Plusieurs organisations et syndicats d’éleveurs laitiers ont, ensemble, publié deux études croisées sur les coûts de production dans la filière laitière. Des différences s’affichent clairement entre régions françaises, en lien avec leur diversité pédo-climatique. L’objectif de ces études est de permettre de mieux négocier avec les industriels les futurs contrats, intégrant les coûts de production, comme le demandera bientôt la loi.
Une étude sur la diversité des coûts de production du lait entre 17 régions françaises a été commandée par plusieurs organisations et syndicats de producteurs (Apli, OPL, EMB, FMB Grand Ouest, FMB Bassin normand) à un bureau d’étude allemand (Büro für Agrarsoziologie und landwirtschaft). Elle montre que les coûts de production moyens sont très diversifiés d’une région à une autre. Ainsi, la région Rhône-Alpes, plutôt en déprise laitière, affiche un coût de production de 592 €/1 000 l alors que la Bretagne s’établit plutôt à 396 €/1 000 l. Cette différence s’explique par le coût des intrants (Rhône-Alpes : 224 €/1 000 l versus Bretagne : 154 €/1 000 l), le rendement laitier (environ 1 000 l de lait de moins en Rhône-Alpes) et les frais d’exploitation (Rhône-Alpes : 214 €/1 000 l versus Bretagne : 296 €/1 000 l).
En Auvergne, le même type d’écart se retrouve. « Les coûts de stockage pour la saison d’hiver, plus longue, la période de pâturage plus courte, le climat plus continental et des rendements laitiers plus faibles, expliquent ces différences de coûts de production » entre les régions précédentes, constatait Denis Jehannin, vice-président de l’organisation de producteur France Milk Board Grand Ouest, le 1er mars. Les aides de la Pac, tout comme le prix payé par les industriels aux producteurs situés dans ces régions, bien qu’élevés, ne sont pas suffisants pour couvrir ces surcoûts, selon les calculs.
Un coût de production de 450 €/1 000 l
Une autre étude réalisée à la demande des mêmes organisations, détaille l’évolution du coût de production moyen du lait pour la ferme France de 2012 à 2017. En 2012, l’étude évalue ce coût de production à un niveau inférieur de 19 €/1 000 l à celui de 2017, soit 438,10 €/1 000 l. Pour Denis Jehannin, cette étude « démontre que 450 €/1 000 l sont indispensables pour vivre de la production laitière, pouvoir investir et se permettre d’engager un salarié ». Dans tous ces calculs, la rémunération du producteur est fixée à 1,5 SMIC. Concernant les heures de travail, en 2017, un temps de travail moyen de 2 096 heures/an a été pris en compte en zone de plaine et de 2 156 heures en zone de montagne, avec comme base une étude de l’Institut de l’élevage datant de 2010. « Une majoration de 2 % des heures de travail a été appliquée pour chaque année de 2011 à 2015, afin de prendre en compte l’agrandissement des cheptels d’en moyenne 2 vaches laitières par an », souligne l’étude. L’ensemble des chiffres est issu des données du Réseau d’information comptable agricole (Rica) européen, décliné pour la France.
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Denis Jehannin est clair sur l’objectif de ces deux études, déjà effectuées en 2013 : accompagner les producteurs dans les négociations contractuelles avec les industriels. En effet, le projet de loi issu des États généraux de l’alimentation (EGA) demande que les coûts de production des producteurs apparaissent dans les contrats. André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait, rappelle que l’objectif est d’obtenir une formule de prix du lait faisant référence à 50 % au mix produit de l’industriel et à 50 % au coût de production. « L’objectif est que le coût de production permette de calculer un prix minimum. Un prix indexé à 100 % sur les coûts de production signifierait devenir prestataire de l’industriel, ce que nous ne voulons absolument pas », rappelle-t-il. Une position partagée par Denis Jehannin.
Aujourd’hui, ce dernier dénonce notamment la position de Lactalis, qui cherche à négocier un contrat-cadre, comme le demande la loi Sapin II, avant que le projet de loi EGA ne soit voté. « Lactalis propose un contrat avec une formule de prix comprenant 50 % du prix PGC France [produits laitiers valorisés par l’industriel sur le marché français, ndlr], 20 % du prix export [produits laitiers valorisés à l’export, ndlr] et 30 % du prix des produits industriels [beurre et poudre de lait, ndlr]. Avec cette formule, nous atteignons aujourd’hui un prix de 320 €/1 000 l, soit 30 à 40 € de moins que le prix contractuel issu de l’ancienne formule de prix ! », observe Denis Jehannin. « Aucun coût de production n’est intégré dans cette formule de prix » en négociation, continue-t-il, avant de développer les difficultés de gestion de la facturation par les organisations de producteurs, autre élément du projet de loi EGA.
« L’objectif est que le coût de production permette de calculer un prix minimum »