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Libre-échange UE/États-Unis Des opportunités mais surtout des risques pour l'agroalimentaire européen

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Présentée au Parlement européen, une étude confirme qu'un accord de libre-échange avec les États-Unis apporterait quelques opportunités au secteur agroalimentaire de l'UE, mais que les risques seraient sans doute plus importants. Et, si cette libéralisation du commerce bilatéral ne s'accompagne pas d'une convergence réglementaire – avec le risque de nivellement par le bas, d'ailleurs – les producteurs européens pourraient être désavantagés par rapport à leurs concurrents américains.

D ANS le cadre d'un éventuel accord bilatéral de libre-échange, une réduction de l'ordre de 25 % des mesures non tarifaires aux frontières (moyennant des exceptions) et le démantèlement progressif et total des droits de douane se traduiraient d'ici 2025 pour l'UE, dans le secteur agroalimentaire, par une hausse de quelque 60 % de ses exportations vers les États-Unis et d'environ 120 % de ses importations en provenance de ce pays, selon une étude présentée le 3 septembre à la commission de l'agriculture du Parlement européen.

En théorie, pour l'UE, les gains potentiels à l'exportation les plus importants seraient enregistrés, dans ce scénario, pour les viandes rouges (+404 %), le sucre (+297 %), les viandes blanches (+289 %) et les produits laitiers (+240 %). Les importations européennes de produits américains seraient en augmentation sensible dans les mêmes secteurs, « mais les effets seraient encore plus nets », précise cette analyse présentée à la commission parlementaire par Gabriel Felbermayr, de l'Institut IFO-Leibniz de recherches économiques à l'Université de Munich.

Une « concurrence marquée »

Les auteurs (français et allemands) soulignent toutefois que « la valeur ajoutée agricole est très peu influencée » par de tels accroissements des échanges bilatéraux : elle devrait « chuter de 0,5 % dans l'UE et progresser de 0,4 % aux États-Unis », les plus grands États membres de l'Union connaissant des baisses proches de la moyenne communautaire et les pays baltes des pertes plus marquées. L'étude, intitulée Risques et opportunités pour le secteur alimentaire européen liés à un possible accord entre l'UE et les États-Unis, insiste sur le fait que le secteur agricole de l'UE ne peut attendre que « des gains très limités des réductions tarifaires, à moins de supprimer également les obstacles réglementaires et administratifs ».

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Selon l'élude, « un secteur dans lequel l'Union pourrait espérer une hausse de ses exportations est celui des produits laitiers. Elle pourrait également tirer des bénéfices dans les domaines des produits transformés, y compris le vin et les spiritueux, ainsi que, dans certaines conditions du marché, du sucre et du biodiesel ». Parallèlement, certaines productions européennes devraient faire face à une « concurrence marquée » en cas de libéralisation des échanges bilatéraux avec les États-Unis. C'est particulièrement le cas de la viande bovine. Un accord bilatéral « pourrait avoir des conséquences néfastes pour le secteur des vaches allaitantes. L'éthanol, la volaille et les céréales (maïs, et blé de deuxième qualité) pourraient également être pénalisés par les importations ».

« Nivellement par le bas »

Si cette libéralisation n'est pas accompagnée d'une convergence réglementaire entre les deux parties, les producteurs de l'UE risquent d'être désavantagés par rapport à leurs concurrents américains à cause des coûts liés au respect des règles européennes, ajoutent les auteurs. « Cela vaut surtout pour les contraintes relatives à l'utilisation des OGM, des pesticides, et aux mesures de sécurité sanitaire dans le secteur de la viande. ». Mais, si cette convergence « devait harmoniser les conditions de la concurrence, il y aurait un risque de nivellement par le bas », avertit l'étude. « Même s'il ne faut pas en surestimer les conséquences en termes de sécurité alimentaire et de protection des consommateurs, cette situation pourrait entraîner des changements majeurs au niveau de la législation de l'UE, qui pourraient saper la politique européenne traditionnelle de précaution et de gestion des risques, sur laquelle repose le cadre réglementaire actuel ».