L’UFC-Que Choisir a assigné le 5 juin deux entreprises, Harry’s France et Vittel, pour «publicité de nature à induire en erreur». En cause : les allégations nutritionnelles sur les emballages de deux produits. Pour l’UFC, ces allégations ainsi que certaines publicités induisent des consommations qui favorisent l’obésité, notamment chez l’enfant. L’UFC s’associe à une trentaine d’associations consuméristes européennes qui veulent une politique de nutrition en Europe et demandent une baisse des prix des produits sains tels que les fruits et légumes.
L’obésité, qui grimpe de 5% par an en France (11,3% de la population concernée en 2003 contre 8,2 % en 1997), n’est pas que le fait des consommateurs, comme a tenté de le faire croire l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) dans sa dernière campagne, a estimé l’Union fédérale des consommateurs (UFC) le 7 juin. Annonçant son objectif de ramener l’obésité sous la barre des 10%, elle a mis en cause les messages publicitaires qui jouent un rôle important auprès des enfants (ils n’ont pas les capacités cognitives de distinguer entre fictif et réel) et certaines allégations nutritionnelles (74% des consommateurs achètent des produits enrichis pour leurs enfants).
L’UFC demande que la publicité télévisuelle, destinée à la jeunesse, sur les produits «déséquilibrés» (une notion qui reste à définir) soit supprimée. Certains pays ont imposé cette mesure comme le Québec où «le pourcentage d’obèses y est très inférieur à la moyenne nationale», constate l’UFC. L’Union demande également la suppression de la collation du matin dans les écoles (suppression recommandée mais non imposée par le ministère de l’Education nationale) et celle des distributeurs automatiques dans les établissements scolaires ainsi qu’une fiscalité particulière pour les premix (boissons sucrées et alcoolisées). Des amendements reprenant ces demandes ont été ajoutés au projet de loi de santé publique. « Mais il n’est pas sûr qu’ils ne soient pas supprimés en deuxième lecture», s’inquiète Alain Bazot, président de l’UFC.
Faire baisser les prix des fruits et légumes grâce aux aides Pac
Ce serait un nouvel échec après des négociations infructueuses à Bruxelles sur les allégations nutrionnelles. L’UFC a tenté de faire passer les attentes des consommateurs auprès du parlement européen (meilleur encadrement des allégations et interdiction sur les produits déséquilibrés) dans le cadre d’un projet de réglement sur ce sujet. « Les parlementaires n’ont pas réussi à trouver de compromis entre les demandes des consommateurs et le refus des industriels. Ils ont simplement mis le projet de réglement à la poubelle», ajoute Alain Bazot.
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Devant cette situation de blocage, l’UFC a décidé d’agir en justice. Elle a assigné le 5 juin Harry’s France et Vittel pour «publicité de nature à induire en erreur», estimant que les allégations sur l’emballage d’une brioche et d’une boisson sucrée (récemment retirée du marché selon Vittel) étaient en infraction. L’objectif de l’UFC est de «faire cesser la politique d’incitation à la consommation des produits déséquilibrés par le biais d’allégations aberrantes, excessives et tout au moins inutiles» (mention «sans matière grasse» sur les sucettes Chupa Chups...).
L’Union formule cinq demandes précises : limitation des incitations à la consommation des produits déséquilibrés, information nutritionnelle claire et compréhensible, plus grande accessibilité des produits sains et politique de la nutrition en Europe. Selon elle, les produits sains, tels que les fruits et légumes, coûtent trop cher. Les aides Pac devraient soutenir ces produits pour en faire baisser les prix. Des réflexions partagées par les 35 principales associations de consommateurs d’Europe, réunies au sein du bureau européen des consommateurs (Beuc), qui se retrouveront cette semaine pour discuter des actions à mener. Elles comptent peser auprès des politiques de l’UE.