Luc Guyau et François Guillaume viennent de publier chacun, sur un registre et un ton différents, un ouvrage de souvenirs de leur parcours syndical et politique. Soit qu'ils aient eu des responsabilités politiques, soit qu'ils se soient confrontés au pouvoir (1).
François Guillaume et Luc Guyau n'en sont pas à leur premier livre. Durant tout leur parcours, ces deux syndicalistes agricoles qui ont su évoluer vers d'autres mandats (politique pour François Guillaume, la FAO pour Luc Guyau) ont plusieurs fois éprouvé le besoin de témoigner, raconter, exprimer des ambitions pour eux comme pour le pays, par des livres, plus ou moins personnels.
Ces deux derniers ouvrages qu'ils viennent de publier sont éminemment personnels. Dans Un paysan au cœur du pouvoir, François Guillaume narre son parcours depuis sa jeunesse militante jusqu'à sa maturité de ministre de l'agriculture puis dirigeant d'entreprise et enfin député. François Guillaume sait écrire, le récit est fluide, non désagréable à lire, l'anecdote parfois intéressante.
Mais il transparaît à travers tout son récit de vie, comme un regret : regret de ne pas être allé au bout de ses ambitions pour un homme qui avait, on le constate à toutes les pages, une très haute opinion de ses capacités. Il faut lire le récit de ses affrontements de syndicaliste FNSEA avec la ministre de gauche Edith Cresson en 1982 pour avoir plutôt l'impression de lire le récit de la victoire d'un super-héros des block-buster d'aujourd'hui contre de méchants aliens qui veulent conquérir la terre.
Don Quichotte
En revanche, lorsque François Guillaume échoue face à Sodiaal et Michel Debatisse sur le dossier St. Hubert, c'est au tableau d'un Napoléon trahi par ses généraux que l'on a plutôt affaire. Ces amplifications un peu donquichottesques peuvent passer : le livre de François Guillaume est celui d'un homme sincère dans ses combats, qu'on adhère ou non aux convictions de cet homme de droite républicaine, imprégné de valeurs et de sympathies paysannes, et c'est cela qui en fait son intérêt.
Paysan du monde
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Tout autre, dans sa forme est le livre de Luc Guyau, naguère président de la FNSEA, puis de l'APCA (Chambres d'agriculture) et du Conseil indépendant de la FAO. Nous paysans du monde est bâti par mots clefs, comme un dictionnaire, ce qui en permet une lecture non linéaire, par affinité. Un peu comme ces dictionnaires amoureux actuels qui serait ici un dictionnaire amoureux d'un parcours de syndicaliste agricole. Luc Guyau marque lui aussi par sa sincérité, tant vis-à-vis de ses sympathies que de ses antipathies. Il y fait le récit, avec une certaine lucidité, de son accession à la présidence de la FNSEA, de sa nomination à la présidence du conseil de la FAO, du procès qu'il dut subir, avec d'autres, dans le cadre du dossier Unigrains. Autant d'événements qui comptent leurs lots de méchants et de gentils, leurs alliés et leurs ennemis.
Luc Guyau comme son prédécesseur François Guillaume a lui aussi une idée haute de son parcours et c'est sans doute naturel. Lorsqu'il se décrit comme le « président de la FAO » on ne sait trop si c'est pour faire plus court que « Président du Conseil indépendant de la FAO » ou si c'est parce qu'il se considérait vraiment comme le patron d'une organisation toujours davantage dirigée, en fait, par son directeur général. Mais comme pour son prédécesseur son livre marque surtout par une réelle sincérité.
A la fin de leur carrière, François Guillaume et Luc Guyau revoient leur parcours sans doute sincèrement impressionnés par un cursus auquel ils ne s'attendaient peut-être pas au début.
(1) Curieusement, les deux titres reprennent le mot paysan, non sans susciter la surprise pour deux syndicalistes qui ont voulu défendre la modernité des hommes de la terre et les faire passer du statut de paysans à celui d'agriculteurs.
François Guillaume, Un paysan au cœur du pouvoir, Editions de Borée, 424 pages 21 €. Luc Guyau, Nous paysans du monde, Editions Le Passeur, 288 pages, 19€.