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En direct avec Pierre Sifflet (Cecab/d’Aucy), vice-président du groupe « légumes en conserve » de l’OEITFL Des effets négatifs surtout en France

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A l’occasion de la tenue de la 5 Conférence de l’Organisation Européenne des Industries transformatrices de fruits et légumes (OEITFL) le 20 avril à Diegem (Belgique), Agra alimentation a rencontré Pierre Sifflet, directeur général délégué de Cecab/d’Aucy et vice-président du groupe « légumes en conserve » de l’OEITFL. Extraits de l’entretien autour des thèmes de la réforme de l’OCM fruits et légumes et de l’approvisionnement en matières premières de l’industrie transformatrice.

Agra alimentation : Quel serait d’après vous l’impact principal des propositions de réforme de l’OCM Fruits & Légumes sur l’industrie de la transformation européenne en général et sur l’industrie française en particulier ?

Pierre Sifflet : Cet impact se situe à deux niveaux : externe et interne. Au niveau européen l’application d’une telle réforme va entraîner des distorsions de concurrence entre les Etats membres, des distorsions qui ne manqueront pas d’avoir des effets négatifs pour la France. A la différence de la France, certains pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Hongrie, la Pologne pratiquent la régionalisation qui prévoit une redistribution des aides quelle que soit la culture en cause. Les légumes de ces pays bénéficient donc, contrairement à ce qui se passe en France, d’un droit de paiement unique (DPU) ce qui permet aux opérateurs de renforcer leur compétitivité par rapport aux industriels français qui in fine se verraient contraints de délocaliser partiellement s’ils veulent rester présents sur le marché. Au niveau national, comme vous le savez, le secteur des légumes transformés ne fait pas partie des productions historiquement aidées car jusqu’à présent les producteurs de cultures Scop Scop : L'aide aux surfaces en céréales et oléo-protéagineux a été créée lors de la réforme de la PAC en 1992 pour compenser les baisses de prix décidées sur ces produits. Il s'agit d'une aide à l'ha dont le montant a été fixé en fonction des rendements de référence de chaque zone au moment de la réforme. bénéficiant de DPU ne pouvaient pas produire de fruits et légumes sur les surfaces déclarées en Scop sans voir leurs aides désactivées (article 51 du Règlement 1782/2003 sur les régimes de soutien direct dans le cadre de la PAC). Comme les propositions de réforme prévoient l’abrogation de cet article 51, les producteurs de cultures Scop pourront produire des fruits et légumes sur leurs terres déclarées en Scop tout en conservant leurs aides. D’où une distorsion de concurrence entre les nouveaux producteurs et les producteurs dits « historiques ». Un autre défi peut naître d’une incohérence entre les besoins objectifs en production Scop et en surfaces de légumes d’industrie. Cela est déjà perceptible en 2007 avec une réduction des surfaces disponibles pour les légumes destinés à l’industrie dans la mesure où les producteurs, craignant de perdre leur DPU, ont décidé de maintenir des surfaces Scop. Cette situation rend difficile et complexe l’approvisionnement des usines de transformation et les contrats avant campagne entre producteurs et transformateurs risquent d’être remis en cause.

En tant que professionnel de l’industrie de la transformation quelles conséquences majeures pourraient avoir sur votre secteur les projets « bioénergie » de l’Union européenne ?

Ici à l’OEITFL nous pensons qu’une telle proposition aura pour conséquence une pression accrue sur les terres agricoles que l’on pourrait, dans un premier temps, contrecarrer par une augmentation de la production sur les terres actuellement mises en jachère ou par une amélioration de la productivité dans les nouveaux Etats membres. Mais même dans le cas d’une augmentation de la productivité, on peut s’attendre à ce que l’UE devienne de plus en plus dépendante de l’importation de produits agricoles. La consommation de biocarburants conduira les Etats membres à importer davantage de produits agricoles et accentuera ainsi notre dépendance vis-à-vis de pays producteurs tels que ceux de l’Amérique latine. La grande question pour nous transformateurs est de savoir quels produits agricoles seront cultivés et éventuellement transformés localement et quels produits seront importés ? Comme les coûts de transport sont plus bas pour les céréales que pour les fruits et légumes, qu’ils soient frais ou transformés (conserves ou surgelés), il semble logique que ce soient les céréales ou le sucre qui seront importés. Par ailleurs comme la valeur des fruits et légumes est plus élevée que celle des céréales, il nous semble également logique de maintenir en Europe notre propre production de fruits et légumes qui nous assurent une plus grande valeur ajoutée. En résumé, pour l’OEITFL, le développement des biocarburants aura une influence sur nos marchés et nous pouvons nous attendre à d’importantes augmentations des prix de nos produits.

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Comment se porte actuellement l’approvisionnement de l’industrie de la conserve européenne ?

La tendance générale est une diminution de la production qui a été amplifiée sur 2006. La France, notamment, a connu une baisse significative sur les pois et haricots verts entre 2004 et 2006. La situation est relativement stable pour les autres Etats membres de l’UE. Les Pays-Bas ont connu en plus une baisse importante de leur production de champignons. Le Royaume-Uni également a subi des baisses de production en particulier de pois en 2006 par rapport à 2005. Si l’on considère la totalité de l’UE on peut dire que c’est essentiellement la production de pois qui a été la plus concernée par les effets d’un climat chaud qui a conduit à des baisses de production de 10 à 20% par rapport aux estimations initiales. Par ailleurs, même si elle a connu aussi des baisses de production de pois, l’Espagne a bénéficié d’une situation plus stable voire en légère croissance en 2006 par rapport à 2005 notamment en ce qui concerne la production d’artichauts.

Cette situation ne va-t-elle pas manquer d’avoir des conséquences sur l’année 2007 ?

Absolument, nous sommes dans la nécessité de reconstituer nos stocks et donc une augmentation prévisionnelle des volumes. Cela va sans aucun doute entraîner une pression pour trouver des surfaces de culture et cette difficulté à les rechercher est à associer en ce moment aux conséquences prévisibles de la réforme de l’OCM fruits et légumes et aux propositions en matière d’énergies alternatives. L’indexation mécanique et économique des prix de nos matières premières par rapport aux productions céréalières se traduira inévitablement par une hausse significative des prix des matières premières. Actuellement cette hausse s’ajoute pour notre activité à une augmentation des prix de l’énergie qui a un impact non négligeable sur nos coûts de stabilisation, de stérilisation et d’emballages.