En passant d’une épidémie chez les oiseaux sauvages à une épizootie meurtrière pour les élevages de volaille, la H5N1 a franchi un cap. Les conséquences de ce nouvel épisode dans la crise de la grippe aviaire se font sentir au niveau international : une vingtaine de pays ont fermé leurs portes à la viande de volaille et au foie gras en provenance de l’Hexagone. Malgré tout, la consommation nationale semble se maintenir au niveau de la semaine passée. La France a annoncé un plan d’aide de 52 millions d’euros pour la filière avicole dont elle négocie les modalités avec la Commission européenne. Cette dernière reste fidèle à sa ligne de conduite en refusant une aide communautaire autre que le cofinancement de l’abattage des élevages frappés par l’épidémie.
Face à la baisse comprise entre 25 et 35% de la consommation de volaille, Bruxelles s’en tient à la hausse des restitutions Cf Agra alimentation n°1918 du 23 février 2006, page 8. Un outil dont l’intérêt semble de plus en plus limité étant donné la décision d’un nombre croissant d’Etats de fermer leurs portes aux produits avicoles issus des pays touchés par le H5N1, dont la France. Une qurantaine de pays comme le Japon, les Etats-Unis, le Maroc, la Thaïlande ou l’Egypte et qui représentent 12 % des exportations françaises de volaille et de foie gras ont en effet décrété un embargo total ou partiel, a confirmé, le 28 février, le ministère du Commerce extérieur. Soit un manque à gagner potentiel de plus de 1,4 milliard d’euros. Et cela ne pourrait être qu’un début.
Réduire les mises en place
Pourtant, à Bruxelles, les professionnels ne sont pas dupes : Mariann Fischer Boel laisse les Etats membres s’impliquer dans le financement direct d’aides aux producteurs. Et elle a ses raisons. Selon le représentant d’un industriel, « la Commission européenne estime qu’étant donné la courte période de production, la filière est en mesure d’adapter ses mises en place aux perspectives de consommation ». Ce qui a été fait jusqu’à présent par quelques opérateurs seulement, les autres étant peu enclins à casser des œufs. Au contraire, selon ce lobbyiste qui se dit en position inconfortable face à l’exécutif communautaire.
L’heure n’est donc ni au stockage privé ni à la destruction des produits, pour la commissaire qui se réfugie derrière l’article 7 de l’OCM du secteur de la viande de volaille : « Lorsqu’il est constaté sur le marché de la Communauté une hausse sensible des prix, que cette situation est susceptible de persister et que, de ce fait, ce marché est perturbé, ou menacé d’être perturbé, les mesures nécessaires peuvent être prises », prévoit le règlement de 1975. Hormis sur les marchés mondiaux peut-être, les cours ne sont pas menacés par une flambée. En résumé, l’organisation de marché ne prévoit pas la prise de mesure exceptionnelle dans la situation actuelle. Une modification est d’ailleurs demandée par certains professionnels souhaitant avoir accès à des aides communautaires à la destruction de volaille ou des aides au stockage. Mais la révision du texte pourrait prendre plusieurs mois.
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52 millions d’euros
Le recours aux aides d’Etat est donc plus simple. Après le plan de 100 millions d’euros d’aides annoncé par le gouvernement italien, la Commission européenne examine actuellement la possibilité pour le gouvernement français de verser 52 millions d’euros à la filière avicole. Cette aide s’ajoute aux 11 millions d’euros déjà mobilisés par le ministère de l’Agriculture et qui n’avaient pas nécessité de notification à la Commission étant en dessous du plafond de 3000 euros par bénéficiaire, prévu par les textes européens pour les aides d’Etat.
Dominique de Villepin, le Premier ministre français, s’est personnellement chargé de l’annonce de ce plan. Il a précisé sa répartition au sein de la filière : 30 millions d’euros pour les entreprises, 20 millions pour les éleveurs et 2 millions pour des campagnes d’informations destinées à encourager la consommation des volailles. Malgré son ampleur, le plan paraît être une goutte d’eau étant donné les pertes annoncées par les professionnels. Les représentants du secteur, en France, estiment à 130 millions d’euros leur manque à gagner, depuis le début de la crise en novembre.
70% des exportations vers l’UE
Ces chiffres pourraient encore gonfler si le marché intérieur européen venait à imploser – une crainte partagée par certains professionnels qui se sont opposés à la vaccination par crainte d’une réduction des exportations. L’évolution des exportations tient pour l’essentiel à la bonne cohésion du marché communautaire. Il représente 70 % des exportations pour le secteur avicole français.