Grève du lait ou pas, on ne voit pas en quoi « on tient le bon bout », comme l’a déclaré Bruno Le Maire après un Conseil agricole extraordinaire qui n’a rien décidé de plus que ce que Mariann Fischer Boel voulait bien faire, en guise de régulation, face à la crise. Qu’elle soit brève ou non, étendue ou plus probablement très limitée, la non livraison des laiteries par des producteurs au désespoir peut-elle émouvoir l’opinion et les politiques ? Il faudrait qu’elle désorganise de façon sensible les circuits de distribution, que les linéaires paraissent vraiment moins remplis – mais après le lait allemand, on trouverait vite des produits frais de même provenance, ou d’ailleurs ! Quant à faire pression sur les industriels pour qu’ils relèvent leurs prix aux éleveurs, c’est un leurre sachant qu’ils le paient déjà plus cher que leurs concurrents Arla et consorts. Pas plus efficace que les blocages d’usines ou de grandes surfaces, c’est pourquoi la FNSEA n’en fait pas un mot d’ordre. Sa branche spécialisée veut en revanche inciter les Français à des « achats citoyens » avec son logo « Eleveurs laitiers de France » sur la banale brique de lait premier prix, voire demain sur de l’emmental. Quelles entreprises non liées à la coopération agricole joueront-elles le jeu ? Orlait a vu dans cet élan patriotique une opportunité et lance « le lait d’ici », mais tout cela surprend les industriels : pour eux il importe surtout que les producteurs gagnent en compétitivité si l’on veut vraiment résister aux groupes allemands ou danois et, demain, au néo-zélandais Fonterra ! Ce qui suppose –faute de nouvelles régulations que l’Europe refuse – de nouvelles relations amont-aval.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.