Abonné

Concurrence Distributeurs, groupes agroalimentaires et PME : qui souffre le plus ?

- - 7 min

Alors que la grande distribution et les agriculteurs sont arrivés, le 17 mai, à des accords de modération de marges applicables à l’ensemble des fruits et légumes pendant les situations de crise agricole conjoncturelle et dans le contexte de la discussion de la LMA, la FCD refuse de jouer seule le mauvais rôle. Le sort des grands industriels de l’agroalimentaire n’a, selon elle, rien à envier aux distributeurs hexagonaux qui font par ailleurs pâle figure par rapport aux leaders mondiaux du secteur. Un credo qu’elle justifie par une étude présentée le 12 mai. Seulement voilà, cette étude compare les marges de groupes dont certains sont largement internationalisés, sans que l’on sache vraiment quels sont les profits générés en France. Comment, dans ce cas, tirer des conclusions fines sur la situation dans l’Hexagone ? Et comment appréhender la situation des PME, qui sont loin d’avoir la puissance de négociation des grands groupes face à la distribution ? Reste ce constat d’une moindre rentabilité des distributeurs français par rapport à leurs concurrents internationaux, sans aucune piste d’explication.

Face à des « industriels qui essayent de détricoter la LME », et dans le contexte de discussion de la LMA, la grande distribution fourbit ses armes. « Nous traiter de mafieux c’est nous insulter et on ne l’acceptera pas », a déclaré Jérôme Bédier, président de la FCD le 12 mai à l’occasion de la présentation d’une étude sur la distribution alimentaire française face à ses homologues internationaux et aux industriels sur la décennie 2000-2010, réalisée par le cabinet Casas et associés. Etude, qui, il faut bien le dire, soulève plus de questions qu’elle n’en résout.

L’étude de la FCD porte sur plusieurs points : la comparaison des marges entre industriels et distributeurs français, et la comparaison de ces derniers avec leurs concurrents internationaux. L’étude a été réalisée à partir de comptes publiés, prenant en compte 25 distributeurs dans le monde, dont 5 français (1), et 25 industriels, dont 9 français (2). Se pose donc la question de la représentativité de l’échantillon.

D’où les industriels français tirent-ils leurs profits ?
La FCD pointe, à travers cette étude, une évolution des marges contrastée entre la grande distribution et les groupes industriels français. Tandis que la marge d’Ebit des premiers a connu un pic à 4,4 % en 2003-2004 avant de chuter, celle des seconds n’a fait qu’augmenter au cours de la décennie 2000-2010, passant de 8,6 % à 12,9 %. Sur cette période, l’écart entre distributeurs et industriels est passé de 5,1 points à 9,2 points, au profit des seconds. D’après l’étude de Casas Associés, le développement international qui a permis « de compenser en partie la baisse notable des marges et des bénéfices réalisés en France » sur la seconde période de la décennie est aussi à l’origine de l’amélioration de la rentabilité des distributeurs français sur la première partie de la période étudiée.
Mais que peut-on vraiment tirer comme conclusion de cette comparaison ? Des groupes comme Danone, Fromageries Bel, Pernod Ricard ou même Bonduelle ont une activité importante à l’international et souvent plus profitable dans des contrées lointaines qu’en France. Pour Jérôme Bédier, « les industriels ont mené à bien un important travail de réorganisation de leur portefeuille sur les secteurs les plus rentables, tandis que les distributeurs, notamment en France, ont fait face à un contexte de concurrence très accru depuis les accords Sarkozy ». Deux constats qui n’ont en rien une relation de cause à effet. Impossible, dans ces conditions, de tirer la moindre conclusion de ces chiffres pour alimenter les débats qui agitent l’Hexagone concernant la répartition des marges entre distributeurs, industriels et producteurs.

Les marges de la grande distribution en baisse
Ce n’est pas l’Ilec (Institut de liaisons et d’études des industries de consommation) qui dit le contraire : « Cette étude compare des données qui ne sont pas comparables, avec un échantillon trop réduit », dénonce Dominique de Gramont, qui admet toutefois que la grande distribution a souffert ces dernières années. Si l’on s’en tient aux trois distributeurs (Auchan, Carrefour et Casino) recensés par l’étude de Casas Associés, depuis 2004, la rentabilité de la grande distribution souffre. La marge d’Ebit est passée de 4,4 % en 2003 et 2004 à 3,7 % en 2009, affectée par un recul continu. « Les choses ont changé depuis l’abolition de la loi Galland. Du point de vue du gouvernement, c’est un succès. Mais les distributeurs gagnent sans doute moins d’argent qu’avant en France. La loi Chatel, la LME… Tout cela a augmenté la concurrence et entraîné une érosion des marges », reconnaît Dominique de Gramont.

Les PME font face à la situation la plus difficile
Jérôme Bédier l’a lui-même appelé de ses vœux : « Il faudrait suivre les choses pour voir comment les PME s’en sortent dans ce contexte ». Car les PME sont bel et bien les grandes absentes du tableau brossé par la FCD. Elle s’est certes intéressée au sujet le mois dernier avec la présentation d’une étude Nielsen (3). Etude qui avait notamment révélé une forte concentration du nombre de fournisseurs de la grande distribution. A fin 2008, 6 358 fabricants travaillaient pour la grande distribution, dont 64 % de PME françaises au sens européen du terme, contre 8 229 fabricants neuf ans plus tôt (pour une proportion de PME françaises équivalente). Et qui avait par ailleurs mis en exergue le recul des PME françaises sur le segment des MDD (produites à hauteur de 85 % par des PME). En 2008, les PME françaises produisent encore 57 % des références de MDD, mais c’est beaucoup moins que les 72,8 % fournis en 1999. Cette étude montrait également que la part des PME françaises (tant en termes== de références que de part de linéaire et de chiffre d’affaires) augmentait, mais il ne faut pas perdre de vue qu’elle était aussi le fait d’un nombre moins important de PME sur le marché.

« Plus on est grand et plus on est international, mieux on s’en sort »
Et puis, dans cette étude Nielsen, point de précisions sur la rentabilité des PME qui souffrent pourtant souvent d’un double handicap. « Selon nos études, plus on est grand et plus on est international, mieux on s’en sort », précise Dominique de Gramont. Constat en partie appuyé par l’étude de Casas Associés qui relève que « les industriels français résistent d’autant mieux qu’ils sont internationaux ». Nul ne doute de la force de frappe des grands groupes lors des négociations avec la grande distribution, même si elles sont âprement discutées. La vraie question porte donc plutôt sur la situation des PME, qui, selon les termes de Dominique de Gramont, est « extrêmement difficile ».

D’où vient la différence de rentabilité entre les distributeurs français et les leaders mondiaux ?
Autre vraie question posée par l’étude de Casas Associés financée par la FCD, la situation des distributeurs français par rapport à leurs grands concurrents internationaux. Pourquoi Auchan et Carrefour affichent-ils respectivement en 2009 une marge d’Ebit de 3,3 % et 3,2 % quand Tesco affiche 6 %, Wal-Mart 5,9 % ou encore Colruyt 7 % ? Certes, la FCD relève que Carrefour Espagne, par exemple, se porte mieux que Carrefour en France, mais on reste loin des performances des groupes précédemment cités.

(1) Auchan, Carrefour, Casino, Guyenne & Gascogne, Sogara.
(2) Bonduelle, Bongrain, Danone, Fleury Michon, Fromageries Bel, L’Oréal, Pernod Ricard, Rémy Cointreau, Seb.
(3) Cf Agra alimentation n°2105 du 8 avril 2010 p.1

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

grande distribution
Suivi
Suivre