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CIC Des pays importateurs en quête de clés pour stabiliser leur approvisionnement

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Si officiellement la crise économique était à l’ordre du jour de la conférence internationale du CIC (Conseil international des céréales) le 9 juin, c’est en réalité la crise alimentaire de 2008 qui a occupé les débats. Certes, la bonne récolte mondiale de céréales de l’an passé a fait fondre les prix et augmenter les disponibilités. Mais qu’ils soient importateurs ou exportateurs, les acteurs du marché mondial savent que rien n’est résolu à long terme. Les premiers examinent donc les stratégies qui s’offrent à eux pour sécuriser leurs approvisionnements. Pas de recette unique. Si l’Indonésie est prête à mettre en place un système de régulation à l’image de l’ancien dispositif d’intervention européen, l’Egypte cherche avant tout à attirer des capitaux pour développer sa production. Quant aux pays exportateurs, ils affûtent leurs arguments pour pouvoir continuer à produire comme ils l’entendent.

«Les fondamentaux du marché des céréales demeurent fermes, même après la crise économique », a expliqué Etsuo Kitahara, directeur du CIC (Conseil international des céréales), le 9 juin. Il s’exprimait à Londres, à l’occasion de la conférence annuelle de son organisme. Thème de réflexion choisi cette année : l’impact de la crise sur les céréales et les oléagineux. Mais comme l’a résumé Brian Harding, directeur de l’agroalimentaire et des cultures au Defra (département britannique de l’environnement et des affaires rurales), « l’agriculture a montré sa force et sa capacité de résilience ». Ce qui inquiète les pays producteurs et importateurs, ce sont en fait les conséquences de la crise alimentaire mondiale qui a fragilisé en 2008 les échanges mondiaux de céréales.

Sérieuses turbulences en cas de chute de production

« Alors que les réserves sont serrées, particulièrement en maïs ou en soja, marchés où il n’y a que trois principaux exportateurs mondiaux, une chute de la production pourrait causer de sérieuses turbulences sur les marchés », a souligné Etsuo Kitahara. Résultat : les pays importateurs, riches ou pauvres, cherchent à sécuriser leur approvisionnement. Si Brian Harding estime le Royaume-Uni « chanceux », car il bénéficie d’un haut niveau de sécurité alimentaire lié à la stabilité de son économie, « nous sommes très conscients que nous ne pouvons pas considérer ça comme un acquis », a-t-il précisé. Une bonne partie de cette sécurité alimentaire repose sur un accès sans restriction à la production mondiale. « Nous avons besoin de nous assurer que les marchés mondiaux restent ouverts et que nous travaillons ensemble à lutter contre le protectionnisme », a insisté le responsable.

Des stocks publics de riz en Indonésie

Pour les pays moins riches, la solution semble être ailleurs. L’Indonésie se félicite par exemple d’avoir créé en 1967 Bulog, son agence de marketing alimentaire parapublique chargée de stabiliser les prix du riz. « Bulog est en quelque sorte un acheteur ou un vendeur de dernier ressort », a expliqué Mohammad Ismet, le directeur du développement. L’agence absorbe les excédents du marché pendant la période de récolte en achetant aux producteurs à un prix garanti. Elle stocke le riz dans ses 1 575 installations réparties dans l’ensemble du pays et représentant une capacité totale de 3,9 Mt. Et elle se charge de la redistribution. L’objectif est double : pouvoir remettre en marché du riz afin de stabiliser les prix du marché intérieur en cas de choc externe, et alimenter tous les mois les familles pauvres bénéficiaires du programme Raskin démarré en 1998. En 2008, l’agence a acheté 3,2 Mt de riz, soit environ 8,4 % de la production nationale pour environ 1,4 milliard de dollars.

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Vers des instruments de gestion de marché ?

« Sur le marché national, le prix du riz est beaucoup plus constant que celui de l’huile de cuisine, du soja ou de la farine de blé,a commenté Mohammad Ismet. Et ces deux dernières années, nous avons connu des prix très stables par rapport aux fluctuations mondiales ». Le pays s’enorgueillit d’avoir réussi à augmenter sa production à 38 Mt en 2008 contre 32 Mt en 1999. Et l’an passé, l’Indonésie n’a pas eu à importer, ce qui lui a permis d’économiser des devises. Bémol, cependant : « Stocker coûte cher », a rappelé Mohammad Ismet. Pour le responsable, les stocks devraient être intégrés dans une politique de sécurité alimentaire plus globale, utilisant des mécanismes de gestion du marché… Un système qui rappelle le dispositif d’intervention que l’Union européenne est en train d’abandonner.

L’Egypte veut favoriser l’investissement dans la production

Encore faut-il être en mesure de produire. Ce qui n’est par exemple pas le cas de l’Egypte, premier importateur mondial de blé. L’objectif de ce pays est donc en premier lieu de « créer de nouvelles opportunités agricoles pour attirer les investisseurs », a souligné Hatem Seif El Nasr, ambassadeur d’Egypte au Royaume-Uni. Le gouvernement a ainsi décidé de développer un projet de « ferme géante » soit dans le nord Sinaï, soit dans la région de Toshka. Autre solution : passer des contrats long terme avec des pays producteurs. L’Egypte a validé en 2007 un accord de coopération avec le Kazakhstan, qui concerne entre autres le blé. Elle n’est pas la seule à recourir à ce procédé. Pour faire face à d’éventuelles pénuries, le gouvernement philippin a signé en 2008 un accord avec le Vietnam, son principal fournisseur de riz blanc. « On ne voyait plus ce genre de contrats entre organismes étatiques depuis les années 70 », observe Michel Ferret, responsable des marchés chez FranceAgriMer. Un signe de plus qui montre que la crise alimentaire inquiète.