La FNSEA, l’APCA et le spécialiste français du transport du gaz GRTgaz ont présenté le 5 décembre trois pistes d’actions conjointes pour accélérer le développement de la filière biométhane agricole. Cela pour passer de quelques dizaines d’installations à plusieurs milliers de nouveaux sites à l’horizon 2030.
Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, Claude Cochonneau, président des chambres d’agriculture, et Thierry Trouvé, directeur général de GRTgaz ont présenté des pistes d’actions pour accélérer le développement de la filière biométhane agricole, ce produit qui est du biogaz épuré de son CO2 et de ses impuretés pour être injecté dans le réseau.
Ils souhaitent en premier lieu améliorer le financement des projets : les trois acteurs appellent à de nouveaux modes de financement soutenus par les pouvoirs publics et s’engagent à faciliter la relation entre les banques, les financeurs et les agriculteurs. Ils suggèrent ensuite un accompagnement plus soutenu des agriculteurs : par la formation renforcée des exploitants. Enfin, il faut, selon eux, orienter et développer la R & D : amplifier la diffusion de références et d’innovation sur de nouveaux systèmes agricoles (dans l’agronomie, la vie des sols ou la production de biomasse adaptée aux systèmes de culture).
Des moyens importants en formation dans les chambres, et en recherche chez GRTgaz
Les trois acteurs ont détaillé leur objectif : « Alors que l’on compte aujourd’hui quelques dizaines d’installations de méthanisation agricoles qui injectent du gaz renouvelable dans les réseaux, ce sont plusieurs milliers de nouveaux sites qui devraient voir le jour à horizon 2030 ». En septembre 2017, 38 sites d’injection de méthane étaient en service, dont 60 % portés par des agriculteurs. Et 318 projets sont en cours d’étude, dont 75 % sont des projets agricoles. « Déjà, pour 2020, nous visons un millier d’installations de biométhane agricole. Nous en sommes loin », a souligné Christiane Lambert. La profession agricole avait signé une convention avec GRTgaz en 1996, mais elle avait une portée « modeste », a-t-elle précisé.
Les moyens en R & D sont significatifs : GRTgaz ouvrira son centre de recherche d’une centaine de chercheurs début janvier 2018, avec comme principale thématique la transition énergétique et écologique, a indiqué Thierry Trouvé. Ce dernier a signalé l’ouverture d’un débouché prometteur du biométhane : le gaz-carburant. Les chambres d’agriculture consacrent quant à elles 90 conseillers agricoles à l’accompagnement des agriculteurs. Les chambres ont déjà formé 1 500 agriculteurs depuis 2010, a ajouté Didier Marteau, président de la chambre d’agriculture de l’Aube et président de la commission « environnement » de l’APCA.
Avec le biométhane qui sera produit en France, ce seront autant d’importations en moins. Une réduction du déficit commercial de près de 2 milliards d’euros par an, selon Thierry Trouvé.
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« Pour 2020, nous visons un millier d’installations de biométhane agricole. Nous en sommes loin »
Alain Caillaud, agriculteur : un gain de 2 € par tonne de biomasse apportée
Alain Caillaud, producteur sur 300 ha, de céréales et de viande bovine (éleveur de 150 vaches nourrices charolaise) dans les Deux-Sèvres, a livré son témoignage sur la société, Gazteam énergie, qu’il a constituée avec son frère et son fils et deux autres agriculteurs. Le site va entrer en production à partir de juillet 2018 et 18 autres éleveurs contribueront à l’alimenter.
Au total, 48 000 tonnes de biomasse seront apportées, dont 45 000 de fumier (surtout bovin, un peu caprin et un peu de fiente de volailles). Les autres matières premières seront des récoltes d’interculture pour 600 tonnes, de la paille pour 1 500 tonnes, des grains cassés et graines d’adventices pour 1 000 tonnes.
Gazteam énergie rémunérera les apporteurs de fumier ainsi : 2 000 € pour 1 000 tonnes de fumier, sachant que l'unité produira 3 Mm3 de méthane par an. Cela sans compter le fait que Gazteam assurera le transport de la biomasse et le retour des digestats dans les fermes, soit un gain de transport et de temps évalué à 2 000 € pour 1 000 tonnes.
Gazteam énergie a un capital de 14,5 M€, détenu à 80 % par Alain Caillaud, son frère, son fils et deux autres agriculteurs. Les 20 % ont été apportés par un fonds d’investissement créé par la région Nouvelle Aquitaine (Terra Énergie) et un développeur d’énergies renouvelables (Cap Vert).