Que ce soit au sein de l’ONIGC ou du CIC, les professionnels ont tous l’œil rivé sur la hausse des prix des céréales. Dans un marché de plus en plus mondialisé, celle-ci dépend de facteurs internationaux. Aucune zone n’est épargnée. Le phénomène semble relativement durable.
«Aujourd’hui, la variable d’ajustement du marché, c’est la consommation, a expliqué Rémi Haquin, président de l’ONIGC, à l’issue du conseil de direction spécialisé « céréales », le 13 juin. Ce ne sont pas les stocks, qui ne jouent plus leur rôle tampon ». L’ONIGC prévoit pour la fin de campagne 2006/2007 des stocks très faibles pour la France : 2,15 Mt en blé tendre, moins de 2,1 Mt en maïs et 800 000 tonnes en orge. Ce qui est vrai au niveau hexagonal l’est également au niveau mondial. Dans son dernier rapport sur l’offre et la demande mondiales, l’USDA estime les stocks mondiaux de céréales à 112 Mt, soit leurs plus bas niveaux depuis 30 ans. Conclusion : les prix augmentent partout. En France, « ils ne sont pas historiquement hauts, observe Rémi Haquin. Mais on a l’impression de quelque chose de plus durable ».
La croissance mondiale dope les besoins
Le développement de l’éthanol, qui tire à la hausse le marché du maïs américain et par voie de conséquence l’ensemble des céréales, n’est pas le seul responsable. Il faut aussi compter avec la croissance mondiale. « Lorsque l’économie se développe à un rythme de 9 à 10 % par an comme en Chine et en Inde, cela conduit à un changement dans le régime alimentaire des classes moyennes qui a un impact significatif sur la consommation mondiale de céréales et d’oléagineux », a observé Etsuo Kitahara, directeur du CIC (Conseil international des céréales) lors de la conférence annuelle de la structure qui s’est tenu à Londres le 12 juin. De fait, « la croissance mondiale est à l’origine d’une hausse de la demande en viandes », a observé Karel Valken, de Rabobank international, à la même occasion. Entre 1995 et 2005, cette demande s’est accrue de 29 %, et elle devrait encore gagner 25 % entre 2005 et 2015. En céréales, la consommation grossirait de 14 % sur la même période, sachant qu’elle a progressé de 12 % entre 1995 et 2005.
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L’Ukraine en panne d’exportations
Sur un plan plus conjoncturel, la Chine, qui souhaite diminuer ses achats, devrait rester importatrice nette de blé sur la campagne 2007/2008. Et début juin, le ministère de l’Agriculture indien a annoncé son intention d’acheter 5 millions de tonnes de blé d’août à décembre prochain. Autant de facteurs qui poussent les prix à la hausse, d’autant plus que la réserve que constituent les pays de la mer Noire pourrait s’avérer moins garnie que d’habitude, en raison de la sécheresse qui sévit dans la zone. Le 8 juin, le gouvernement ukrainien a officiellement publié les restrictions à l’export : des quotas de 3 000 tonnes sont instaurés en blé, orge, seigle et maïs jusqu’au 1 er octobre, ce qui revient à interdire les exportations sur les trois premiers mois de la campagne. Reste que les transformateurs doivent acheter plus cher. A la différence de la campagne 2001/2002 où se fournir en Ukraine se révélait intéressant en blé compte tenu du coût des céréales françaises, les opérateurs hexagonaux ne peuvent pas se reporter sur d’autres origines : les cours sont élevés partout. « Mais si la hausse se poursuit, les acheteurs ne pourront plus payer, soulignait un opérateur international, en marge de la conférence du CIC. La demande se reportera sur d’autres matières premières moins chères et les prix cesseront de grimper ».