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Céréales Des stocks qui plombent le marché

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Les céréales étouffent les silos français. A Rouen, tout d’abord, où le rythme des exportations vers les pays tiers n’est pas à la hauteur de l’importante collecte céréalière 2009 ; chez les collecteurs en périphérie du port, ensuite, mais aussi chez ceux situés plus à l’intérieur des terres. Car la récolte française de blé et d’orge a indéniablement du mal à se vendre. La concurrence est rude. La planète a engrangé une bonne moisson et la parité euro/dollar dessert clairement les produits européens et français. Même s’il reste encore une moitié de campagne pour commercialiser la récolte 2009, nombre d’opérateurs anticipent d’ores et déjà des stocks de report, particulièrement en orge, où le marché est atone, mais également en blé, un produit qui s’écoule trop lentement. Pour l’instant, rares sont les signaux laissant entrevoir une embellie du marché.

«Aujourd’hui, je suis personnellement convaincu qu’il n’y a pas assez de demandes d’achat pour toutes les quantités produites et destinées à l’export ». Directeur opérationnel de Sénalia, Gilles Kindelberger se montre plus que réservé sur l’issue de la campagne de commercialisation 2009/2010. « Toute la filière et tous les silos de France se trouvent dans la même situation : l’engorgement », a-t-il expliqué le 8 janvier à Paris, à l’occasion de l’assemblée générale de son groupe, qui stocke plus de la moitié des céréales échangées à Rouen. La faute à un démarrage de campagne difficile : « Des sorties tardives de stockages-dépôts aux mois de mai et juin ont bloqué les capacités des silos portuaires en général et celles de Sénalia en particulier », a souligné le professionnel. Des retards dans l’arrivée des navires ainsi que l’ouverture tardive de lettres de crédit ont gêné l’embarquement des marchandises.

160 dollars en mer Noire contre 175 dollars rendu Rouen
Dans ce contexte déjà difficile, les producteurs ont récolté une moisson abondante : 36,5 Mt en blé tendre, soit 500 000 tonnes de moins qu’en 2008, mais presque 13 Mt d’orge contre 12,3 Mt en 2008, auxquelles se sont ajoutées 4,7 Mt de colza, une récolte record. Ce qui a très vite engendré un problème de place. « Est-il besoin de rappeler que des blés étaient encore stockés dehors en novembre ? », a souligné Gilles Kindelberger. Car en plus d’être imposante, la récolte s’avère difficile à vendre. Au niveau mondial, la moisson a atteint 668 Mt en blé, soit guère moins que le record de 2008 situé à 687 Mt. En maïs, elle a frôlé les 790 Mt, soit 5 à 7 Mt de moins que l’année précédente, aussi quasi record. Pas facile de se faire une place dans un marché très concurrentiel, où les blés de la mer Noire se vendaient en octobre autour de 160 dollars/tonne en prix fob… Contre 120 euros, soit plus de 175 dollars, pour du blé rendu Rouen. Il n’empêche. L’Hexagone a réussi à tirer son épingle du jeu en première partie de campagne, en parvenant notamment à vendre plus de 900 000 tonnes de blé à l’Egypte.

Près de 10 Mt de stock de report en céréales
« Nous savons qu’au 31 décembre, nous avons exporté 4 Mt, a rappelé Michel Ferret, responsable marchés chez FranceAgriMer, en conférence de presse à Montreuil le 13 janvier. C’est à peu près la moitié de notre objectif ». Inutile de s’inquiéter, alors ? Oui… et non. Car les débouchés ne sont pour l’instant pas à la hauteur de la récolte. Même si elle parvient à exporter 8,5 Mt de blé vers les pays tiers et quelque 7 Mt à l’intérieur de l’Europe, ce qui n’a rien d’évident, la France terminerait la campagne avec un peu plus de 4 Mt de tonnes de report. Un chiffre que FranceAgriMer n’estimait qu’à 3,5 Mt en décembre, mais l’office se veut désormais un peu moins optimiste sur les exportations et les utilisations intérieures. La situation serait encore plus dramatique en orge, où le stock de fin de campagne monterait à 3,9 Mt pour une récolte de près de 13 Mt. « Au total pour les trois céréales que sont le blé, l’orge et le maïs, le stock de report pourrait atteindre cette campagne environ 10 Mt, a commenté Christian Vanier. Il y a un an, il était de 7 Mt et voici deux ans de 5,6 Mt ».

L’USDA alourdit les stocks mondiaux
Pour Rémi Haquin, président de la section céréales de FranceAgriMer, « 4 Mt en blé, ça peut paraître beaucoup ». Mais tout va dépendre « de la vision que nous aurons en mars de la récolte 2010 », a-t-il souligné. Pour l’instant les opérateurs ont en tout cas un peu de mal à positiver. Surtout après la sortie du rapport de l’USDA (département américain de l’agriculture) sur l’offre et la demande mondiales diffusé le 12 janvier. Que ce soit en blé, en maïs ou en soja, les experts ont revu tous les stocks de fin de campagne à la hausse. En blé, ceux-ci s’éléveraient finalement à 195,6 Mt contre 191 Mt prévues en décembre, ce qui représente plus de trois mois et demi de consommation. En maïs, les réserves mondiales s’établiraient à 136 Mt au lieu des 132,3 Mt envisagées en décembre. Et en soja, elles atteindraient finalement 5,1 Mt au lieu de 4,6 Mt.

Des surfaces de blé en baisse aux Etats-Unis
Dans les trois cas, ces augmentations sont essentiellement dues à des ajustements à la hausse des prévisions de récolte. Et dans les trois cas, elles ont plombé les marchés, tant américains que français. Le 11 janvier, la tonne de blé rendu Rouen se vendait 121,5 euros, un chiffre tombé à 115 euros le 13 janvier. Plongés dans ce marasme, les opérateurs ont à peine relevé le rapport de l’USDA relatif aux surfaces pour 2010. Celui-ci estime à 15 millions d’hectares seulement les emblavements en blé d’hiver aux Etats-Unis, soit une baisse de 14 % par rapport à 2009 et le plus bas niveau enregistré depuis… 1913. Sauf qu’en France, les surfaces de blé s’affichent en hausse de 3 % en blé tendre, et que « les farmers peuvent très bien compenser avec du blé de printemps », indique un spécialiste. Souhaitons que l’an 10 se termine mieux qu’il ne commence… !

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