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Destruction de parcelle Des crédits permettront de relancer l’essai de vigne transgénique de Colmar

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Des faucheurs volontaires ont détruit la parcelle expérimentale de vigne génétiquement modifiée de l'Inra de Colmar dans la nuit du 14 au 15 août. Dix jours plus tard, Bruno le Maire et sa collègue Valérie Pécresse (Recherche) ont fait le déplacement en Alsace pour dénoncer ces actes et réaffirmer que le gouvernement soutenait la recherche française sur les biotechnologies.

«Nous mettrons à disposition de l'Inra les moyens financiers nécessaires pour relancer les recherches menés à Colmar », a assuré Bruno Le Maire mardi 24 août. Le ministre de l'Agriculture, accompagné de la ministre de la Recherche Valérie Pécresse, est venu apporter son soutien aux chercheurs du centre Inra de Colmar dont l'essai de vignes transgéniques a été entièrement détruit le 15 août dernier. Une soixantaine de faucheurs volontaires ont en effet saccagé les 70 pieds de vigne génétiquement modifiée – sur les 1500 plants qui constituaient la parcelle expérimentale implantée au centre de l'unité de Colmar – dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 août. Les faucheurs ont immédiatement été arrêtés par les forces de l'ordre puis relâchés en attente d'un jugement. En septembre 2009, ce même essai avait déjà été dégradé. Mais cette fois la parcelle a été entièrement retournée et l'essai est définitivement perdu.

Recherche participative
« Dans un Etat de droit, on ne se fait pas justice soi-même », a insisté le ministre de l'Agriculture, dénonçant « l'obscurantisme » des faucheurs volontaires. Bruno Le Maire a salué la « démarche exceptionnelle de recherche participative » (réunissant viticulteurs, chercheurs et associations environnementales) mise en œuvre. Un comité local de suivi a été mis en place dès le lancement de l'expérience pour mettre autour de la table tous les acteurs concernés par le projet, afin qu'ils puissent avoir un regard sur les recherches et éventuellement les orienter. Ce « protocole de co-construction doit faire école », a d'ailleurs estimé Valérie Pécresse. Au mois de mai dernier, l'Inra avait obtenu l’autorisation du gouvernement de poursuivre ces recherches portant sur la mise au point d'une souche de vigne résistante à la maladie du court-noué. Les opérations de greffage avaient eu lieu au mois de juin.

Impasse technique
Le court-noué est une maladie virale qui touche environ 60% du vignoble (pour des pertes estimées à 800 millions d'euros par an en France) transmise par un nématode (ver du sol) lors de ses piqures d'alimentation au niveau des racines des vignes. Pour lutter contre cette maladie, les viticulteurs se trouvent face à une impasse technique depuis l'interdiction d'utilisation des nématicides en France. Une des pistes explorées par l'Inra a donc été l'amélioration de plants de vigne par la transgénèse. Dans cet essai, seul le porte-greffe a été génétiquement modifié. Le greffon, du pinot meunier, est conventionnel. La modification génétique consiste à activer un mécanisme de résistance présent naturellement dans la vigne mais qui ne s'exprime pas. Une première étude, réalisée en Champagne dans les années 90, avait montré que l'introduction de ce transgène conférait au porte-greffe une résistance au court-noué. Mais l'essai en plein champ lancé en 2002 à Colmar n'a pas apporté de conclusions aussi claires. « D'où l'intérêt de ce type d'expérience », souligne Marion Guillou, p.-d.g. de l'Inra. Selon les premiers résultats obtenus (et publiés en 2009), les portes-greffes OGM retarderaient la contamination par le virus de 1 à 3 ans. Les chercheurs supposent que cette différence de résultats serait due à la biodiversité des virus du sol.

Une balle dans le pied
Les prochains travaux devaient notamment permettre de mieux comprendre ce mécanisme de défense. Mais aussi, à la demande du comité local de suivi, d'étudier le transfert éventuel du transgène vers le greffon et la flore bactérienne du sol. Les échanges au sein de ce comité ont également permis d'avancer sur la piste de jachères nématicides. Les premiers dispositifs expérimentaux pour étudier l'impact de certaines plantes – notamment des légumineuses – sur les populations de nématodes ont débuté au printemps. « Pour moi, ceux qui ont détruit cet essai se sont tirés une balle dans le pied », estime Olivier Lemaire, responsable du projet à l'Inra de Colmar. En effet, la moitié du budget de recherche était consacrée à l'étude de l'impact environnemental des plants transgéniques. « Pour nous, les OGM ne sont qu'un outil qui permet de comprendre un mécanisme complexe, explique le chercheur. Ce n'est en aucun cas l'intention de l'Inra de commercialiser un plant de vigne OGM ».

Mauvaise image
De toute façon, les producteurs n'en veulent pas. Au moment du lancement du projet en 2002, les viticulteurs locaux ont fait des pieds et des mains pour que cet essai soit planté ailleurs. « Pour nous, un essai de vigne OGM à Colmar, capitale des vins d'Alsace, c'était très mauvais pour notre image », confirme Gérard Boesch, président de l'Association de viticulteurs d'Alsace (AVA). Mais la plupart en conviennent, les chercheurs doivent pouvoir chercher. Ne serait-ce que parce que « si la France n'a pas la capacité d'expertise sur les biotechnologies, d'autres vont nous imposer des produits dont on ne pourra même pas évaluer les conséquences environnementales », prévient Valérie Pécresse. « En contrepartie de notre loi sur les OGM très protectrice, il faut laisser les chercheurs chercher dans la sérénité », appuie la ministre de la Recherche.
Même si ce déplacement à Colmar s'est fait en l'absence d'un représentant du ministère de l'Ecologie, le gouvernement a souhaité afficher son soutien à la recherche en biotechnologie, assurant que des moyens seraient libérés pour reprendre les essais. Mais pour les scientifiques, encore très affectés par la destruction de 7 années de travail, il ne s'agit pas de replanter à n'importe quelles conditions. Alors que les chercheurs sont généralement à la recherche de crédits supplémentaires, ils se montrent au contraire prudents, souhaitant dans un premier temps réfléchir pour éventuellement reconstruire un projet sur le long terme et que surtout il ne soit pas de nouveau détruit.

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