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Agriculture méditerranéenne Dix ministres de l’Agriculture se rencontrent à Paris le 15 décembre

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Le 15 décembre, un dizaine de ministres de l’Agriculture du pourtour méditerranéen vont être reçus par le nouveau ministre Dominique Bussereau, pour évoquer l’avenir de l’agriculture et des échanges commerciaux agricoles dans cette zone stratégique pour le Sud de l’Europe. Bertrand Hervieu, secrétaire général du Ciheam, Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes, nous explique le contexte de cette rencontre et les enjeux.

Le 15 décembre, va se tenir à Paris la cinquième rencontre des ministres de l’Agriculture membres du Ciheam. Quel est l’objectif d’une telle rencontre ?

Ce type de rencontre a été initié par Romano Prodi en 1998, à Rome. Elle se déroule pour la première fois à Paris. L’objectif est de construire un lieu d’échange sur le pourtour méditerranéen entre les autorités publiques, sur la question agricole et alimentaire.

Qui sera présent le 15 décembre ?

Au moins dix ministres seront présent à Paris : Dominique Bussereau recevra les ministres marocain, algérien, tunisien, italien, égyptien, libanais, turc, grec et albanais. L’Espagne sera représentée par un secrétaire d’Etat ; le Portugal et Malte, par des hauts fonctionnaires.

Quelles est la problématique posée par l’agriculture méditerranéenne aujourd’hui ?

Les écarts entre les deux rives de la Méditerranée sont très importants. En fait, la Méditerranée est un précipité, au sens chimique du terme, des tensions qui existent dans le processus de mondialisation et autour des aspects géopolitiques et commerciaux des échanges agricoles.

L’évolution de la démographie des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée remet-elle en cause son agriculture ?

L’évolution démographique des pays du pourtour méditerranéen devrait les faire passer de 500 à 700 millions d’habitants dans les 25 prochaines années, mais avec une évolution à deux vitesses entre le Nord et le Sud. Ceci s’accompagne d’une augmentation des écarts de niveau de vie entre les deux rives de la Méditerranée. En 1980, cet écart était de 1,5 mais il est aujourd’hui de 2,5. Au Sud, l’augmentation de la population s’accompagne d’une urbanisation, mais aussi d’une littoralisation. La population se concentre de plus en plus dans les grandes villes et a fondamentalement changé son mode alimentaire. Or, l’agriculture locale n’a pas suivi cette mutation, et se retrouve, en quelque sorte, marginalisée dans son propre pays. Les urbains achètent leur alimentation dans la grande distribution qui s’approvisionne elle-même sur le marché mondial plutôt que local.

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Quelles sont les relations entres les pays du Nord et du Sud concernant les échanges commerciaux ?

Les ministres de l’Agriculture des pays du Sud que j’ai rencontrés m’ont tous fait part de leur grande inquiétude quant aux standards de qualité, qui se révèlent en fait comme de nouvelles barrières douanières. Le processus de Barcelone, signé en 1995, prévoit en effet la création d’une zone de libre-échange d’ici 2010 entre l’Union européenne et les pays méditerranéens. Mais ces derniers craignent que leurs produits soient refoulés. Les dix pays méditerranéens présents aux processus de Barcelone attendent que les marchés européens s’ouvrent à eux, mais ils se sentent fragiles face aux 25 Etats de l’Union européenne dans les négociations.

Les échanges commerciaux entre les pays du Sud et du Nord sont-ils équilibrés ?

Les déficits alimentaires ne cessent de se creuser dans les pays du Sud. Ces derniers deviennent dangereusement dépendants du marché mondial. Les importations de produits agricoles et transformés sont assurés pour moitié par cinq pays : les Etats-Unis, le Canada, l’Argentine, l’Australie et la France. La question céréalière est primordiale puisque le blé représente le cinquième des importations de produits agricoles. Mais, au niveau de l’Union européenne, la France est très isolée.

Tous ces sujets vont-ils être abordés lors de cette rencontre ?

Les discussions vont être organisés autour de trois débats : l’évolution des échanges et la question céréalière, les barrières non-tarifaires et enfin le développement rural. De façon transversale, il sera aussi question du rôle du Ciheam dans l’accompagnement de l’agriculture méditerranéenne et dans la construction de l’espace méditerranéen.