Destinées à une usine de trituration Saipol près du port de Rouen, des graines de colza génétiquement modifié ont été disséminées durant leur transport. L’Anses recommande une meilleure surveillance.
D’après un avis de l’Anses paru le 17 janvier, des pousses de colza génétiquement modifié, résistantes au glyphosate, ont été détectées « sur de très petites surfaces » en France au printemps 2022 par les services du ministère de l’Agriculture (DGAL). Les plantes ont été repérées à la suite de l’alerte de l’association spécialisée Inf’OGM en bordure de route, dans une zone industrialo-portuaire de la banlieue de Rouen ; la date de leur dissémination est inconnue. Les plantes ont été éliminées par voie mécanique (fauche, débroussaillage). L’Anses estime que les gènes modifiés peuvent s’hybrider avec les cultures locales, notamment par dispersion du pollen. Mais dans le cas repéré en Normandie, cela « ne pourrait aboutir qu’à un taux de contamination extrêmement faible » compte tenu des surfaces.
Les graines, qui bénéficiaient d’une autorisation d’importation, étaient destinées à une usine de trituration Saipol (groupe Avril), et utilisées spécifiquement pour la production de biocarburants et de tourteaux. Dans le cadre de son enquête, la DGAL a aussi détecté des pousses de colza OGM au sein même des installations de l’entreprise. Pour l’Anses, cela met en évidence un non-respect des mesures de surveillance et d’éradication par Saipol. Depuis, un « plan d’action mis en œuvre pour éviter la dissémination de graines a été renforcé », a réagi l’entreprise auprès de l’AFP.
Le ministère de l’Agriculture a aussi précisé à l’AFP que « des inspections d’autres usines de trituration de colza qui importent du colza OGM de pays tiers et de leurs alentours ont été réalisées en 2022 ou sont prévues pour 2023 ».
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La voie de la surveillance
Dans son rapport, l’Anses recommande un renforcement de la surveillance des risques de dissémination. Elle considère notamment que « les zones de déchargement, de transport, et leur environnement proche », devraient être intégrées dans les plans de surveillance des effets environnementaux (PMEM). Elle propose en outre une surveillance « à un intervalle régulier, tout au long de l’année » des zones identifiées comme les plus à risque.
« Le colza est une plante extrêmement volatile, a réagi auprès de l’AFP le fondateur d’Inf’OGM, Christophe Noisette. C’est de la naïveté de croire que l’OGM ne se disséminera pas ou alors il faut des systèmes hyper étanches. Là, ce n’est pas du tout étanche, c’est de l’artisanat. » Il assure avoir déjà observé « du colza qui volait » lors du déchargement des navires. « Qu’on les cultive ou qu’on les importe, les OGM finissent toujours par contaminer notre environnement que ce soit naturellement ou parce qu’une ségrégation stricte est impossible », affirmait de son côté Greenpeace dans un communiqué.