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BISPHÉNOL A/RECHERCHE Des industriels préparent discrètement leur riposte biosourcée

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En marge des retournements juridiques sur l'autorisation d'utiliser le bisphénol A dans l'industrie alimentaire, des industriels sont sur le point de proposer sur le marché un substitut biosourcé, une nouvelle résine époxy à partir d'alcool vanillique issu de la vanilline.

Plusieurs industriels se sont engagés dans la substitution des produits à base de bisphénol A par des matières premières naturelles, dans différents domaines comme les revêtements intérieurs des canettes de soda ou de bière ainsi que de matériels de production et de stockage. Beaucoup avancent encore masqués car leur modèle économique repose encore aujourd'hui sur la fabrication de produits à base de bisphénol A.

PRÉ-PHASE INDUSTRIELLE

Tous se protègent de l'incertitude juridique sur le bisphénol A (voir Agra Alimentation du jeudi 21 janvier 2016), voire préparent leur réponse face à une nouvelle demande du consommateur.

Une solution a été élaborée dans le laboratoire de l'Institut Charles Gerhardt de Montpellier et produite à quelques centaines de grammes par la société Specific Polymers installée à Castries (34).

Aujourd'hui, la démarche passe en phase industrielle. Le chimiste PCAS va produire, dans le courant du semestre, les 200 premiers kilos qui seront diffusés auprès des neuf industriels rassemblés sur ce projet. « Une fois que nous aurons optimisé la formulation dans notre laboratoire, nous ferons une demande d'obtention d'homologation et des tests de toxicologie. Par la suite, nous pourrons réaliser des essais dans des cuves, assure Dominique Richard, un des co-gérants de Nouvelle Sogatra à Lézan (30) qui réalise 1,8 M€ de chiffre d'affaires. Une fois les validations techniques et juridiques obtenues, la production industrielle pourra commencer ».

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ChemSuD pilote l'opération. Ce fonds de dotation a été créé en 2006 en partenariat avec le CNRS et l'Ecole de Chimie de Montpellier avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon. ChemSuD est emmené par Bernard Boutevin, professeur émérite des universités qui s'investit dans « la substitution de molécules chimiques dangereuses par des synthons non toxiques issus de la biomasse ». Pour remplacer le bisphénol A, soupçonné d'être un perturbateur endocrinien, « nous travaillons sur des molécules biosourcées issues du bois, les tanins et la lignine de laquelle peut être extraite la vanilline, explique ce chercheur à la retraite. En attendant que la filière bois-chimie se mette en place, nous pourrons lancer les premières productions à partir de matières premières pétrosourcées ».

AVENIR COMMERCIAL

ChemSuD compte parmi ses treize fondateurs : Arkema, CIMV, Colas, Cop Chimie, Hutchinson, Maintenancever, Nouvelle Sogatra, Protéus, Résipoly, Specific Polymers, Spit… Les perspectives commerciales s'annoncent prometteuses car le bisphénol A voit un quart de ses débouchés dans l'agroalimentaire. « Le produit de substitution à partir de vanilline devrait coûter aux industriels de l'agroalimentaire environ 50 % plus cher que la solution chimique », précise Bernard Boutevin.

À l'heure actuelle, 85 % de la vanilline sont obtenus à partir du pétrole et vendus au prix de 10€ le kg environ, tandis que 15 % sont issus de la biomasse et vendus aux alentours de 20 € le kg.

Rappelons qu'en France depuis juin 2010, le bisphénol A est interdit dans la composition des biberons en plastique (polycarbonate). L'avenir du bisphénol A se joue autant dans les prétoires que dans les éprouvettes.