L’image des industries alimentaires est bien moins mauvaise qu’on ne pouvait le penser, selon un sondage commandé par l’Ania. Sujette à bien des attaques, la profession n’osait sans doute pas assez s’affirmer. Désormais, elle sait mieux sur quelles pistes d’amélioration travailler. L’enjeu est crucial mais l’exercice est d’autant plus délicat qu’il lui faut justement faire admettre au public le bien fondé des hausses de tarifs que lui refuse pour l’heure la grande distribution.
« Coincés entre les questions agricoles et les grands sujets de société qui agitent les consommateurs, nous ne savons plus très bien quel est notre positionnement. Pour la première industrie du pays, il était nécessaire de bien savoir quelles perception ont les Français de notre secteur afin d’éclairer notre avenir et d’orienter nos actions collectives », a indiqué le président de l’Ania en présentant le premier baromètre d’image réalisé sur l’industrie alimentaire.
En fait, le travail confié au cabinet d’études GFK dissipe pas mal de malentendus liés à l’abondance de rumeurs sur l’alimentation ; il est réconfortant pour beaucoup d’industriels trop vite persuadés du déficit d’image de leur profession et en butte à des difficultés de recrutement. Il révèle que plus de 65 % des consommateurs ont une image positive du secteur et lui attribuent même une note supérieure à celle du textile, de l’automobile ou de la grande distribution. Ce baromètre, qui sera désormais réactualisé tous les ans, devrait donc déboucher sur une reprise de parole du premier secteur industriel destinée à rallier le grand public à sa cause, a annoncé le président Buisson.
Les plus et les moins
Les Français ne sont pas indifférents, loin de là, à leur alimentation, ils y portent au contraire beaucoup d’attention, relève l’étude commandée par l’Ania à GFK (*). Quand ils pensent à leur santé, ils l’évoquent en premier : pour 88 % d’entre eux, une alimentation saine et équilibrée y contribue, plus même, disent-ils, que la pratique d’un sport ou le sommeil. Le souci d’apprendre à manger équilibré est aussi très dominant, celui d’éduquer au goût et à la diversité des produits est quasi majoritaire et dit l’importance du plaisir de la table et de la transmission générationnelle. Au moment d’acheter, les priorités sont les mêmes : pour un Français sur deux, le goût est le critère numéro un, devant la composition ou la provenance des produits. En tout cas bien loin devant la marque, les labels ou la praticité. Par comparaison, les critères environnementaux ou éthiques sont vraiment marginaux, et à un point que l’on n’aurait osé imaginer (10 % seulement font attention au bio, à l’emballage, à la mention « naturel »). D’ailleurs malgré la mode, le concept de développement durable reste confus : les réponses sur ce point sont très dispersées et évoquent la réduction des emballages, l’émission de CO2, la gestion de l’eau, mais aussi bien l’absence de colorants ou d’OGM, le bio, le commerce équitable, voire la contribution à l’emploi.
Les Français sont ambivalents
Plus frappant est le jugement très contrasté, sinon contradictoire, qui est porté sur l’offre en GMS. Presque tout le monde lui reproche des prix qui ne cesseraient de monter depuis six mois (87 %), des produits de plus en plus standardisés avec plus de MDD et de 1ers prix (91 %) et moins de grandes marques (67 %). Et pourtant on juge (à 76 % des sondés) que les produits répondent bien aux besoins, et l’on apprécie que l’offre se fasse plus variée qu’avant (plus de produits régionaux et étrangers). Comme quoi « les Français sont bien ambivalents, râleurs d’un côté et heureux de l’autre », commente Helen Zeitoun, directrice générale de GFK France. En tout cas, ce type de réponse surprend bien sûr alors que sur longue période la part relative de l’alimentation ne cesse de baisser dans le budget des ménages et à un moment où les prix réels sont encore restés stables et où les marques ont fait l’objet de bien plus de promotions… A la veille de devoir au contraire encaisser des hausses dues aux matières premières, cet état de l’opinion est bien sûr très problématique pour les entreprises.
Malgré ce paradoxe, le secteur agroalimentaire n’a pas du tout le déficit d’image que craignaient les industriels. Il recueille une opinion positive pour ce qu’il apporte de variété, de facilitation du quotidien, d’innovation et de traçabilité ; en revanche, observe GFK, cette image est à améliorer car elle trop peu reconnue autour de la préservation du goût (un sondé sur deux seulement) et de l’éducation sur les bienfaits de l’alimentation saine. Beaucoup de chemin reste à faire, selon cette étude, quand une grosse majorité ne pense pas que l’industrie préserve la naturalité des produits, vend au juste prix ou respecte l’environnement !
Des attentes fortes
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Le sondage traduit d’autre part des attentes fortes vis-à-vis du secteur : ainsi deux priorités sont mises en avant, en tête (65 % des réponses) le public attend que les industriels rendent plus lisible l’étiquetage nutritionnel et qu’ils contribuent à la création d’emplois (60 %). Moins nombreux, en revanche, sont ceux qui comptent sur les IAA pour favoriser la compétitivité du secteur agricole, participer à la lutte contre l’obésité ou préserver l’environnement ou surtout… aider les démunis. A propos de l’emploi, l’agroalimentaire est de fait le 3e secteur générateur d’emplois derrière l’artisanat et la grande distribution, et le premier employeur industriel devant l’automobile, mais cela n’est que rarement perçu (12 % des sondés).
Au total, le cabinet d’études compare différents secteurs selon la bonne opinion qu’en a le grand public et dégage pour les IAA la note globale de 3,2 (sur une échelle de 1 à 5), ce qui est plutôt satisfaisant car pas si éloigné des meilleures notes que recueillent l’artisanat (3,9), la santé ou l’agriculture (3,6) : c’est au même niveau que la restauration ou l’automobile, et sensiblement mieux que la grande distribution (2,8) ou surtout la chimie (2,6) et la banque (2,4). L’industrie alimentaire aurait donc une solide image fondée sur quelques indicateurs clés, selon GFK : outre qu’elle permet de se nourrir, ce qui va de soi, elle est mieux reconnue que d’autres secteurs pour son rôle de soutien de l’exportation, de préservation de l’emploi, et elle innove pour devancer les attentes des consommateurs.
En dressant une typologie des sondés selon leur relation et leurs attentes vis-à-vis du secteur, on trouve davantage de gens engagés ou informés (65 %) – ce sont ceux qui ont la perception la plus positive – que de désimpliqués ou de méfiants. Ce sont les mêmes qui expriment beaucoup d’attentes et qui ont une bonne image. Les autres sont soit d’abord préoccupés par des problèmes d’emploi, soit ils alimentent leur défiance à l’écoute des rumeurs polémiques.
Une image à travailler encore
Le président de l’Ania se dit agréablement surpris par ces résultats mais se garde bien d’être dupe car il en ressort aussi qu’un Français sur deux attend davantage de l’industrie alimentaire, et en particulier plus de transparence. La connaissance du secteur reste insuffisante, on le confond parfois avec l’agriculture ou la grande distribution. L’Ania va donc s’attacher à construire une image plus claire et plus précise du secteur ; elle va « reprendre la parole auprès des consommateurs afin de leur expliquer qui nous sommes, ce que nous faisons quotidiennement pour leur garantir une alimentation variée, équilibrée et source de plaisir et ce que nous pouvons leur offrir en terme de métiers », assure son président. Après avoir mené plusieurs campagnes pour communiquer sur les 3000 emplois que le secteur a à renouveler chaque année, l’Ania réfléchit maintenant à « une campagne globale plus grand public qui serait lancée cette année pour mettre en valeur tous ses atouts », a révélé Jean-René Buisson. Le but, tel qu’affiché lors du dernier Sial, est bien « que l’industrie alimentaire devienne l’industrie préférée des Français ». Et ce travail d’image pourrait d’ailleurs se faire autour de « valeurs communes, en lien avec l’agriculture comme avec la distribution et la restauration ». Cette approche de toute la filière est après tout en gestation au comité stratégique créé dans la foulée des Etats généraux de l’industrie, a rappelé le président Buisson.
Débloquer les négos annuelles
Ainsi confortée sur sa place réelle dans l’opinion malgré des attaques régulières à son égard, l’industrie alimentaire espère être mieux entendue sur le terrain politique. Aussi redonne-t-elle justement de la voix contre le refus des enseignes de conclure dans les temps les négociations commerciales pour 2011. « Normalement, au moins la moitié des accords sont bouclés fin janvier, cette année nous n’avons rien démarré », déplore Jean-René Buisson. En cause, le refus systématique des augmentations de tarifs des industriels. Certaines enseignes comme Carrefour demandent même pour commencer la discussion une baisse des prix de 2 % aux fournisseurs. Au moment où les matières premières flambent, les industriels veulent, eux, faire passer des hausses qui s’échelonnent en réalité de 2 à 10 % tant les situations sont variables selon les produits.
« Si la situation ne se débloque pas dans les 15 jours qui viennent, il va y avoir des conséquences très importantes sur l’emploi », a alerté le représentant des industriels. « Des entreprises qui ont plutôt bien passé la crise vont disparaître », a-t-il ajouté. L’Ania dénonce la position de certains distributeurs (Leclerc et Carrefour en tête) qui refusent de passer les hausses de tarifs et demandent à leurs fournisseurs de livrer à l’ancien tarif. « Dans ce cas-là, les distributeurs doivent être clairs et annoncer un déréférencement », s’insurge le président de l’Ania.
Pour desserrer l’étau, il en a même appelé la semaine dernière au président de la République pour qu’il fasse appliquer la loi, la LME précisant bien que les tarifs des industriels demeuraient le socle de la négociation. Ceci explique sans doute la convocation de tous les maillons de la filière ce 2 février organisée par le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire et le secrétaire d’Etat chargé du Commerce de la Consommation Frédéric Lefebvre.
(*) Etude sur 1000 personnes issues d’un échantillon national représentatif, interrogées en septembre dernier sur l’image véhiculée par les 10 000 IAA françaises