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Protection des plantes Des progrès restent à faire sur les stimulateurs de défense naturelle

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Prometteurs, les stimulateurs de défenses naturelles des plantes ont encore besoin d’être largement perfectionnés avant d’être diffusés à grande échelle. Pour les experts réunis en atelier de réflexion lors des rencontres Q@li-Méditerrannée du 6 novembre à Montpellier, investir davantage dans la recherche est une nécéssité.

«Nos viticulteurs ont une forte attente en ce qui concerne les stimulateurs de défense naturelle (SDN) des plantes ». C’est donc pour en savoir plus sur ces produits que sa coop ne commercialise pas encore, qu’Anne Paulhe-Massol, responsable recherche et développement de la coopérative Arterris, a choisi d’assister à l’atelier SDN organisé lors des rencontres Q@li-Méditerrannée, le 6 novembre à Montpellier. A l’image des producteurs de pomme de terre, les viticulteurs doivent lutter contre le mildiou, mais également contre l’oïdium ou le botrytis. Ce qui représente un coût tant financier qu’environnemental… d’où leur intérêt pour les SDN ou éliciteurs. Le principe : « Ces molécules ou organismes non pathogènes induisent chez la plante une modification physiologique qui entraîne une réaction systémique », explique Sonia Hallier, responsable pathologie végétale chez BBV (Bretagne Biotechnologie végétale). Il peut s’agir d’acides aminés, de protéines, d’hormones ou de bactéries type pseudomonas, par exemple.

Mécanismes compliqués et peu connus
Le concept est prometteur. Les risques de contournement deviennent plus limités car les mécanismes mis en jeu sont plus complexes que ceux déclenchés par un produit phyto classique. Le spectre d’action est plus large, puisqu’une même molécule peut agir sur de nombreuses plantes. Et ces produits sont a priori moins toxiques. Revers de la médaille : l’action des SDN obéit justement à des mécanismes très compliqués, pas forcément bien connus, et très dépendants de l’environnement extérieur. Moins de cinq produits sont officiellement homologués et bénéficient d’une autorisation de mise en marché. « Nous avons énormément de mal à trouver une solution pour des pathogènes nécrotrophes du type de la pourriture grise de la tomate », signale notamment Sonia Hallier. A l’inverse, plusieurs produits offrent une bonne efficacité sur l’oïdium du fraisier, un parasite biotrophe. Difficile d’en comprendre finement les raisons. D’autant plus que « nous avons une meilleure corrélation de nos résultats en laboratoire avec des plantes produites sous serre plutôt qu’en plein champ, parce qu’elles sont moins stressées », précise la phytopathologiste.

Difficile de savoir quand traiter
Autre problème : « Les produits ne sont pas constants et ne peuvent pas être constants », explique pour sa part Jean-Pierre Say, de France Chitine, société qui produit notamment le Chitosan. « Derrière ce nom générique, se cache une famille de produits » adaptés à des usages différents que les acheteurs ne mentionnent pas forcément à la commande, signale-t-il. Pour Jean-Marie Joubert, ingénieur recherche et développement chez Goëmar, il faudrait plus globalement « avoir une connaissance des réactions de défense en fonction des stades végétatifs de la plante ». Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui… et demanderait de mettre en œuvre des fonds financiers importants. Faute d’un savoir suffisant, il est difficile de savoir quand traiter, puisqu’il s’agit de stimuler les défenses de la plante qui peuvent mettre un peu de temps à se déclencher. Du coup, les SDN sont plutôt utilisés en association avec des phytos classiques. Mais le bénéfice n’est pas toujours évident. « Contre le mildiou de la vigne, un éliciteur n’apporte rien de plus qu’une demi-dose de produit de contact », rapporte par exemple Ludivine Davidou, de la Chambre d’agriculture de Gironde. Et en cas de forte pression, l’action est faible et partielle. Indubitablement, un vaste champ de recherche reste ouvert.

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