Abonné

Des pro-NBT orientent le débat sur la finalité de la technologie

- - 4 min

Un débat s’est tenu le 3 avril à Paris autour des nouvelles techniques de sélection végétale, sous le parrainage de l’agrochimiste américain Corteva (DowDuPont). L’occasion pour un représentant de l’UFS (semenciers) et le think tank Agridées de défendre ces NBT (New Breeding Techniques).

Que peut-on faire avec ? C'est ainsi que Jean-Christophe Gouache, représentant de l’UFS au Haut Conseil des biotechnologies (HCB), souhaite orienter le débat public sur les nouvelles techniques de sélection végétale (NBT), aussi appelées techniques d'édition de gènes comme Crispr-Cas9. Car à ses yeux, la question n’est pas de s’interroger, comme certaines organisations, sur la présence ou non d’« OGM cachés », de « nouveaux OGM », a-t-il expliqué lors d'un débat le 3 avril. « Il n’y a pas eu encore un seul cas de problématique santé liée à l’utilisation des OGM », et ce en « vingt ans de commercialisation à travers le monde » avec des surfaces actuelles de « 20 M ha par an », d’après lui. Si le risque lié au produit est ainsi écarté, reste celui lié à la technologie. « Je ne sais pas répondre à cette question sur les risques éventuels des OGM, des NBT », a admis Jean-Christophe Gouache, connu aussi pour sa carrière chez Limagrain. Débattre des finalités lui importe davantage : « Ce n’est pas le risque d’utiliser l’outil mais ce que l'on fait avec cet outil, quels produits. » Et de faire une analogie avec le marteau, qui peut être utilisé dans la construction mais aussi comme une arme, sans pour autant se faire interdire.

La vitesse, « ce n’est pas le débat »

L’enjeu des NBT n’est pas d’aller plus vite dans l’amélioration variétale, a-t-il par ailleurs considéré. « Gagner, deux ou trois ans sur un cycle de sélection, ce n’est pas le débat. Le débat, c’est de rendre possibles des choses qui autrement ne le seraient pas. » Jean-Christophe Gouache a taclé au passage les semences paysannes, dont l’échelle de temps se compte plutôt en « milliers d’années ». Il s’agit pour lui de suivre l’exemple d’une équipe chinoise qui a mis au point du blé résistant à l’oïdium. Un succès quasi-impossible par sélection classique ou mutagénèse aléatoire, car « très long », « très complexe ». Encore moins via la sélection paysanne : en laissant faire la nature, le blé résistant à l’oïdium a une probabilité d’occurrence extrêmement faible car « il faudrait cultiver les 250 millions d’hectares de blé pendant 4 000 ans », selon ses calculs.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Marie-Cécile Damave, responsable Innovations et Marchés chez Agridées, a souligné à quel point le grand public n’est « pas assez informé » sur les NBT. « On a l’impression que les consommateurs ne savent même pas à quoi sert le progrès génétique », a-t-elle déclaré. Pour apaiser le débat, elle propose de mettre en avant la diversité des méthodes de sélection, leur utilité en termes de productivité, de réponse aux défis climatiques. Les NBT font partie d’une boîte à outils, selon elle, au même titre que les techniques agronomiques, le machinisme, les phytos. « Pourquoi se priver d’un des outils ? », a-t-elle lancé.

Le produit importe davantage que la technique pour l’obtenir, considère-t-on à l’UFS