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Céréales et oléagineux Des opérateurs de marché aux prises avec des incertitudes croissantes

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Si la crise alimentaire de 2007/2008 semble appartenir au passé, elle a laissé des traces. Venus pour partie avec elle, les spéculateurs financiers sont restés sur les marchés des commodités agricoles. Et la sécurité alimentaire est redevenue un enjeu de premier plan pour un certain nombre de pays. Au final, spéculation, décisions politiques et incertitudes climatiques contribuent à augmenter les incertitudes sur les marchés, comme l’a montré le séminaire organisé le 31 mars par InVivo.

De plus en plus d’incertitudes : voilà ce à quoi sont confrontés les opérateurs qui travaillent sur les marchés des commodités agricoles. Elles sont de plusieurs types. Climatiques, d’abord. « Les prévisions saisonnières à deux ou trois mois sont une science encore en construction, à laquelle on s’intéresse depuis l’apparition d’El Nino, a observé Tristan d’Orgeval, de Metnext, le 31 mars, lors d’un séminaire sur les marchés organisé par InVivo à Paris. Nous nous attendons à ce que ces prévisions soient meilleures dans les zones tropicales car elles dépendent des températures de l’Océan ». Pour le printemps européen 2010, le spécialiste préfère ne pas trop s’engager : « Le risque majeur ne sera pas un risque de sécheresse », a-t-il seulement signalé. Du coup, pas facile de prévoir les récoltes. L’USDA (département américain de l’Agriculture) réalise par exemple très régulièrement des ajustements importants de ses estimations, d’autant plus que l’organisme doit spéculer sur les choix d’assolement des producteurs. « Les stocks de maïs américain à l’automne 2010 devraient se révéler assez stables en pourcentage de la consommation, a indiqué Andrée Defois, présidente de Tallage — Stratégie grains. Cela a beaucoup changé par rapport à l’opinion qui se dégageait en octobre ou en novembre ».

L’Inde exportatrice nette de blé si le gouvernement est d’accord
Seconde source d’incertitude : les décisions politiques. Depuis la crise alimentaire de 2007/2008, la sécurité alimentaire et la nécessité de faire des réserves sont redevenues des enjeux cruciaux pour bon nombre d’Etats peu sûrs de leur production. « Si les décisions politiques le permettent, l’Inde a de quoi largement redevenir exportatrice nette de blé sur 2010/2011 », a ainsi souligné Andrée Defois. Mais pour ce faire, le gouvernement devra accorder des subventions aux exportateurs puisque les prix du marché intérieur sont supérieurs à ceux du marché mondial afin de préserver les disponibilités. Aux Etats-Unis, c’est la politique énergétique qui pose question. « L’exemption partielle de taxe sur les biocarburants n’a pas été renouvelée sur le biodiesel », a fait remarquer la spécialiste. L’éthanol bénéficie d’un délai de grâce jusqu’au début de l’an prochain. Mais si l’exemption était supprimée, cela entraînerait une baisse des besoins américains de 10 Mt. « C’est peu de chose au regard de la consommation globale de maïs, mais c’est un swing factor », a remarqué Andrée Defois. Troisième important facteur d’incertitudes : la spéculation financière sur les marchés à terme. « Les gestionnaires indiciels, qui introduisent un biais haussier permanent, sont toujours extrêmement présents depuis 2008 », a souligné Jean-Loïc Bégué-Turon, chez InVivo.

Déphasage possible entre les marchés à terme et physique
Parce que les matières premières agricoles sont devenues une classe d’actif à part entière, et parce que la stratégie de ces opérateurs s’envisage à long terme, il s’agit pour eux d’équilibrer des paniers de valeurs. En tout cas, sur le marché du blé à Chicago, les contrats détenus par ces fonds représentent 160 % de ceux aux mains des opérateurs venus sur le marché pour se couvrir. De fait, ils influencent le marché en dehors des fondamentaux. « Le biais haussier qu’ils introduisent et la volatilité peuvent se matérialiser par un déphasage du marché à terme et du physique », a observé Jean-Loïc Bégué-Turon. Pas évident de s’y retrouver. Pour Jean Cordier, professeur à Agrocampus Ouest, rien ne vaut une gestion de la campagne par prix moyen, au moins à l’échelon de l’agriculteur. « C’est un bon référentiel de stratégie commerciale », a-t-il expliqué. Et cela, même pour les grands spécialistes. L’Université de l’Illinois s’est ainsi amusée à évaluer les conseils fournis sur dix ans par les économistes « gourous » qui conseillent les farmers américains. Bilan : « La moyenne de tous les conseils revient à une stratégie commerciale moyenne où l’on vend un peu tout le temps », a rapporté Jean Cordier.

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