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Lait Des relais de croissance internationaux pour le secteur laitier

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« Le secteur laitier est d'ores et déjà en recherche de compétitivité notamment pour faire face à la volatilité des prix », a déclaré Vincent Chatellier, économiste ingénieur de recherche à l'Inra, le 6 septembre à Grenoble. C'est lors d'une conférence intitulée « Les clés de la compétitivité du secteur laitier », suite à l'assemblée générale de l'UFS (Union française des semenciers), que l'économiste, accompagné d'Anne Richard, directeur économie et qualité au Cniel (Centre national interprofessionnel de l'économie laitière), a présenté les atouts de la filière laitière française pour faire face à une demande croissante sur le marché mondial.

«L'instabilité des marchés agricoles est inhérente à l'agriculture, sensible au climat et faisant face à une rigidité de l'offre sur le court terme, ainsi qu'à une faible élasticité de la demande », a déclaré Vincent Chatellier lors d'une conférence intitulée « Les clés de la compétitivité du secteur laitier », le 6 septembre à Grenoble. Il estime d'ailleurs que, pour ces raisons, les marchés agricoles ne peuvent s'autoréguler, et nécessitent un recours à l'intervention. Mais il souligne que le manque de coordination des politiques entre les zones économiques et les pays face à la volatilité pose problème.

Un secteur bovin lait peu habitué à la volatilité

« Il n'y aurait pas de problème avec la volatilité si les prix de vente étaient liés directement aux coûts de production », a expliqué Vincent Chatellier. Entre 2005 et 2010, les coûts de production dans le lait ont progressé de 25% et « la productivité ne compense pas », souligne-t-il. Selon lui, l'élevage bovin lait est moins habitué à la volatilité que d'autres secteurs comme celui du porc. Ainsi, de plus en plus les producteurs de lait vont devoir gérer le risque de prix. « Ils devront se prémunir des hausses des coûts d'intrants, diversifier leurs activités, gérer de façon pluriannuelle des investissements centrés sur la création de valeur, créer des contrats entre les filières végétales/animales, mais aussi avec les industriels, et avoir recours aux assurances, fonds mutualisés et couvertures sur les marchés à terme », a insisté Vincent Chatellier. Il a cependant souligné que les outils de gestion publics ne devaient pas tout céder au privé. A ce sujet, pour lui, la Pac 2014/2020 devrait s'orienter vers plus de subsidiarité dans l'allocation des aides, et les Etats pourraient favoriser les soutiens à l'environnement et à l'emploi. En revanche, l'intervention publique européenne sur les marchés agricoles est selon lui à oublier, les politiques répondant à la devise « business is business ».

Le maïs fourrage une assurance pour l'élevage laitier

« La fin des aides directes découplées n'ont pas fait baisser les surfaces de maïs fourrage car il y a un besoin lié au système des exploitations laitières », a indiqué Vincent Chatellier. Selon lui, l'efficience technique et économique du maïs lui donne sa place dans les assolements, particulièrement en fourrage dans les exploitations en polyculture élevage. Pour Anne Richard, directeur économie et qualité au Cniel (Centre national interprofessionnel de l'économie laitière), le ratio coût de l'aliment par rapport au prix du lait reste élevé en France, sans prendre en compte l'ensilage de maïs. « Pour les éleveurs la culture du maïs peut sécuriser les besoins en fourrage », a-t-elle souligné. D'ailleurs, selon Anne Richard, « 80% de l'alimentation des bovins lait peut être produite sur les exploitations grâce à l'ensilage ». Un atout pour le secteur laitier français qui reste peu intensif. Selon Vincent Chatellier, « en moyenne en France on produit 180 000l de lait par actif chaque année, contre 340 000l aux Pays Bas et 450 000l au Danemark ». Cependant, il a souligné que de fortes hétérogénéités régionales existaient. Pour lui, « cette faible intensification est un atout pour l'avenir, et, à surface constante, permettra d'augmenter la production ».

Un marché mondial du lait en flux tendus pour le moment

« La demande mondiale de lait est en hausse structurelle, grâce notamment aux pays émergents », a indiqué Anne Richard. Ainsi, l'année 2011 s'inscrit dans un cycle de hausse pour les prix du lait. « Lorsque les échanges mondiaux de lait sont en hausse de 3,2%/an ces dernières années, la production en Océanie, qui couvre plus de 80% du marché mondial du lait, ne progresse que de 2,5%/an », a expliqué Anne Richard. « Il reste donc de la place pour l'Europe et les Etats-Unis », a-t-elle souligné. D'ailleurs, Vincent Chatellier a souligné que « les seuls relais de croissance pour le secteur laitier français se trouvaient sur les marchés extérieurs, l'intérieur arrivant à saturation ». Pour le moment la Chine importe beaucoup de poudre de lait et la Russie beaucoup de fromages mais si la demande de ces pays ralentit, les prix mondiaux pourraient avoir des difficultés, a insisté Anne Richard. Pour le moment, les marchés se maintiennent car il n'y a plus de stocks publics dans l'UE ou aux Etats-Unis. Mais, en 2011, « on a jamais produit autant de lait en France en un été en raison de primes au lait d'été élevées », a montré Anne Richard. Ce qui, selon elle, a eu tendance à reconstituer les stocks chez les industriels. « Si les prix sont bons pour le moment, on ne sait pas ce qu'ils seront à l'avenir », a répété Anne Richard.

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