Santé Publique France a publié le 16 décembre les résultats de l’étude Esteban. Les données montrent une baisse de l’exposition aux pesticides en dix ans, mais elles permettent surtout d’établir des seuils d’exposition de référence pour quelques-uns des pesticides les plus décriés.
Avec les cinq rapports publiés le 16 décembre, Santé Publique France pourrait bouleverser la discussion nationale sur les pesticides. L’agence apporte les chiffres qui manquaient à de nombreuses études scientifiques ou citoyennes : des valeurs de référence d’expositions chez l’adulte et les enfants pour les pesticides les plus préoccupants. Des résultats obtenus grâce aux prélèvements d’échantillons sanguins et d’urine effectués dans le cadre de l’enquête Esteban auprès de plusieurs centaines d’adultes et d’enfants en France entre 2014 et 2016.
Glyphosate, organochlorés, organophosphorés, pyréthrinoïdes, PCB, dioxines, furanes : les niveaux sont définis comme les concentrations identifiant les 5 % de la population les plus exposées. Les « pisseurs de glyphosate » pourront ainsi désormais se référer au seuil de 0,4 microgramme par litre, obtenu par des analyses sur chromatographie. Et les riverains ou professionnels inquiets de la rémanence du lindane pourront comparer leurs analyses d’urine et de sang aux 17 microgrammes/L fixés par l’agence.
Une diminution des expositions
L’enquête Esteban offre aussi des enseignements en matière d’évolution des expositions. Les données invitent plutôt à l’optimisme, avec « une baisse des niveaux d’imprégnations aux pesticides » par rapport à l’étude ENSS de 2006-2007. Seule exception : la deltaméthrine (insecticide). Par ailleurs, « les niveaux mesurés en France sont similaires à ceux retrouvés dans la plupart des pays étrangers », sauf pour le β-HCH, le métabolite des organochlorés, et le Bromure de calcium. Parmi les mauvaises surprises, en revanche, le lindane, insecticide pourtant interdit depuis 1998 en France, est quantifié chez près de 50 % de la population.
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Santé Publique France s’est également attachée à définir des profils d’exposition. Les adultes seraient particulièrement exposés aux organophosphorés, PCB et dioxines, alors que les enfants montreraient plutôt des expositions élevées de DMTP et pyréthrinoïdes. L’imprégnation de ces molécules, note au passage l’agence, augmenterait d’ailleurs non seulement avec la consommation de tabac, mais également avec l’utilisation d’insecticides domestiques.
Du côté des recommandations, les experts notent que la consommation de produits issus de l’agriculture biologique diminue l’exposition à plusieurs classes de molécules, dont les organochlorés, le DMTP, et les pyréthrinoïdes. « Afin de diminuer certaines concentrations, nos résultats suggèrent d’adopter une consommation alimentaire variée intégrant des produits de l’agriculture biologique », appuie Clémence Fillol, responsable de l’unité surveillance des expositions à Santé publique France.