L'activité poudre et ingrédients a connu un véritable accident en 2014, entraînant une dégradation significative de la rentabilité de Sodiaal, qui était déjà faible. Pour l'année en cours, le groupe promet une amélioration des résultats et a détaillé les projets en cours sur l'exercice et à moyen terme.
Le président de Sodiaal l'affirme : « 2014 a été une bonne année pour le prix du lait, mais plus difficile pour la coopérative », a résumé Damien Lacombe lors de l'assemblée générale du 18 juin à Paris. De fait, le groupe a vu sa rentabilité diminuer considérablement. Le chiffre d'affaires, en hausse de 17,5 % a dépassé 5,4 milliards d'euros, dopé notamment par la fusion avec 3A et par un prix du lait historiquement haut. Mais l'excédent brut d'exploitation du groupe, à 92,6 millions d'euros, a reculé de 12,3 %, alors qu'il devait dépasser 130 millions d'euros selon les prévisions annoncées par les dirigeants l'an dernier. Ce sont des sociétés contrôlées par le groupe qui déçoivent le plus. Leur résultat est ainsi devenu largement déficitaire, à - 20 millions d'euros, alors qu'il était légèrement bénéficiaire l'an passé.
L'excédent brut d'exploitation de l'activité nutrition ingrédients a plongé de 38 millions d'euros, passant dans le rouge à - 6 millions d'euros pour 837 millions d'euros de chiffre d'affaires, et l'activité lait, beurre, crème, pourtant restructurée, a creusé son déficit de 1 million d'euros à – 9 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 1,457 milliard d'euros.
LE MARCHÉ… MAIS PAS SEULEMENT
Pour expliquer ces déconvenues, Sodiaal met en cause la brutalité du retournement des marchés et la perte du premier contrat de la filiale Nutribio au premier semestre 2014, dans des conditions qualifiées d'abusives. Sodiaal a d'ailleurs gagné son procès en première instance, mais fait appel pour obtenir un dédommagement à hauteur du préjudice subi. Concernant le retournement des marchés (lié à une forte collecte combinée à l'atonie de la demande chinoise aggravée par l'embargo russe), « le manque à gagner au second semestre avoisine 50 millions d'euros du fait de la forte exposition de certaines activités aux marchés des commo-dités », s'est désolé Frédéric Rostand, le directeur général. Questionné sur un éventuel raté du groupe, Damien Lacombe, son président, finit par admettre un déficit d'anticipation sur la collecte. « Nous avons collecté plus de volumes que ce que nous avions anticipé et l'engorgement des outils au printemps n'a pas aidé », nous a-t-il indiqué. Quant à Frédéric Rostand, il a assuré aux délégués que « la vitesse de réaction et d'exécution sont des sujets » pour le groupe et que les équipes y travaillent.
Cette dégradation des résultats, conjuguée à l'absorption de la dette de 3A, a contribué à l'envolée du ratio endettement bancaire net/Ebitda, passé de 1,08 à 2,58 entre 2013 et 2014. « Nos partenaires financiers considèrent que ce niveau d'endettement reste raisonnable mais il faut veiller à ce qu'il ne se dégrade pas à nouveau en 2015 », a commenté Olivier Gardies, directeur financier du groupe.
UNE RÉUSSITE : ENTREMONT
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Tous ces indicateurs ne doivent pas pour autant masquer la réussite que constitue le redressement d'Entremont. La société fait désormais état d'un taux d'occupa-tion de ses usines satisfaisant (en hausse d'environ 10 points sur quatre ans), et ses seules ventes à marque ont progressé de plus d'un tiers depuis 2010, dont 15 % sur la seule année 2014. En 2015, l'enjeu sera logiquement de maintenir les positions acquises face au retour en force de la concurrence.
DYNAMISER CANDIA À L'EXPORT
Malgré le manque de visibilité qu'elle regrette, la direction a annoncé un objectif d'excédent brut d'exploitation de 110 millions d'euros pour 2015 (soit un retour au niveau de 2013). « Les foyers de perte sur Nutribio et Eurosérum sont éteints », a indiqué Frédéric Rostand, assurant que l'activité était à nouveau bénéficiaire.
Pour Candia, qui fusionne avec Beuralia sous la houlette de Giampaolo Schiratti (comme nous l'annoncions dans Agra Alimentation le 30 avril dernier), l'équilibre est prévu pour 2016. Pourtant, l'an passé, le retour à l'équilibre d'exploitation était envisagé pour 2015. « Nous sommes en ligne avec ce que nous avions prévu », nous a cependant assuré Damien Lacombe. Les projets pour la marque sont nombreux : innovations, développement des franchises à l'étranger et début de la commercialisation des produits Candia à grande échelle par ZIB, le partenaire de la marque en Chine. Une co-entreprise va d'ailleurs être créée pour porter le développement de Candia en Chine. Selon nos informations, elle sera détenue à 90 % par ZIB et 10 % par Candia.
DES INVESTISSEMENTS NÉCESSAIRES DANS LE SÉCHAGE
À moyen terme, des partenariats internationaux dans le lait infantile bio doivent permettre de développer fortement la collecte (200 millions de litres d'ici trois à quatre ans) et nécessiteront des investissements sur le site de Montauban. Le groupe prévoit par ailleurs de rationaliser et de moderniser ses outils de séchage. Au total, 600 millions d'euros d'investissements sont prévus d'ici à 2020. Une enveloppe qui reste somme toute faible au regard de la taille de Sodiaal. Alors que le chiffre d'affaires du groupe a été multiplié par 2,5 en 4 ans, la direction prévoit encore une progression de 15 % pour 2020. Cette croissance doit accompagner une progression des volumes de 8 % et surtout, un doublement des résultats.