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AIDE AU DÉVELOPPEMENT/UE Des eurodéputés dénoncent les carences de la « Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire »

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Censée contribuer à développer des partenariats public-privé en Afrique afin d'augmenter la production agricole, la « Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition » (NASAN), mise sur pied par le G8 (1) et en partie financée par l'UE, dessert les intérêts de l'agriculture familiale, ont averti les membres de la commission « Développement » du Parlement européen dans une résolution adoptée à une très large majorité.

Le 20 avril, la commission « Développement » du Parlement européen a adopté à une très large majorité une résolution appelant l'UE « à s'attaquer à toutes les faiblesses de la « Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition » (NASAN), afin d'assurer que ses actions sont compatibles avec les objectifs de la politique d'aide au développement de l'UE ». L'avertissement lancé par les eurodéputés vient concrétiser une longue liste de critiques envers la structure lancée en 2012 par les pays membres du G8 et financée en partie par l'UE. Son objectif était de développer des partenariats public-privé en Afrique afin d'augmenter la production agricole du continent. Une approche qui vise principalement à faire décoller les investissements privés trop peu présents dans différents pays comme le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire, ou l'Ethiopie.

ACCAPAREMENT DES TERRES

Les auteurs de la résolution constatent notamment que les stratégies d'investissement dans l'agriculture africaine « tendent à favoriser les acquisitions foncières à grande échelle et se concentrent sur une agriculture tournée vers l'exportation généralement sans lien avec l'économie locale ». Ils considèrent aussi que les financements apportés à la NASAN par les membres du G8 vont à l'encontre de l'objectif de soutien des entreprises locales, qui ne peuvent concurrencer des multinationales qui bénéficient déjà d'une position dominante et, souvent, de conditions commerciales, tarifaires et fiscales préférentielles. Ils se disent également préoccupés par le fait que la NASAN promeuve « une agriculture intensive qui recourt largement aux engrais chimiques et aux semences hybrides et qui a des conséquences pour les communautés locales comme l'érosion des sols, des risques écologiques et sanitaires ainsi que la perte de biodiversité ». Les signataires de la résolution parlementaire mettent en garde contre « une focalisation exclusive sur l'établissement de titres fonciers, qui est souvent synonyme d'insécurité pour les petits producteurs et les populations autochtones, notamment les femmes, dont les droits fonciers sont insuffisamment reconnus et qui sont à la merci de transactions foncières injustes, d'expropriations forcées ou de conditions d'indemnisation léonines ». Ils doutent, par conséquent, de la capacité des partenariats public-privé (PPP) de très grande envergure à contribuer à la sécurité alimentaire et à la réduction de la pauvreté en Afrique.

PAS DE SOUTIEN AUX OGM NI AU BREVETAGE DES SEMENCES EN AFRIQUE

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La résolution parlementaire sur la « Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition » exhorte la Commission européenne à tout mettre en œuvre pour que les engagements de l'UE au regard des droits des agriculteurs en vertu du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture soient pris en compte dans tous les dispositifs d'assistance technique et de soutien financier à l'appui de l'élaboration d'une politique en matière de semences. Elle demande à l'UE de soutenir « les régimes de droits de la propriété intellectuelle qui favorisent la production de variétés de semences adaptées à l'échelle locale et de semences paysannes ». Tout en rappelant qu'en Afrique, 90 % des moyens de subsistance des agri-culteurs reposent sur leur droit de produire, d'échanger et de vendre librement des semences, et que la diversité de celles-ci est vitale pour améliorer la résilience de l'agriculture au changement climatique, les eurodéputés constatent avec inquiétude que le brevetage de semences certifiées en Afrique accroît la dépendance des petits exploitants ainsi que le risque d'endettement, et diminue la diversité des semences ». Par ailleurs, ils insistent auprès des dirigeants du G8 « de ne pas soutenir les cultures d'OGM en Afrique ». Ils rappellent que la loi-modèle africaine sur la sécurité en biotechnologie établit un niveau de référence élevé en la matière et estiment « que toute assistance apportée par des bailleurs de fonds internationaux pour le développement de la sécurité en biotechnologie à l'échelon national et ré-gional devrait, en conséquence, s'inscrire dans ce cadre ». Aux yeux des eurodéputés, « l'aide au développement devrait servir l'objectif de réduction de la pauvreté et non les intérêts de la politique commerciale de l'Union ». Ils se disent convaincus que l'aide publique au développement devrait se concentrer sur l'aide directe à l'agriculture à petite échelle plutôt que sur la conclusion d'accords de co-investissements avec de grandes entreprises implantées dans les pays donateurs.

Promesse de mobiliser 8 Mrd de dollars d'investissements privés

La Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique (NASAN), mise sur pied en 2012 sous l'égide du G8, est un vaste partenariat public-privé (PPP) visant à mobiliser des investissements privés dans l'agriculture, en vue d'améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique subsaharienne. Elle englobe les membres du G8, l'Union africaine (UA), le nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et son programme détaillé de développement de l'agriculture africaine, les gouvernements du Burkina Faso, du Bénin, de Côte-d'Ivoire, d'Éthiopie, du Ghana, du Malawi, du Mozambique, du Nigeria, du Sénégal et de la Tanzanie, ainsi que des entreprises locales et internationales. Chacun des partenaires du G8 est chargé de coordonner la mise en œuvre du projet dans des pays africains spécifiques. L'UE est responsable de la coordination en Côte-d'Ivoire et au Malawi. Chaque pays africain participant a adopté un cadre de coopération qui établit les engagements de chacune des parties concernées. Ces engagements portent sur les réformes législatives dans les différents pays africains, les intentions des donateurs du G8 en matière de financement et les promesses des 180 entreprises participantes d'investir 8 milliards de dollars au total. Deux entreprises tiennent le haut du pavé au regard de leur part dans les investissements dans l'agriculture : le producteur de semences suisse Syngenta et le fabricant d'engrais norvégien Yara International...

(1) Membres du G8 : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis, Russie, Japon et Canada, qui est actuellement G7, depuis l'exclusion de La Russie en 2014.