Avec de nombreuses incertitudes climatiques (El Niño notamment) et les tensions politiques en Ukraine, les marchés agricoles durant la campagne 2014/2015 seront très instables, prévoit la FAO. La récolte devrait néanmoins être stable par rapport à l'année passée, malgré une forte baisse de la production de blé aux Etats-Unis.
LA FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) prévoit des marchés agricoles instables pour 2014, selon ses premières estimations des marchés alimentaires mondiaux, publiées le 8 mai. Les conditions météorologiques dans divers pays – auxquelles s'ajoute la perspective de plus en plus probable de voir émerger un épisode climatique El Niño – et les tensions politiques dans la région de la mer Noire rendent les marchés alimentaires plus volatils, constate la FAO. L'offre devrait rester à peu près stable en 2014/2015 avec une production céréalière mondiale qui s'établirait à 2 458 millions de tonnes, en recul d'environ 2,4% par rapport au record de 2013. Mais la demande devrait progresser : le commerce international pourrait atteindre des niveaux records en 2014, sous l'effet d'une offre abondante des pays exportateurs et de besoins accrus des importateurs traditionnels comme le Bangladesh, l'Indonésie et les Philippines. Dans l'ensemble, les stocks céréaliers mondiaux devraient rester à des niveaux relativement confortables, estime cependant le rapport.
Forte baisse de la récolte américaine de bléLe département américain à l'agriculture (USDA) s'attend, dans ses premières estimations de l'année, à une baisse de 8% de la récolte américaine de blé (à 53,4 millions de tonnes) en 2014/2015 par rapport à l'année dernière, ce qui laisserait les stocks américains à leur plus bas niveau depuis sept ans, en raison de la sécheresse et du gel qui ont affecté les cultures. Dans son rapport sur l'offre et la demande agricoles mondiales publié le 9 mai, l'USDA estime que le stock mondial de blé ne devrait néanmoins pas être affecté par cette baisse, car d'autres pays verront leur récolte légèrement augmenter : l'Argentine (12,5 Mt), l'Union européenne (144,88 Mt) et la Chine (123 Mt) notamment. Les productions de l'Ukraine (20 Mt) ou du Canada (28,5 Mt) devraient être en recul.
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Pour le maïs, le gouvernement américain s'attend en revanche à une forte production, avec près de 354 Mt pour la récolte 2014/2015. Au niveau mondial, la production resterait quasiment stable après le record de l'an passé, à environ 979 Mt. L'USDA anticipe des baisses de production pour l'Ukraine, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud, tandis que la Chine, l'Argentine, la Russie et le Mexique devraient voir leurs récoltes augmenter. En soja, le rapport prévoit une hausse de près de 6% de la production mondiale pour 2014/2015 à près de 300 Mt, grâce à une hausse des récoltes américaine et brésilienne. En revanche, le reste des oléagineux verrait sa production baisser de 4% à cause de moindres récoltes de colza et de tournesol au Canada, en Ukraine, en Russie et dans l'Union européenne.
«L'AMÉRIQUE latine est devenue le grenier du monde », l'impact du changement climatique dans cette région va donc affecter « la sécurité alimentaire de toute la planète », a alerté José Graziano Da Silva, directeur général de la FAO, le 7 mai à Santiago du Chili lors de la 33e réunion régionale de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. « On avait l'idée que le monde était devenu un grand supermarché, que chacun pouvait acheter ce qu'il voulait (...) Nous avions atteint une situation d'approvisionnement complet. Désormais, le changement climatique implique que nous ne savons pas ce qu'il va se passer », a-t-il souligné. Seule certitude : la volatilité des marchés et des prix va augmenter et contraindre les pays à garantir leur approvisionnement domestique en réintroduisant des politiques comme la constitution de stocks d'urgence. Concernant les OGM, « il ne faut écarter aucune arme pour lutter contre la faim », estime José Graziano Da Silva mais il faut un système de protection et que les produits soient clairement étiquetés pour donner au consommateur le droit de choisir.