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Exploitations Des économies d'échelle apparaissent dans les étables laitières

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Phénomène nouveau, l'Institut de l'élevage a observé l'émergence d'économies d'échelle dans les exploitations laitières françaises depuis 2006. Le phénomène plafonne pour l'instant à partir de 100 vaches.

Les économistes français qui s'intéressent à l'économie des exploitations laitières observent un phénomène nouveau depuis 2006 : l'émergence d'économies d'échelle. « Nous avions l'habitude de dire qu'il n'y en avait pas dans les exploitations laitières françaises, que pour produire 1 000 litres de lait, les grandes étables utilisaient plus de capital (bâtiment, équipement, matériel) et consommaient plus d'aliments achetés que les petites », explique Christophe Perrot, économiste à l'Institut de l'élevage. « Nous nous sommes rendu compte il y a 3-4 ans que ce phénomène n'est plus tout à fait vrai. »

Les grosses étables plus rentables et plus risquées

Qu'observent les économistes ? Que le revenu moyen des éleveurs (€/ UTA non salariée) augmente à mesure que la production de lait augmente sur la ferme. Cela n'était pas vrai en 2006, c'est vrai en 2011. En moyenne, les éleveurs laitiers qui travaillent dans des exploitations de 80 vaches gagnent chacun plus d'argent que ceux qui exploitent des étables de 40 vaches. Pour quelle raison ? La question est d'autant plus intéressante que les croissances des exploitations laitières se sont nettement accélérées depuis 2006, avec un développement très rapide du nombre d'exploitations de plus de 100 vaches (5 800 exploitations et près de 20% des vaches laitières françaises fin 2014).

Une plus grande utilisation des capacités de production

L'une des explications, c'est la sortie progressive des quotas, et une plus grande mobilité des volumes de lait entre exploitations et entre territoires (attribution de droits à produire supplémentaires depuis 2006, allocations provisoires,…) . « En 2006, les grandes exploitations ne réalisaient pas d'économies d'échelle parce qu'elles avaient été incitées à investir au début des années 2000 (PMPOA, PMBE), explique Christophe Perrot. Elles avaient mis en place des capacités de production qui n'ont pu être utilisées qu'avec ces volumes supplémentaires disponibles depuis 2006 ». Ces augmentations réalisées, depuis 2006, à main d'œuvre constante ont rendu les coûts de production du lait dans les grandes exploitations inférieurs à ceux des petites et moyennes exploitations.

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La productivité du travail s'améliore

Les différences de productivité du travail (plus élevée dans les grandes exploitations) expliquent à elles seules plus de la moitié des économies d'échelles. Dans le détail, le poste bâtiments-équipements est identique par 1000 l de lait (voir graphique). Les postes mécanisation et travail (salaires + rémunération calculée pour l'exploitant) sont inférieurs et les frais généraux nettement dilués. En revanche, l'alimentation achetée est un peu supérieure. La productivité du travail agit comme un amplificateur de la volatilité des prix sur le revenu (à la hausse comme à la baisse) avec un effet maximal en 2011, et sans doute en 2014, grâce à des prix du lait et surtout une marge brute par litre élevés. 

Plus de baisse après 90 vaches

Ce phénomène a ses limites. La baisse du coût de production du lait (rémunération du travail de l'exploitant compris) s'arrête entre 600 000 et 700 000 litres, un peu avant 100 vaches laitières. « Au delà de 100 vaches, les coûts alimentaires dérapent, explique Christophe Perrot. On sait qu'il y a beaucoup moins de pâturage. Et les charges de structure (bâtiments-équipements, mécanisation) semblent actuellement moins diluées. Le coût de production total repart à la hausse malgré la poursuite de la progression de la productivité du travail ». Autre explication avancée par l'économiste de l'Inra, Vincent Chatellier, les grandes exploitations ont des coûts de production supérieurs parce que leurs investissements sont récents et pas encore utilisés à plein. « Leur rentabilité pourrait donc évoluer à court terme », explique-t-il.