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Biomasse Des cultures intermédiaires testées pour la méthanisation

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Une vocation, cela ne s’improvise pas. Voici ce que suggèrent les premières études et expériences menées pour valoriser par méthanisation les Cive, entendez « cultures intermédiaires à vocation énergétique ». Intercalées entre des cultures dites principales, les Cive sont choisies pour leur potentiel énergétique, et non, comme les Cipan, cultures intermédiaires pièges à nitrates, pour leur capacité à stocker l’azote. Maïs, sorgho, pois, cannes, vesces, par exemple, se prêtent aux expérimentations, et ce, entre différentes cultures. Un pari qui en satisfait déjà certains.

«En incorporant dans mon digesteur 15 % de Cive, pour accompagner le lisier de porc et les déchets agroalimentaires, je stabilise mon substrat, donc ma production d’électricité», explique Jean-Marc Onno, agriculteur à Guernequay (56) et membre de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France, l’AAMF. « Et je peux ensiler les excédents récoltés », et les ressortir au besoin, pour sécuriser l’approvisionnement du méthaniseur. « D'une obligation d'implanter une culture intermédiaire, je tire un produit », conclut l’agriculteur. Il témoignait lors des journées techniques nationales du biogaz organisées dans le cadre du salon Expobiogaz à Paris, les 3 et 4 avril. Pour compléter cet apport, Jean-Marc Onno va « chercher les résidus de cultures qui restent au champ » et récolte les bandes enherbées. À cela plusieurs avantages : augmenter la matière sèche récoltée, « éviter un broyage et hygiéniser les bords de cours d’eau ».
Obligatoires, les couverts végétaux pourraient être un atout, estiment certains : ils imaginent leur valorisation en méthanisation. Dans les systèmes actuels, leur rendement et leur intérêt économique s’avèrent pourtant très variable.

Un intérêt très variable
Reste que l’intérêt technique et économique des cultures en question est très variable. Chez Jean-Marc Onno, par exemple, récolter les bandes enherbées pour les méthaniser est une opération au bilan économique neutre. Avec 2 tonnes de matière sèche récoltée par hectare en moyenne sur les essais menés par Arvalis, les Cipan constituent, quant à elles, des candidates à la fois médiocres et onéreuses en méthanisation. « Sélectionnées pour leur rapidité d’implantation, leur facilité de destruction, et essentiellement hivernales », rappelle Sylvain Marsac, les Cipan ne font pas l’affaire dans ces essais. Dans le cadre d’un programme de recherche triennal, Arvalis a donc choisi des espèces aux cycles plus adaptés, et surtout, ajusté les itinéraires techniques. Car l’objectif n’est pas simple : il s’agit de produire trois cultures en deux ans, dont l’une présente un potentiel énergétique suffisant.
Les résultats sont encore très provisoires. Mais selon les choix, les rendements varient fortement. Techniques d’implantation, choix des espèces et récolte avec ou sans ensilage, restent à préciser. Cependant, toutes les espèces testées ont un potentiel « mais pas sans eau, ni sans fertilisation », note l’expert. En termes de coûts, un rendement de 10 à 20 tonnes de matières sèche par hectare semble nécessaire. « Les choix des espèces et des itinéraires techniques sont à adapter à chaque contexte pédoclimatique et à chaque exploitation », conclut Sylvain Marsac.

Une culture supplémentaire, à part entière
Autre enseignement : pour assurer leur vocation et leur intérêt énergétique, les Cive méritent d’être considérées comme une production à part entière. Et leur intérêt doit être évalué sur l’ensemble de la rotation. Pour Jean-Marc Onno, les pistes d’amélioration pourront venir de plantes beaucoup plus productives, telles que des espèces rustiques de seigle.
« Je crois beaucoup dans les Cive », conclut Aurélien Deceuninck, de la Chambre d’agriculture de Picardie. Mais pas aujourd’hui, précise-t-il, en présentant un bilan très mitigé de l’implantation de culture dérobées valorisées en biogaz en Picardie. « Aujourd’hui, bâtir un approvisionnement sur 20 % de cultures dérobées ne me semble pas possible. Ces cultures restent pour l’instant un appoint pour la méthanisation. Sachant qu’il faudra aussi faire attention aux conditions de fertilisation et de traitement... »

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