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Des stocks de blé français attendus au plus haut

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Les prix du blé français sont en berne, situation qui pourrait se poursuivre tout au long de la campagne 2025-2026. La France peine à exporter hors de l’UE, face à une concurrence féroce. Dans ce contexte de rentabilité dégradée, les agriculteurs font de la rétention, ce qui pourrait porter à les stocks à leur plus haut depuis vingt ans.

Le cabinet d’analyse Argus Media (ex-Agritel) projette des stocks français de fin de campagne 2025-2026 de blé tendre à 4 Mt, un plus haut depuis 2004-2005. FranceAgriMer se montrait un peu plus optimiste, tablant sur un peu plus de 3,8 Mt en juillet. Les raisons sont multiples. La production hexagonale 2025 a bien rebondi, estimée à 33,4 Mt par l’analyste, en hausse de 30 % par rapport à 2024.

Mais c’est surtout l’affaiblissement des débouchés à l’export vers les pays tiers qui justifie le pessimisme ambiant. Les expéditions hors UE sont attendues à seulement 8 Mt par Argus Media, contre plus de 10 Mt d’habitude. L’Algérie, client historique, boycotte le blé français depuis 2024. « Nous ne nous attendons pas à de reprise des exports vers ce pays cette année », commente Alexandre Willekens, analyste au sein du cabinet. De son côté, la Chine réduit drastiquement ses achats, dans un contexte macroéconomique morose. Le cabinet d’analyse estime que la France n’y placerait que 500 000 t en 2025-2026, contre 1 à 2,4 Mt depuis 2019-2020.

Les Russes, les Ukrainiens et l’hémisphère sud sont là…

Les concurrences russe et ukrainienne s’avèrent féroces, réduisant encore les possibilités d’exports hexagonales. Sans oublier les bonnes perspectives de production dans l’hémisphère sud, à savoir l’Australie et l’Argentine, à respectivement 32,6 Mt, et 19,7 Mt. « Nous pourrions encore relever ce chiffre pour l’Argentine, les conditions de cultures étant meilleures que prévu », renchérit Alexandre Willekens.

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Le marché mondial s’avère de manière générale bien approvisionné, pesant sur les prix. Peu d’éléments plaident, pour l’instant, pour leur remontée en 2025-2026, à moins d’un incident climatique ou géopolitique. La rentabilité de bon nombre d’agriculteurs dans le monde, et spécialement en France, s’en retrouve dégradée. Argus Media prévoit un coût de production moyen du blé hexagonal à 200 €/t en 2025. Il s’élevait, d’après la même source, à 248 €/t en 2024, et à 175 €/t en 2021. Ainsi, le céréalier français, au vu de l’état du marché actuel, ne couvre pas ses coûts de production en vendant son blé.

Ce manque de rentabilité explique en partie pourquoi les agriculteurs hexagonaux et même mondiaux stockent en masse. Par conséquent, leur stratégie de ventes sera, encore plus que d’habitude, un facteur futur de variation de prix en 2025-2026, selon Argus Media. « Les agriculteurs français, européens et américains font preuve d’une rétention importante. Cette dernière peut limiter les disponibilités à court terme », explique Maxence Devillers, autre analyste d’Argus Media. Cette rétention peut donc provoquer des mouvements soudains de hausse de prix. Mais si les producteurs vendent massivement et en même temps, ils peuvent également les faire chuter encore plus. « C’est ce qu’il s’est passé récemment en Ukraine et en Russie. Les agriculteurs stockaient, soutenant les cours locaux. Puis, ils se sont mis à vendre en masse, faisant pression sur les valeurs », précise l’analyste.

Dans ce contexte pesant de stocks abondants et de rentabilité dégradée, Argus Media estime que les surfaces françaises de blé tendre ne dépasseront pas les 4,8 Mha en 2025, soit la campagne commerciale 2026-2027. Les producteurs se tourneraient vers d’autres cultures, tels que le colza, entre autres. « Le colza est actuellement plus rentable. La sole nationale devrait augmenter, les intentions de semis étant très élevées. Mais le manque d’eau actuel pourrait changer la donne. On ne peut donc donner de prévision précise », témoigne Maxence Devillers. Argus Media s’attend par ailleurs à une récolte nationale 2025 plus faible en maïs et en tournesol que l’an dernier, sans donner de chiffres précis.

Un coût de production moyen du blé hexagonal à 200 €/t en 2025