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Abeilles Divergences sur le rôle des néonicotinoïdes

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Alors que la Commission européenne souhaite limiter pendant deux ans l’usage des trois principaux insecticides néonicotinoïdes en Europe, le ministère britannique de l’agriculture vient de publier une étude menée en plein champs montrant que deux de ces insecticides n’ont pas d’effet sur les colonies de bourdons.

Alors que la Commission européenne s’apprête à proposer de nouveau au vote des experts des États membres sa proposition de moratoire sur trois insecticides néonicotinoïdes (1), le ministère britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales (Defra) a publié une étude en conditions naturelles estimant que bien qu’on ne puisse pas totalement exclure de rares effets nuisibles des néonicotinoïdes sur les abeilles, ceux-ci ne se produisent pas dans des circonstances normales. Depuis que Bruxelles a décidé d’interdire les néonicotinoïdes, le Royaume-Uni (qui s’est d’ailleurs abstenu lors du vote sur la proposition de la Commission) insiste sur la nécessité de se baser sur des études de terrain en conditions réelles avant de prendre une décision. L’étude publiée par le Defra, qui indique que les doses de néonicotinoïdes évaluées pour les abeilles en conditions de laboratoire ou de semi-terrain sont trop élevées, devrait conforter Londres dans sa position. « Les études de laboratoire qui démontrent les effets sublétaux des néonicotinoïdes sur les abeilles reposent sur des scénarios extrêmes. Par conséquent, le risque des néonicotinoïdes pour les populations d’abeilles, tels qu’ils sont actuellement utilisés, est faible », conclut l’étude.

Multiplier les études en milieu naturel

Les scientifiques britanniques ont suivi 20 colonies de bourdons, pendant les 6 à 7 semaines de floraison du colza, réparties sur trois sites à proximité de champs de colza cultivés avec des semences non traitées pour le premier, de semences traitées avec de la clothianidine pour le second et avec de l’imidaclopride pour le dernier (deux des trois insecticides que souhaite interdire la Commission européenne). L’étude note que, malgré l’abondance de colza en fleurs, l’analyse des pollens collectés par les butineuses révèle une grande variété de fleurs différentes, le colza ne contribuant en moyenne qu’au tiers du pollen récolté. Toutes les colonies se sont développées et ont survécu jusqu’à la fin de l’expérience.
« Il est possible que les résultats d’une études de terrain n’aient pas la puissance statistique suffisante pour tirer des conclusions, mais les preuves accumulées au travers plusieurs études indépendantes suggèrent que les néonicotinoïdes n’ont pas d’effets biologiquement significatifs », conclut le Defra, qui appelle à ce que de nouvelles études soient menées dans des conditions naturelles.

Pour Greenpeace, 7 insecticides doivent être interdits

Ces résultats ne devraient néanmoins pas faire changer d’avis la Commission européenne qui présentera sa proposition d’interdiction des néonicotinoïdes fin avril ou début mai.
Pour l’association écologiste, Greenpeace, c’est un premier pas. Mais dans un rapport – s’appuyant sur plusieurs études récentes – publié le 9 avril, elle demande l’interdiction de 7 insecticides dont les trois néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) que Bruxelles propose d’interdire, auxquels s’ajoutent le fipronil (substance active du Régent de BASF, en cours d’évaluation par l’Efsa), le chlorpyriphos, la cyperméthrine et la deltaméthrine. « La nocivité potentielle de ces pesticides est largement supérieure à tous les avantages qu’ils pourraient apporter en termes de lutte contre les parasites et d’augmentation des rendements agricoles », prévient l’ONG.

(1) Voir n° 3391 du 25/03/2013

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