les facteurs de la compétitivité allemande sont là, et bien là : régime de tVa avantageux aux producteurs agricoles, absence de salaire minimum, énergie verte. les professionnels du secteur peuvent toujours rêver d'une harmonisation sociale et fiscale en europe. mais en attendant que cette incantation soit entendue, la filière française, forte de 45 à 50 000 emplois, doit gagner en compétitivité pour stopper son déclin. « il faut réorganiser la filière en profondeur, dit Gilles Huttepain. Renouveler les souches, un travail qui a démarré il y a trois-quatre ans. améliorer les formulations d'aliment pour abaisser l'indice de consommation. Convaincre les autorités françaises qu'elles doivent relever, comme elles l'ont fait en élevage porcin, les seuils de déclenchement des procédures d'installations classées pour l'environnement (qui imposent une longue instruction administrative, avec étude d'impact et enquête publique nDlR). moderniser les bâtiments d'élevage aussi. enfin, il faut que les industriels réinvestissent dans leurs process et qu'on finisse par reconquérir le marché français. » Une longue, une très longue feuille de route donc. Gilles Huttepain ne cache pas que son application est aujourd'hui forcément ralentie, compte tenu de l'actualité du poulet export. les producteurs font preuve d'attentisme dans leurs projets de rénovation, craignant voir arriver dans leur production (le poulet « métro », c'est-à-dire destiné au marché métropolitain) des éleveurs travaillant actuellement en poulet export.