Lors du comité de suivi des négociations commerciales, les ministres de l’Agriculture et de l’Alimentation et de l’Industrie ont constaté plusieurs points inquiétants dans les relations entre fournisseurs et distributeurs, même si la situation est différente entre les différentes enseignes. Les contrôles de la DGCCRF vont être renforcés pour vérifier la conformité avec la loi.
À l’issue du comité de suivi des relations commerciales réunissant les représentants des producteurs, des transformateurs et des distributeurs, les ministres de l’Agriculture et de l’Alimentation et de l’Industrie ont indiqué dans leur communiqué du 29 janvier que « plusieurs points sont inquiétants ». Cette réunion a permis de révéler l’existence « d’importantes divergences entre l’analyse de la situation par les transformateurs d’une part et les distributeurs d’autre part ». Alors que les négociations commerciales doivent être conclues d’ici au 1er mars, peu d’accords ont encore été signés. « Les retours de terrain montrent que les difficultés persistent, de façon hétérogène selon les enseignes, les entreprises et les filières. En particulier, la prise en compte des hausses de coûts de production, pourtant constatées dans bon nombre de filières agricoles cette année, cristallise les tensions », est-il encore précisé.
Toujours des pressions sur les prix
En effet, bon nombre d’industriels confrontés à une forte hausse du prix des matières premières sont pris en étau face aux demandes de baisses de prix de certains distributeurs, aux comportements disparates. « Ce qui est véritablement inquiétant, c’est que les demandes qu’on a de la part de la grande distribution demeurent extrêmement négatives et ne bougent pas », s’alarme auprès de l’AFP, un industriel de l’agroalimentaire qui a requis l’anonymat. « On est dans des demandes qui sont entre -4 et -2,5 % », rapporte-t-il, alors que l’inflation des prix agricoles est très forte. « Sur le blé, c’est +20 %, sur l’huile c’est +27 %, c’est entre 10 et 20 % sur les fruits et donc les industriels ont impérativement besoin de passer des hausses de tarifs et aujourd’hui, malheureusement c’est encore des pressions, des menaces de déréférencement », rapporte de son côté Catherine Chapalain, directrice générale de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Et celle-ci de déplorer que la solidarité observée entre tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire au début de la crise sanitaire, « malheureusement, ne se traduit pas dans les négociations 2021 », marquées par des « demandes de prix indécentes », malgré la loi Alimentation censée encadrer tout cela. Richard Giradot, président de l’Ania, a d’ailleurs appelé à « travailler ensemble avec loyauté et respect » à l’occasion de ses vœux le 27 janvier. Après une année 2020 « très compliquée", « il y aura encore des larmes cette année dans un contexte de nervosité ambiant, a-t-il déclaré. Le mot-clé est la solidarité à tous les niveaux de la chaîne, de l’amont aux consommateurs, en passant par tous les acteurs ». Très remontée également, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, ne mâchait pas ses mots. « Ce n’est pas aux agriculteurs de raboter leurs salaires pour soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs », affirmait-elle à la veille du comité de suivi. À la sortie d’un comité de suivi des négociations commerciales vendredi, le syndicat agricole FNSEA a dénoncé des "demandes de baisses de tarifs inacceptables" et "l’attitude irresponsable de la grande distribution".
La distribution reconnaît des problèmes
Les distributeurs ont quant à eux un son de cloche assez différent. Avec des demandes de hausse de prix « de l’ordre de 3 à 4 % en moyenne », « on observe des demandes totalement injustifiées et déraisonnables de la part de certaines grandes entreprises, notamment celles qui utilisent très peu de matières premières agricoles », a affirmé auprès de l’AFP Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Et s’il estime à l’inverse que « les demandes du côté des PME étaient plutôt raisonnables », il reconnaît la problématique posée par la hausse des matières premières dans « un certain nombre de dossiers qui restent complexes ».
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Les contrôles de la DGCCRF amplifiés
Autant dire que comme tous les ans, crise ou pas, chacun campe sur ses positions et rien n’avance. Les ministres ont donc décidé d’intensifier les contrôles de la DGCCRF dans le cadre de la loi Egalim. Agnès Pannier-Runacher a d’ores et déjà annoncé « le lancement prochain d’une procédure visant à sanctionner une centrale internationale à la suite d’enquêtes de la DGCCRF ». Par ailleurs, une adresse ([email protected]) va également permettre d’alerter quand certains prix constatés en magasin « paraissent trop bas par rapport aux coûts de production ainsi que des problèmes d’étiquetage » afin de vérifier la conformité avec la loi. Enfin, la médiation sera renforcée. Le recours évoqué au ministère de l’Agriculture à la veille du comité de suivi, au "name and shame" (pointer du doigt publiquement) pour les mauvais élèves, dans des négociations "très hétérogènes" si les choses ne s’améliorent pas d’ici la mi-février n’a pas été confirmé.