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Préservation des sols Des solutions à l’échelle locale

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Faute de politique des sols à l’échelle nationale et encore moins à l’échelle européenne, les solutions sont expérimentées à l’échelle locale. Les initiatives émanent de noyaux d’agriculteurs et de scientifiques travaillant en étroite collaboration.

Le colloque du programme Gessol Le programme de recherche Gessol, initié en 1998 par le ministère de l’Écologie et l’Ademe., organisé les 21 et 22 novembre au ministère de l’Écologie, a été un carrefour d’échanges de résultats scientifiques et de témoignages mettant en lumière les solutions pouvant être apportées à l’érosion des sols.

Antoine Delaunois, de la Chambre d’agriculture du Tarn, a fait part de l’expérience de sa structure. Celle-ci a décidé de promouvoir la pratique du non-labour, avec l’appui de l’agence de l’eau Adour-Garonne et du Groupe régional non-labour constitué en 1998. « Dans les côteaux du Lauragais, le labour est la première source de perte de sol. Le non-labour permet de réduire ou d’arrêter l’érosion hydrique ou mécanique, de protéger le patrimoine de l’agriculteur et de réduire les coûts », a rapporté Antoine Delaunois.

La Seine-Maritime quant à elle finance depuis 1994 la mise en place de couverts végétaux en interculture en hiver, pour éviter que les sols restent nus. Ainsi 22 000 hectares ont été implantés en 2005/06, au travers de 18 opérations locales. Le département, la région, des collectivités locales ont financé l’achat des semences de ces cultures intermédiaires, qui ont pour seul but de piéger les nitrates et de limiter l’érosion. De plus, les agriculteurs peuvent bénéficier d’aides à l’achat d’équipements (houes rotatives, bineuses, semoirs d’interculture, effaceurs de traces de roues). Selon Jean-François Ouvry, directeur de l’Association régionale pour l’étude et l’amélioration des sols (Aréas) en Haute-Normandie, toutes ces actions qui sont forcément collectives (la continuité d’une ligne de haie ne peut se borner à une seule exploitation) « commencent à porter leurs fruits ». Selon lui, on ne voit déjà plus de grandes ravines de deux mètres de profondeur en fond de talweg comme il y a encore quelques années.

L’Areas et la Chambre d’agriculture de Seine-Maritime réalisent un travail important d’animations de groupes d’agriculteurs dans les communes concernées pour mettre en place des petits ouvrages hydrauliques cohérents à l’échelle du bassin versant. En effet, la présence de haies, de talus plantés, de fossés ou de mares tampons s’est fortement réduite depuis les années soixante-dix, suite à des remembrements qui ne tenaient pas compte de ces problématiques environnementales. Or, ces aménagements permettent de freiner l’écoulement de l’eau, de même que la mise en place de bandes enherbées dans les fonds de vallons.

Les surfaces enherbées ou arborées ralentissent le ruissellement, avantage appréciable pour limiter les inondations, et aussi pour dégrader certaines substances phytosanitaires, a indiqué par ailleurs Pierre Benoît, de l’Inra de Grignon.

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Il semble que l’implantation d’un couvert végétal est plus efficace pour la stabilité de la structure du sol que l’absence de travail du sol, a précisé May Balabane, de l’unité de science du sol, de l’Inra de Versailles.

Il faut de la diversité

Par ailleurs, les parcelles sujettes à l’érosion issues d’exploitations spécialisées en grandes cultures sont plus difficilement aménageables que celles qui sont situées dans une exploitation de polyculture-élevage, a montré Yves Le Bissonnais, de l’Inra de Montpellier, mentionnant une étude menée en Lauragais. Les coûts des actions anti-érosion y sont plus élevés. Une remarque qui plaide pour une modération de la spécialisation entre régions d’élevage et régions de cultures.

Même à l’intérieur des régions de cultures, une moindre spécialisation est souhaitable. « Plus on a d’espèces et de variétés de plantes, mieux ça vaut», car chaque plante suscite autour d’elle des micro-organismes différents et influe différemment sur la composition physico-chimique du sol, a expliqué Antoine Delaunois.

De son côté, Jean-Marc Thullier, agriculteur à Gouy-Servins dans le Pas-de-Calais, a livré son témoignage de producteur qui, sans aucune aide, a réduit sa fertilisation chimique en utilisant des vinasses de sucrerie de betteraves et planté des haies. Cet ancien salarié d’une société d’agrochimie a eu recours aux techniques culturales simplifiées sur betteraves, colza et blé, et se félicite d’avoir réduit de 6 000 euros sa facture d’engrais. Tout cela sans compter des économies de fioul et l’amélioration de la portance des terres (capacité des terres à supporter le poids d’engins lourds).

Les initiatives des agriculteurs sont maintenant saluées par les environnementalistes ! Lionel Vilain, un des responsables de France Nature Environnement, a indiqué que « ce sont les agriculteurs qui ont la plus forte perception patromoniale du sol ». Une notion qui « n’est pas suffisamment prise en compte par les aménageurs du territoire et les urbanistes ».