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Vignerons indépendants Des pistes pour rattraper le retard de l'œnotourisme français

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Le congrès des Vignerons indépendants, qui s'est déroulé les 15 et 16 avril à Béziers (Hérault), a présenté à près de 500 vignerons des pistes pour que la France rattrape son retard en matière d'œnotourisme, le tourisme lié au vin, source de complément de revenu.

COMMENT développer l'œnotourisme, source de complément de revenu et vecteur efficace de communication sur le vin ? Le congrès des Vignerons indépendants a étudié des pistes, à l'aide d'exemples de réalisations en France, de témoignages sur ce qui se fait à l'étranger et de conseils d'observateurs extérieurs.

Pour accrocher le regard des touristes, il faut être démarqué de tout ce qui évoque la standardisation. « Inutile de chercher à faire comme le voisin. Il vous faut un projet personnel », a indiqué Philippe Blanck, vice-président de la Confédération des Vignerons indépendants français, et vigneron en Alsace. « Il ne faut pas passer pour un wine maker (un producteur de vin), il faut montrer que vous êtes le concepteur d'un vin de qualité qu'attend le touriste », a ajouté Aurélien Debomy, chargé de promotion touristique à l'agence de développement Loire en Layon. « Les touristes recherchent ce qui est atypique », a confirmé Luc Richard, architecte basé à Vienne en Autriche.

Christian Mantéi, DG d'Atout France : « Apportez une note personnelle »

« Les touristes américains consultent en moyenne 34 sites avant de décider d'une destination. Ils attendent de vous que vous soyez des professionnels de l'œnotourisme. Pour cela, vous devez être repérés comme des hommes et des femmes apportant une note personnelle, au-delà du produit que vous mettez en avant », a déclaré Christian Mantéi, directeur général d'Atout France. Cet organisme, une agence placée sous la double tutelle du ministère des Affaires étrangères et de celui du Tourisme (rattaché à Bercy), promeut l'image de la France à l'étranger. Le touriste sera accroché s'il a l'impression d'avoir rencontré des hommes et des femmes passionnés, que ce soit par la vinification, l'agronomie, la géologie, la météorologie, ou l'architecture, les voitures anciennes ou la poésie. Apporter sa touche personnelle va bien au-delà de la vente de vin, mais cela y contribue puissamment, a développé Christian Mantéi.

« Si les 85 millions de touristes qui visitent la France chaque année racontent à 10 personnes de leur entourage ce qu'ils ont vu, cela représente 850 millions de personnes qui ont entendu parler de la France. Le tourisme est un très puissant média », a souligné Christian Mantéi.

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Œnotourisme : toutes les gammes possibles

En France, de nombreux types d'œnotourisme émergent, a montré le congrès des Vignerons indépendants. Matthieu Rozel, vigneron indépendant dans la Drôme, propose des brunchs et des pique-nique à base de produits locaux, et des ballades en Segway (petits véhicules électriques évoquant la trottinette) au milieu des vignes. Le prix du brunch peut aller de 20 euros par personne à 40 s'il contient du foie gras et des truffes. Benoît Combe, vigneron indépendant dans le Gard, fils d'un vigneron qui ne vendait son vin qu'en vrac au négoce, construit lui-même sa salle d'accueil et fait déjà venir des cars de Norvégiens (environ 50 visiteurs par car), pour 8 euros par personne. Mélanie Martel, vigneronne à Bollène dans le Vaucluse, produit pour l'export et pratique l'oenotourisme, qui représente 27% de son chiffre d'affaires, pour financer la rénovation d'un château de famille. Elle et son mari organisent des dégustations sur le thème de la truffe, à travers une omelette (d'œufs bios fournis par des amis) de truffes avec salade et fromage de chèvre. Un couple de vignerons basques (le domaine Mourguy) est quant à lui venu à la viticulture par le tourisme, en débutant par des balades en âne à travers les vignes. Un vigneron installé à Montpellier même, Pierre de Colbert, a quant à lui quatre activités : il exploite 26 hectares de vignes, fait visiter son château, organise des séminaires et des mariages et a ouvert un restaurant en 2010.

D'autres expériences, nettement en rupture avec ce qui se fait couramment, ont été présentées lors de circuits chez des vignerons. Tel est le cas de Ghislain et de Delphine d'Aboville, qui ont constitué en 2008 le Domaine Allegria, petit vignoble familial de 9 hectares en agriculture biologique. Le couple propose aux amateurs de choisir l'assemblage de leur vin, et le livre plusieurs mois après, par lot de 300 bouteilles. Les clients sont des particuliers fortunés, des industriels, des banquiers luxembourgeois, des comités d'entreprise,… a décrit Ghislain d'Aboville. Le principe consiste pour les visiteurs à passer 48 heures sur le domaine, à discuter avec Ghislain et Delphine d'Aboville des arômes à exprimer. Une fois le cahier des charges élaboré, les clients choisissent un nom, et une graphiste prépare l'étiquette et en propose une maquette pendant le séjour. Voir le site www.cousu-main.fr.

L'œnotourisme à l'étranger

RENOMMÉE pour l'excellence de ses vins, la France accuse pourtant un retard dans le développement de l'œnotourisme. Sophie Lignon Damaillac, professeur de géographie, maître de conférence à l'université Paris IV Sorbonne, a indiqué lors d'une des premières interventions du congrès, le 15 avril, que l'œnotourisme est bien avancé en Californie. En Argentine, avec les « caminos del vino » (chemins du vin) avec circuits dans les vignobles et dégustations en salles de restaurant de la cave avec vue sur la Cordillère des Andes. En Afrique du Sud, avec la route des « wineries » de Stellenbosh. Et surtout en Espagne, leader de l'œnotourisme depuis les années 1960, à travers les circuits à vélo dans le vignoble de Jérez et les caves de la Rioja comprenant des musées du vin et des galeries de tableaux, a cité Sophie Lignon Damaillac.