La dépendance de l’élevage français au soja pourrait être réduite de 65% en produisant des protéines localement et en désintensifiant l’élevage selon une étude que vient de publier le WWF-France.
Y a-t-il une fatalité à ce que la France importe chaque année 4,5 millions de tonnes (Mt) de soja pour nourrir ses élevages ? Non, répond une étude co-réalisée par le WWF et l’Enesad (Etablissement national d’enseignement supérieur agronomique de Dijon). Sur le plan technique, il est possible de remplacer le soja dans bon nombre de rations alimentaires animales, estiment les auteurs. Les bovins bénéficient du plus grand nombre d’alternatives possible : les élevages extensifs peuvent être autonomes grâce au pâturage et aux fourrages. Dans les élevages bovins plus intensifs, ce sont les tourteaux de colza et de tournesol, la luzerne déshydratée, la féverole, le lupin et le pois protéagineux qui peuvent présenter des compléments azotés intéressants, note l’étude. L’élevage de volaille, bien que premier consommateur de soja, présente moins d’alternatives possibles. Le pois protéagineux et la féverole peuvent certes être introduits dans les rations, mais il est plus difficile de trouver des solutions de substitution sans remettre en cause le caractère intensif des élevages actuels, estiment les auteurs du rapport. En ce qui concerne les porcins, quelques alternatives efficaces au soja existent. Il semble ainsi possible de réduire de façon significative la consommation de soja en le remplaçant par des pois protéagineux, de la féverole ou du tourteau de colza.
Plus d’oléo-protéagineux et de légumineuses
Si le remplacement du soja est donc souvent jugé techniquement possible, les surfaces agricoles destinées à produire les oélo-protéagineux et les légumineuses fourragères de substitution sont-elles pour autant disponibles ? Là encore, c’est par l’affirmative que répond le WWF. En combinant la suppression des jachères obligatoires et les objectifs du plan biocarburant pour 2010 (7 % d’incorporation), l’augmentation des surfaces en oléo-protéagineux pourrait se chiffrer à 1,5 million d’hectares. Elles permettraient de diviser par deux les besoins en tourteaux de soja, selon les auteurs de l’étude. La désintensification des élevages permettrait par ailleurs d’économiser 15% du soja importé. Au total, la France pourrait économiser 2,9 Mt de tourteaux de soja sur les 4,5 Mt actuellement consommés chaque année par les animaux d’élevage, soit une diminution de 65% de la consommation. Le développement local de la culture du soja et de la luzerne pourrait améliorer encore davantage ce résultat.
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L’ensemble de ces alternatives permettrait à la France de réduire la pression sur les forêts d’Amérique latine. Mais seule une révision en profondeur de la politique et de l’économie agricoles – ainsi que des modes de consommation – permettra d’y parvenir, conclut l’étude.
Cette dernière est disponible à l’adresse suivante : www. wwf. fr