L'EFSA a rendu au début du mois un avis scientifique sur l'absence de risques liés à la consommation d'insectes dans la mesure où ces derniers sont nourris avec les aliments pour animaux actuellement autorisés. Les professionnels de la filière insectes ont bien accueilli cet avis qui va dans le sens de ce qu'ils s'attachent à démontrer depuis des mois et pourrait à terme permettre des développements pour les protéines d'insectes, dans l'aquaculture dans un premier temps. La société Ynsect poursuit son développement afin d'être prête dès que la législation donnera son feu vert.
Ce n'est un secret pour personne, la consommation d'insectes comme source alternative de protéines offre de véritables perspectives pour l'alimentation animale et/ou humaine, tant d'un point de vue économique qu'environnemental. Mais la mise sur le marché de tels produits en Europe reste soumise à une réglementation très stricte. C'est pourquoi le dernier avis scientifique rendu par l'EFSA sur les risques liés à la consommation d'insectes, marque une avancée certaine. Le 8 octobre l'Autorité européenne de sécurité des aliments conclut dans cet avis que « si des insectes non transformés sont nourris avec les aliments pour animaux actuellement autorisés, l'apparition potentielle de contaminants microbiologiques devrait être similaire à celle observée dans d'autres sources non transformées de protéines ». Ainsi, selon les experts de l'autorité européenne, « la présence éventuelle de risques biologiques et chimiques dans des aliments dérivés d'insectes dépendrait des méthodes de production utilisées, du substrat sur lequel les insectes sont nourris, de l'étape du cycle de vie à laquelle les insectes sont « récoltés », de l'espèce d'insecte, ainsi que des méthodes utilisées pour leur traitement ultérieur ». En clair, cet avis revient donc à dire qu'il existe des risques lors de l'utilisation de substrats de type déchets ou déjections ou avec des insectes non « processés ». Ce qui n'est pas le cas.
DES PROCÉDÉS SANS RISQUE
En effet, rappelle l'Ipiff (1), l'ensemble de ses membres travaille sur des substrats 100 % végétaux (issus d'installations enregistrées en tant que fournisseurs d'aliments pour l'alimentation animale) et des insectes entiè-rement transformés en poudre protéique standardisée, en appliquant des procédés reconnus par la Commission, notamment en termes de barème de température et de pression appliquée. Des choix d'approvisionnements et de transformation reconnus et approuvés qui eux, n'engendrent pas de risque pour la santé des animaux et des consommateurs, selon l'EFSA. Son dernier avis a donc reçu un accueil très favorable des professionnels da la filière, dans la mesure ou il vient conforter ce qu'ils tendent à démontrer depuis plusieurs mois à savoir que l'utilisation de protéines d'insectes, à condition qu'elles soient produites dans de parfaites conditions d'hygiène, n'est pas dangereuse.
ENCORE DES ÉTAPES À FRANCHIR
Mais d'autres étapes restent encore à franchir pour que ce nouveau marché s'ouvre véritablement. « Nous attendons maintenant le deuxième avis détaillé de l'ESFA, a priori dans le courant de l'été prochain », explique Antoine Hubert, président de l'Ipiff à Agra Alimentation. De fait, des avancées notables pourraient intervenir dans les douze ou dix huit mois prochains, selon lui et faciliter l'accès des farines d'insectes dans l'aquaculture dans un premier temps. « L'Ipiff défend depuis le début une approche pas-à-pas, avec en premier lieu la demande de l'ouverture du marché de l'aquaculture. Ces éléments du rapport EFSA montre que cette ouverture est possible et nous appelons la Commission à agir dès à présent pour permettre que les protéines d'insectes, source alimentaire essentielle des poissons dans la nature, puissent devenir également une source nutritive dans les fermes aquacoles », a ainsi souligné Antoine Hubert, qui est également président et l'un des fondateurs de la start up Ynsect (lire ci-après).
Des avancées effectives ou à venir au niveau européen sur les insectes, que la Fédération européenne des fabricants d'aliments composés (FEFAC) (2) interprofession européenne des producteurs d'aliments pour animaux dans les filières aquaculture, aviculture (hors pet food) surveille elle aussi de près. En effet, les éleveurs d'insectes sont tout à la fois des fournisseurs, mais aussi des concurrents, pour les producteurs d'aliments pour animaux, dans la mesure où ils peuvent fournir des protéines servant aux mélanges, mais utilisent aussi les mêmes co-produits ou sous-produits céréaliers, comme base de l'alimentation pour les uns, comme substrats pour les autres.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Une concurrence encore bien modeste pour le moment puisque le potentiel actuel représente une centaine de milliards de tonnes d'insectes, soit 1 million de tonnes de substrats. Environ 100 fois moins que ce qui est utilisé actuellement pour l'alimentation animale.
TROUVER DE NOUVEAUX SUBTRATS
Arnaud Bouxin, secrétaire général adjoint de la Fefac estime que « pour que la pro-duction d'insectes devienne à terme une source de protéines supplémentaire, produite en volumes suffisants pour offrir une alternative aux farines de poissons, il lui faudra utiliser des substrats qui ne sont pas déjà valorisés directement en alimentation animale ». Le pire selon lui étant que les insectes entrent en concurrence avec les porcs ou les volailles pour leur nourriture. « Pourquoi ne pas s'intéresser à des substrats qui n'ont aujourd'hui aucune valorisation ? », s'interroge ce dernier. Parmi ces substrats non valorisés en alimentation animale figurent les déchets de cantine ou le lisier, qui servent déjà de nourriture aux insectes dans la nature. De là à les autoriser pour nourrir des insectes pour l'alimentation humaine ou animale, il n'y a qu'un pas … mais un très grand pas, car il faut prouver que ce type de substrats est sans danger pour la sécurité sanitaire des animaux consommateurs d'insectes et des produits animaux qui en seraient issus. « Tout est une question d'équilibre, il faut que chacun trouve son intérêt, sinon ces nouveaux développements seront contre-productifs ». Une solution idéale, sur le papier tout au moins, d'autant que ce pourrait être un moyen supplémentaire de réduire le gaspillage alimentaire, mais ceci est un autre débat.
Il est clair que d'autres pays, l'Afrique du Sud ou la Chine notamment, ne s'encombrent pas de telles exigences et sont de fait en avance sur ce qui se pratique en Europe dans le développement de protéines d'insectes. Dans ces pays-là, l'élevage d'insectes sur des déchets comme dans leur milieu naturel, ne pose aucun problème. Et mieux encore, une pièce de viande provenant d'un animal nourri de cette manière considérée comme « naturelle » est vendue plus chère en Chine, car meilleure pour la santé !
(1) Plateforme internationale d'insectes pour la nutrition et l'alimentation animale. L'Association regroupe une quinzaine de membres, spécialistes de la production d'insectes, a vocation à travailler sur différents sujets propre à l'élevage d'insectes et faire ainsi avancer la législation européenne sur la consommation de protéines d'insectes. (2) La Fefac est une fédération qui regroupe 25 associations européennes dans 24 pays, plus d'autres partenaires extérieurs à l'Union (Turquie, Suisse, Serbie, Norvège, Russie..).
Le catalogue des matières premières pour aliments des animaux (règlement 68/2013 de la Commission européenne du 16 janvier 2013) dresse la liste de ce que peuvent utiliser les exploitants du secteur de l'alimentation animale. Entrent dans cette liste les « anciennes denrées alimentaires », telles que des surplus de production, des produits abîmés ou difformes ou des denrées dont la date limite de consommation a expiré. « On entend, par “anciennes denrées alimentaires”, les denrées alimentai-res autres que les déchets de cuisine et de table, fabriquées à des fins de consommation humaine dans le plein respect de la législation de l'Union applicable aux denrées alimentaires mais qui ne sont plus destinées à la consommation humaine pour des raisons pratiques ou logistiques ou en raison de défauts de fabrication, d'emballage ou autres et dont l'utilisation en tant qu'aliments pour animaux n'entraîne aucun risque sanitaire », indique ainsi le règlement.