Commencées plusieurs jours auparavant, les manifestations laitières se sont déroulées dans toute la France le 19 mai. Dépôt de caddies en préfecture, blocages des routes, déversement de lisier, traite de vache devant le public… toutes les formes de manifestation ont été utilisées.
Sous un ciel de France enfin ensoleillé, les producteurs de lait se sont adressés, mardi 19 mai, à l’opinion publique du pays. Depuis les dépôts de caddies dans les préfectures jusqu’aux opérations de traites des vaches en public, en passant par les blocages de routes ou déversement de lisiers, ils ont fait entendre leur refus d’une baisse drastique des prix du lait, au moins 30%, qui leur sont payés par les transformateurs. Tour d’horizon de la France laitière en colère…
Les préfectures visitées
Dans le Nord/Pas-de-Calais, des producteurs ont trait, tôt dans la matinée, deux vaches devant la préfecture à Lille après avoir « réveillé » le préfet avec avertisseurs et pétards. A Boulogne-sur-Mer, les agriculteurs ont sillonné la ville toute la matinée, avec des remorques chargées de lisier, alors qu’à Douai, une cinquantaine d’agriculteurs ont également « réveillé » puis rencontré le sous-préfet avant de manifester devant une grande laiterie. Des manifestations ont également eu lieu à Cambrai et Valenciennes (Nord). Près de Maubeuge, le directeur de l’hypermarché Carrefour de Fourmies a été poussé à traire une vache par des agriculteurs qui avaient envahi son magasin pour protester contre la baisse du prix du lait.
Dans l’Ain, des agriculteurs ont déposé dès la nuit de lundi à mardi quelque 3 000 chariots de grandes surfaces devant la préfecture de l’Ain, à Bourg-en-Bresse. Des représentants des grandes surfaces ont dû se déplacer devant la préfecture pour les récupérer. Selon les Jeunes agriculteurs, quelque 400 agriculteurs ont participé à cette opération.
A Saint-Lô (Manche), près de 600 producteurs, selon la police, 1 500 à 2 000, selon les syndicats, se sont rendus peu avant 6 h 30 à la préfecture au son des tirs utilisés pour effrayer les étourneaux. Le cortège comprenait environ 80 tracteurs et tonnes à lisier. Après avoir quitté le centre-ville, les manifestants ont dressé des barrages sur la N174, bloquant la circulation. A Rouen, près de 500 éleveurs ont manifesté.
A Vire (Calvados), une centaine de producteurs, accompagnés d’une quarantaine de tracteurs, ont bloqué temporairement les alentours de la préfecture. A Nantes, 300 producteurs se sont réunis dans la ville avec des camions de collecte de lait.
Plates-formes de distribution bloquées
A Rennes (Ille-et-Vilaine), entre 300 et 400 producteurs, se sont rassemblés vers 5 h 00 devant la préfecture où une délégation a été reçue. Dans le département, plusieurs plates-formes de distribution des grandes surfaces ont été bloquées. A Alençon, environ 300 agriculteurs se sont retrouvés devant la préfecture qui a notamment fait l’objet de jets de farine et d’œufs. A Angers, ils étaient environ 600 éleveurs à manifester.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Sur la Roche-sur-Yon, 300 manifestants se sont rassemblés avec des tracteurs. Ils ont brûlé des pneus et organisé sur place un petit déjeuner.
A Quimper, dans la nuit de lundi à mardi, 350 agriculteurs, selon la police, ont déversé le contenu de cinq remorques de tracteur de détritus devant l’entrée de la préfecture et ont mis le feu à un round baller de paille. Un groupe de 80 personnes, dont certaines cagoulées ou avec une capuche, ont dévasté l’entrée du centre Leclerc de Gourvilly à l’entrée de la ville.
A Vannes, où 350 à 400 éleveurs étaient réunis lundi soir, du lisier et du lait ont été déversés devant la préfecture et un feu de palettes allumé. Des chariots ont également été incendiés dans des grandes surfaces du secteur.
Poursuite du mouvement
Le lendemain, 20 mai, les manifestations se sont poursuivies. Une centaine de producteurs de lait réunis à l’appel des Jeunes agriculteurs (JA) ont manifesté devant le siège du groupe agroalimentaire Danone à Paris. Les membres des JA, qui ont scandé à plusieurs reprises le slogan « voleurs, voleurs » et étaient venus avec un cercueil blanc sur lequel figurait la phrase « Mort des producteurs laitiers », ont réclamé un tarif de 305 euros pour 1 000 litres de lait, alors qu’il tourne actuellement autour de 210 euros.
Dans le Bas-Rhin, des producteurs ont investi quatre supermarchés. A Geispolsheim, près de Strasbourg, une vingtaine de producteurs sont entrés en début d’après-midi dans un Leclerc où ils ont rempli des chariots de produits laitiers et de fruits et légumes produits hors d’Alsace, qu’ils ont finalement laissé aux abords des caisses avant de quitter les lieux. En Maine-et-Loire, les producteurs de lait continuaient de bloquer la laiterie Tessier (groupe Bongrain) à Cornillé-les-Caves, à l’est d’Angers. En Mayenne, le blocage de camions qui collectent le lait dans les fermes devait se poursuivre pendant le week-end suivant et deux laiteries étaient bloquées à Cran et Pontmain, de même que celle du Lude (Sarthe) et de Lactalis à Pontivy (Morbihan). De fait, les éleveurs, dans bon nombre d’endroits, n’entendaient pas lever la pression sur les industriels, grandes surfaces et pouvoirs publics.