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Des chercheurs quantifient l’exposition des petits mammifères aux pesticides

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En analysant les pesticides présents dans les poils de musaraignes et de mulots, des chercheurs alertent sur la contamination généralisée des mammifères. Avec à la clé un nouveau concept décrivant l’augmentation du nombre de molécules le long de la chaîne trophique : le « biowidening ».

Chez les petits mammifères, « l’exposition à un mélange de pesticides autorisés et interdits est plutôt la règle que l’exception », résument les scientifiques dans un article paru en octobre dans la revue Scientific Reports et repéré par Le Monde. Car sur les poils des 93 mulots et musaraignes prélevés dans deux zones ateliers, ces chercheurs ont détecté au total 112 molécules différentes sur les 140 pesticides et métabolites recherchées, avec en moyenne 49 molécules chez chaque animal, et 32 à 65 composés par individu. Des produits autorisés au moment des prélèvements en 2016, comme le MCPA, le prosulfocarbe, le S-métolachlore, ainsi que des pyréthrinoïdes et néonicotinoïdes, mais également des molécules interdites comme le diuron, le lindane, ou encore le fipronil.

Dans le détail, les chercheurs ont constaté en moyenne 17 molécules interdites et 31 molécules autorisées par échantillon. « Nous ne nous attendions pas à retrouver autant de molécules », reconnaît Clémentine Fritsch, chercheuse au CNRS, auteure principale de l’étude. Une exposition qui, poursuit-elle, ne diffère pas significativement chez les animaux capturés dans les parcelles bio ou conventionnelles. « Attention à ne pas se tromper sur l’analyse : la contamination en bio montre surtout la diffusion des molécules dans l’environnement, et la mobilité des animaux dans le paysage agricole », prévient-elle.

Autre résultat notable : la corrélation entre l’exposition des animaux, et les données de ventes de pesticides pour le département des Deux-Sèvres, ou se trouve l’une des zones ateliers étudiées. « Il y a de très bonnes correspondances entre l’intensité des usages et les contaminations », insiste Clémentine Fritsch. Principale limite pour l’heure, et malgré l’intérêt de la recherche pour les effets cocktails : « Les analyses de concentration dans les poils ne permettent pas d’évaluer les conséquences toxicologiques pour les animaux. »

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Vers de nouveaux tests

L’étude s’ajoute à d’autres données pour mieux comprendre la diffusion des pesticides le long des chaînes de prédation. Dans le cadre de son étude, Clémentine Fritsch a ainsi détecté des contaminations plus importantes en termes de nombres de produits et de concentrations chez les musaraignes insectivores que chez les mulots plutôt granivores à tendance omnivore. Or, Céline Pelosi, chercheuse de l’Inrae, dans un article publié en 2021 sur les vers de terre, avait de son côté détecté en moyenne 3 molécules autorisées par individu, soit dix fois moins que chez les mulots et musaraignes. Seule une trentaine de molécules étaient dans ce cas recherchées.

Ces indices convergents conduisent aujourd’hui les scientifiques à proposer une nouvelle notion : le « biowidening ». Alors que la bioamplification décrit l’augmentation de la concentration d’une molécule le long des chaînes de prédation, ce concept de « biowidening » définirait l’augmentation du nombre de molécules détectées jusqu’au sommet des chaînes alimentaires. « C’est une proposition que nous lançons, et qui méritera d’être explorée », suggère Clémentine Fritsch.

La chercheuse rappelle enfin que les rongeurs sont « assez centraux » dans l’évaluation des risques des molécules. Des prélèvements ont donc déjà été effectués pour des pesticides interdits de longue date, comme le DDT ou les organochlorés. Mais alors que les molécules récentes sont moins persistantes dans l’environnement, ou censées être plus sélectives et moins sujettes à la bioacccumulation, ces travaux montrent l’intérêt de nouveaux indicateurs. « Les futures procédures d’autorisation de mise sur le marché pourraient s’orienter vers des tests de scenarii, comme le risque d’un itinéraire technique dans son ensemble, la comparaison à l’échelle de différents types paysagers, ou l’étude des effets des expositions multiples, grâce aux connaissances sur les profils d’exposition apportées par les données de surveillance environnementale ou en utilisant les contaminations de sols de référence », imagine Clémentine Fritsch.

Pour les animaux, des conséquences toxicologiques inconnues