Lors d’un débat organisé par le Bulletin de l’industrie pétrolière le 17 juin à Paris sur le thème « La production de biocarburants est-elle vertueuse ? », plusieurs intervenants ont invité l’Europe à moins douter d’elle-même, face au dynamisme du Brésil et des États-Unis.
«La production de biocarburants est-elle vertueuse ? ». Cette question pose d’abord le problème du choix entre « manger ou rouler ». Or, les surfaces de cultures pour l’éthanol en France ne représentent que 3% de la sole de céréales et de betteraves, a indiqué Alain d’Anselme, président du Syndicat national des producteurs d’alcool agricole. D’ailleurs, l’outil industriel sucrier devant réduire sa production de 30%, la betterave-éthanol compensera à peine la betterave pour le sucre. Même scénario à prévoir pour les céréales d’ici 2013, quand l’exportation européenne ne sera plus soutenue par l’UE.
Américains et Brésiliens droits dans leurs bottes
Sur la « durabilité » des biocarburants, sujet qui fait l’actualité des discussions à Bruxelles, depuis de longs mois, l’Europe doute également. Pourtant, on ne s’est pas posé autant de cas de conscience avec le pétrole : « En moins de 200 ans, on aura vidé les réserves de pétrole, qui ont mis 200 millions d’années à se constituer. Est-ce durable ? », a ajouté Alain d’Anselme. Aux États-Unis et au Brésil, l’éthanol est « bon pour le social, pour l’environnement et pour la préservation des ressources fossiles ». Le président du SNPAA a ainsi résumé l’attitude européenne : « Au feu rouge, on ne passe évidemment pas ; à l’orange, on attend le passage au vert ; et au vert, on a peur de s’engager car une voiture pourrait survenir ».
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De son côté, Bruno Héry, responsable des affaires institutionnelles chez Lyondell Basell, un des premiers chimistes mondiaux, basé à Rotterdam, a estimé, à propos des laborieuses négociations sur la durabilité des biocarburants, « qu’on (les Européens) ne peut pas se tirer une balle dans le pied » en s’imposant des critères trop élevés par rapport à ceux de la concurrence.
Débat sur les indices
Pour le biodiesel, les discussions sur la durabilité achoppent sur des questions de méthodologie. Les estérificateurs sont en désaccord avec la Commission européenne sur les indices de consommation d’électricité dans leurs usines, et sur les émissions de protoxyde d’azote (un puissant gaz à effet de serre) par les cultures de colza, selon Georges Vermeersch, directeur de la prospective et des innovations chez Sofiprotéol, l’établissement financier de la filière oléoprotéagineuse. Pour lui, on devrait intégrer aussi, dans les critères de durabilité, le fait que le biodiesel européen libère des hectares de soja au Brésil, qui sont susceptibles de grignoter la forêt amazonienne.