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Coopérative Des négociations commerciales toujours extrêmement difficiles

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A 48 heures de la fin des négociations commerciales, les dirigeants de Coop de France sont revenus lors d'un point presse au Salon de l'agriculture sur les pratiques de certains distributeurs dans les box et sur les risques de casse économique et sociale que cela entraîne dans certaines filières. Conscients qu'un énième changement de la loi LME ne réglera pas tout, ils recommandent aux producteurs de prendre leur destin en main.   

Lors d'un point presse lors du Salon de l'agriculture à la veille de la clôture des négociations commerciales entre fournisseurs et grande distribution, Dominique Chargé, président de Coop de France Agroalimentaire a regretté qu'elles aient encore été "extrêmement difficiles" et "uniquement focalisées sur le prix et pas sur le produit". Evoquant "une ambiance et des comportements qui n'ont absolument pas changé" par rapport à l'année précédente malgré les engagements pris par les distributeurs, ce dernier a confirmé une accroissement "des demandes de baisse de prix et des contraintes logistiques", comme cela avait déjà été dénoncé les semaines passées par l'Ania et le groupe Avril, notamment. Prenant l'exemple de la pisciculture fortement touchée par la hausse de 50 % du prix du saumon sur un an, Dominique Chargé a évoqué "des menaces de déréférencement" de la part de certains distributeurs qui ne veulent pas prendre en compte dans les négociations la hausse de la matière première. De quoi craindre pour "cette filière qui vend à perte depuis un an, une casse économique et sociale", s'est exclamé le responsable. Et le constat est le même pour de nombreuses filières quand on sait que "80 % des fournisseurs sont concernés par la hausse des matières premières et que seulement 10 % d'entre eux obtiennent une vraie prise en compte des distributeurs", a souligné Rachel Blumel, directrice de Coop de France Agroalimentaire. Des chiffres qui émanent d'une enquête menée depuis deux ans auprès des adhérents. Au final, "pour 10 % des répondants, l'intérêt des coopératives a été pris en compte lors des négociations", indique cette dernière. La déception est d'autant plus forte que Coop de France a signé des accords avec la FCD en 2015. Or, il apparaît que "les bonnes pratiques diffusées à notre réseau ne sont pas connues des acheteurs" a ainsi déploré Pascal Viné, délégué général, qui constate "un désintérêt marqué vis-à-vis de nos coopératives" et admet arriver à "un bilan peu mitigé sur les résultats des actions que nous menons".

La loi ne réglera pas tout

Tous trois ont insisté sur la nécessité de revoir la loi LME, mais veulent éviter un nouvel empilement de texte. Selon eux, la loi Sapin 2,"un troisième texte en trois ans", censé corriger certains effets de la loi LME n'a pas apporté les réponses souhaitées, dans un contexte de guerre des prix entre distributeurs qui perdure et sachant que le retour vers le consommateur est faible, autour de 3 euros par mois. "Nous croyons à une approche par la création de valeur. Il est important de produire pour un marché", a répété Dominique Chargé qui a d’ores et déjà prévenu que "globalement les résultats économiques de nos coopératives seront extrêmement difficiles sur 2016". De son côté, Pascal Viné a prévenu que la loi ne réglerait pas tout. "Il ne faut pas laisser croire aux agriculteurs que la loi résoudra le problème. Les producteurs doivent se prendre en main", a poursuivi ce dernier, citant notamment pour exemple les avantages que tiraient les agriculteurs organisés pour vendre leur production en circuit cours. Selon lui, c'est d'abord "au gouvernement de créer les conditions favorables, avec moins de charges, des aides à l'investissement mais aussi la défense au niveau européen des enjeux de l'agriculture et ensuite, collectivement, nous créeront les conditions de notre réussite".  

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Casino assigné pour pratiques commerciales illicites 

Lors de la publication le 23 février du bilan 2016 de la DGCCRF, Nathalie Homobono, sa directrice, avait annoncé l'imminence d'une nouvelle assignation parmi les distributeurs. Voilà qui est chose faite. Après Carrefour en novembre dernier, c'est au tour de Casino de se faire épingler. Le 28 février, Michel Sapin, ministre de l’Economie et des Finances, Martine Pinville, secrétaire d’Etat au Commerce et Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie ont conjointement annoncé avoir assigné le distributeur devant le tribunal de commerce de Paris « pour des pratiques commerciales contraires aux dispositions du code de commerce ». Cette assignation fait suite à une enquête de la DGCCRF. Il est notamment reproché au distributeur « d’avoir exigé de ses fournisseurs l’émission d’avoirs hors contrats annuels, conditionnant la poursuite de la relation d’affaires, sans engagement équilibré de la part de Casino », indique le communiqué. De son côté, le distributeur a au contraire défendu dans un communiqué le "caractère licite de ces avoirs" et indiqué son intention de "contester les motifs" de l'assignation, qui vise sa centrale d'achats EMCD.

Les ministres qui rappellent que ces pratiques « sont contraires à la loi », demandent pour leur part au tribunal de commerce de prononcer "une amende civile et d’enjoindre les sociétés du groupe Casino à mettre fin à leurs pratiques illicites et à restituer les sommes indûment perçues". Selon Casino, les faits incriminés concernent "une série d'avoirs émis en 2013 et 2014 par 41 fournisseurs" de la région Centre et "portant sur un montant global de 20,7 millions d'euros". Outre le remboursement de cette somme, le montant de l'amende demandé par Bercy s'élève à 2 millions d'euros, précise encore le groupe.